Pour nettoyer la poussière qui s’accumule dans son appartement un homme achète un aspirateur qui lui joue bientôt des tours. Le SAV lui envoie un réparateur qui lui raconte une incroyable histoire, celle de Nat l’épouse d’un veuf inconsolable, qui s’est réincarnée… en aspirateur.
Le pitch de ce film thaï et sa bande-annonce déjantée pourraient laisser augurer une loufoquerie bizarre façon "Rubber" de Dupieux, où un pneu semait la terreur. C’est d’ailleurs ce créneau là qu’explore "Fantôme utile" pendant sa première moitié. Elle contient quelques scènes franchement drôles où le mari de Nat enlace sensuellement son aspirateur de femme sous les yeux de sa famille consternée.
Mais le film, après un long ventre mou dans lequel il manque de s’enliser, prend dans sa seconde partie un autre tour, nettement moins cocasse. Il devient politique convoquant les âmes errantes des manifestants torturés en 2010 par la dictature thaïe dont la mémoire continue à hanter à la fois leurs tortionnaires et leurs proches éplorés.
On reconnaît chez Ratchapoom Boonbunchakoke les mêmes influences que son aîné Apichatpong Weerasethakul (sic !). Les fantômes de "Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures", Palme d’or 2010, sont les cousins de ceux de "Fantôme utile". Je ne connais pas assez la culture thaïe pour savoir si elle est particulièrement perméable aux esprits et à l’au-delà. Tout au plus puis-je déduire de ces films que cette thématique est très présente dans son cinéma.
Autre similarité entre ces deux réalisateurs dont j’ignore si elle peut être généralisée : leur lenteur. Une lenteur pour moi rédhibitoire qui a failli me conduire à déserter la salle tant je sombrais dans un ennui cataleptique. J’ai un souvenir physiquement douloureux des films de Weerasethakul qui, en dépit de toutes les qualités qu’on veut bien y trouver, m’ennuie à périr.
Une amie toulonnaise a adoré "Fantôme utile" et me l’a chaleureusement recommandé. J’aimerais vous le conseiller avec le même enthousiasme qu’elle. Car c’est un film profondément original, comme on n’en a jamais vu, qui, au-delà de sa superficialité affichée, de sa bouffonnerie revendiquée, développe un message profondément politique. Mais j’y ai trouvé le temps tellement long que j’ai scrupule à vous imposer ce pensum.
Attachante création (pour les amateurs de créations cinématographiques - les autres sortiront vite de la salle !). Prix de la Semaine de la Critique à Cannes 2025. À la base, ça parle de fantômes, mais on ne fait pas qu'en parler. On côtoie quantité de fantômes. Ils tentent d'exister dans une Thaïlande qui a oublié de prévoir leur existence dans ses lois... Ce qui en fait un film drôle. Mais qui dit fantômes dit défunts ; et qui dit défunts dit tristesse, oubli, colère... de ceux qui restent en vie. Il y a donc deux populations qui coexistent, et qu'il faut gérer (et soigner !). Et donc deux aspects du film, l'un comique et l'autre tragique.
Le rêve et de l'oubli font partie des leitmotivs tragiques du film. De quoi ou pourquoi rêve-t-on ? Pourquoi oublie-t-on ? A-t-on le droit d'oublier ? Le seul fait d'en faire des sujets et d'y revenir encore et encore nous oblige, intelligemment, à y penser et y repenser. On finit par en être touché. Mais l’auteur en profite : il vide son sac. Tout son sac toutefois, semble-t-il, ce qui est trop, beaucoup trop pour nous autres qui aimons marcher sur une route à la fois. spoiler: On ne compte pas le nombre de sujets qui sortent de ce sac : exaction gouvernementale ; médecine psychiatrique ; exorcisme religieux ; police ; castration familiale ; sexualité ; danger du progrès (dont la poussière justement) …
Ce qui est génial est de nous faire rire en même temps. Le comique vient du scénario, scénario burlesque évidemment. Il vient aussi des acteurs dont l'expression est pétrifiée (comme en stop motion), ou dont l'action est exagérée (slapstick) - sauf quand il s'agit de scènes sexuelles gay, où là l'auteur redevient (étonnamment) explicite. Cette façon de jouer des acteurs en fait des pions plutôt amusants, voire hilarants comme cet aréopage d’oncles et de tantes, parfois rejoints par des moines et des inspecteurs de police. Mais ne nous trompons pas : derrière, les messages sociaux et politiques sont clairs et terribles.
Rien ne va plus pour Suman : devenue veuve, et, bien que n'ayant jamais été bien accueillie par la famille de son mari du fait de ses origines modestes, c'est elle qui a hérité de l'usine familiale de fabrique d'aspirateurs mais ses 2 fils lui causent des soucis : l'un s'est marié avec un homme, un australien, avec toutefois le bénéfice que ce mariage a ouvert le marché australien à l'entreprise ; l'autre, March, dont Nat, son épouse, est morte d'une pollution à la poussière, a continué à avoir une relation amoureuse avec elle lorsqu'il s'est aperçu que l'esprit de Nat s'était réincarné dans un aspirateur. La famille n'apprécie pas ! Un autre fantôme cause du souci à Suman et à l'entreprise, celui d'un ouvrier qui considère avoir été tué par l'usine et qui fait tout pour se venger. Résultat : un client se retrouve avec un aspirateur tout neuf dont les quintes de toux le réveille la nuit. Tous ces côtés absurdes donnent l'impression d'assister à un film de Quentin Dupieux. Avec une différence notable toutefois : les films de Dupieux sont toujours très courts alors que "Fantôme utile" atteint 2 heures et 10 minutes et ce côté absurde peut finir par lasser. Surtout que, pour nous européens, il manque des clés pour vraiment bien comprendre tous les clins d’œil, tous les messages que le réalisateur a souhaité faire passer : parmi les franç, celles et ceux qui savent qu'en Thaïlande le mot poussière est entré dans l'argot du pays pour désigner des être humains qu'on traite comme des moins que rien sont certainement très rares ; comme sont probablement très rares celles et ceux qui ont entendu parler de la légende de Mae Nak, une histoire d’amour interdite entre une femme fantôme et son mari vivant, une légende qui a, parait-il, une très grande importance culturelle en Thaïlande ; comme sont également très rares celles et ceux qui ont le souvenir des évènements sanglants qui se sont déroulés en Thaïlande en mai 2010, évènements auxquels le film fait référence à plusieurs reprises,. Ce film, finalement très social et très politique, tourné presque uniquement en plans fixes relativement courts, a reçu le Prix de la Semaine de la Critique en mai dernier.
