Ce film est présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2026.
La réalisatrice Lila Pinell et l'actrice Eva Huault se connaissent depuis 2007, cette dernière n'avait que dix ans à l'époque. En effet, la cinéaste tournait alors son premier documentaire dans une colonie de vacances, où Eva séjournait : "elle et ses deux copines, Emma et Salomé, formaient une bande que je ne pouvais pas lâcher. C’est comme ça que je l’ai connue. Ensuite, on a continué à se voir toutes les quatre dans le cadre d’un projet un peu informel : elles venaient chez moi, je les filmais en train de cuisiner, de faire comme si elles vivaient seules dans mon appartement. Je n’en ai rien fait hélas, mais elles dégageaient une vitalité dingue que j’adorais."
Après s'être un peu perdues de vue, Pinell et Huault se sont retrouvées en 2019. Pinell a eu envie de mettre en scène Huault dans une fiction, donnant lieu au moyen-métrage Le Roi David deux ans plus tard.
Shana puise autant dans le naturalisme social, la comédie, la fable mythologique que le thriller. Lors de l'écriture, Lila Pinell était confrontée à la difficulté de faire coexister plusieurs trames narratives : "Quand j’ai fait une résidence d’écriture avec le Groupe Ouest, j’ai débarqué complètement perdue. Je n’avais jamais écrit de scénario de long métrage. Là-bas, j’ai été poussée à lâcher le réel. À essayer d’imaginer une histoire en évacuant les scènes concrètes que j’avais en tête, en partant plutôt des questions qui me taraudaient : la transmission, les origines."
Parmi les films qui l'ont influencée, elle cite A Serious Man des frères Coen ("J’avais eu une crise d’angoisse en salle et j’étais partie avant la fin. Je l’ai revu peu de temps avant d’écrire Shana, et cette fois, j’ai pris un plaisir fou. J’ai été saisie par son humour que j’avais complètement raté"), et Uncut Gems des frères Safdie, dont elle apprécie la manière d'injecter dans le réel des éléments inhabituels, et de mélanger l'angoisse et l'humour.
Shana a été filmé en pellicule 16mm, un format que la réalisatrice avait déjà utilisé sur son moyen-métrage Le Roi David : "quand j’ai capté des répétitions du Roi David avec mon téléphone, j’ai eu l’impression de voir de la télé-réalité avec des filles qui se disputent, filmées à l’arrache. Je me suis beaucoup questionnée : comment filmer ça sans cette vulgarité du regard ?" Le 16mm permet d'exercer selon elle un autre regard et d'éviter le voyeurisme. Il lui a aussi imposé une préparation rigoureuse, car elle ne pouvait pas multiplier les prises.
L'idée de la bague héritée de la grand-mère n'est pas un simple ressort narratif mais agit comme un pont entre des cultures que l'on oppose souvent aujourd'hui : les traditions juives et arabes. Cette amulette rappelle des circulations anciennes et une histoire commune oubliée. "Cette bague signale et rappelle des circulations anciennes, une histoire commune à laquelle il faut réussir à se raccrocher aujourd’hui", explique la réalisatrice. C'est aussi elle qui met littéralement le récit en mouvement, passant de main en main comme Shana passe d'un monde à l'autre.