Un mélange des genres totalement fou, passant de la pure comédie au drame puis à l'horreur. Le tout servi par une mise en scène parfaitement maîtrisée et au service d'un discours touchant sur la mémoire collective, et sur nos fantômes que l'on cherche à oublier (ou non)
Film étonnant et même drôle mais qui demande à quitter le monde rationnel et d'accepter cette histoire un peu perchée d'objets du quotidien hanté par des fantômes. Le propos est ailleurs dans une critique des meurtres d opposants politique - surtout la tuerie de 2010. Ici le fantastique et le poétique - et aussi l'humour - permettent d'éviter des images plus violentes
Boonbunchachoke, le réalisateur de Fantôme utile, n'est pas si éloigné de son éminent compatriote Weerasethakul, à ceci près que lui n'hésite pas à mélanger les genres, y compris le burlesque et les situations les plus incongrues. En Thaïlande, après la mort, il semble bien qu'on ne retourne pas nécessairement à la poussière, mais à la condition d'esprit, qui peut s'incarner par exemple dans un aspirateur, ce qui ne nous éloigne pas tellement de la poussière, en définitive, dans l'aspiration, c'est le cas de le dire, à une après-vie réparatrice. Mais passé un moment, paraît dire le cinéaste, finie la plaisanterie et place à des sujets plus sérieux, même vus à travers une bonne dose de fantastique, de symbolisme, de poésie ou d'onirisme. Il y a bien quelques chutes de tension dans Fantôme utile, mais sa créativité constante, et le droit au délire, cependant signifiant, persistent, avec plus que des allusions aux massacres perpétrés dans le passé par les forces gouvernementales du pays. L'acuité politique et sociale du film est tranchante, singulière et osée par sa forme, dans une réactivation audacieuse et souvent jubilatoire du film de fantômes. Pour un ménage à fond, qui traque toutes les poussières accumulées, il n'y a rien de mieux que ce premier long métrage (vraiment ?) d'un réalisateur dont il faudra retenir le nom (oups) : Ratchapoom Boonbunchachoke.
Difficile de saisir l'engouement autour de Fantôme utile. Si l'on passe en revue les critères habituels pour défendre un film, rien ne va. Le scénario n'est pas bon, les acteurs jouent assez mal, la mise en scène est plate, on s'ennuie, le propos est confus, on est parfois gêné par des scènes franchement ridicules. Le film s'inscrit clairement dans la suite de Weerasetakul. On dirait même une imitation parodique d'un film précis du maître thaïlandais : Cemetery of splendour. Mais ici tout est tourné en dérision, le rythme est lent, l'histoire très simple, l'enjeu franchement minime. Du moins dans la première partie. Deux fantômes hantent une famille. L'un dans l'usine appartenant à la mère, l'autre son fils en prenant la forme d'un aspirateur. Pendant plus d'une heure le récit tient sur un timbre poste, et l'on ressent l'inconfort de supporter des scènes où des gens parlent à un aspirateur comme s'il était vivant. Cela rappelle un peu le pitch de Jumbo, un film français où une jeune femme tombait amoureuse d'un manège dans une fête foraine. L'ensemble prend une tournure plus politique dans la deuxième partie. C'est davantage convaincant. Mais là encore le message reste très simple à comprendre et n'a pas lieu d'en passer par tant de métaphores. Bref, un conte politique qui se regarde, mais péniblement.
Avec Fantôme Utile, Ratchapoom Boonbunchachoke signe une œuvre singulière où l’absurde côtoie l’intime. Derrière l’idée insolite d’un esprit réincarné dans un aspirateur, le film aborde des thèmes universels : mémoire, deuil, transmission. L’esthétique rappelle Tati par son humour décalé et l’attention portée aux décors, tout en s’ancrant dans la tradition thaïlandaise des fantômes, comparés à la poussière : invisibles, persistants, nourris par nos regrets. Ici, « nous hantons les fantômes bien plus qu’ils ne nous hantent ». Le réalisateur déploie une dimension politique en évoquant la destruction de monuments liés à l’histoire du pays, assimilée à une tentative d’effacement mémoriel. La mise en scène joue de la théâtralité, de costumes démesurés et d’objets détournés pour matérialiser ces spectres. Plus qu’une comédie fantastique, Fantôme Utile devient une fable universelle sur la nécessité d’écouter nos fantômes, personnels et collectifs, pour dialoguer avec un passé qui ne cesse de revenir.
Je me suis assez ennuyé pendant ce film, même s’il est très original à la limite de l’avant-gardisme. Plus de deux heures pour ce genre de film, c’est long et ennuyeux . Le rythme est très long .
Un pur objet filmique non identifié, à la fois fantastique, burlesque, romantique et politique. Mélange audacieux et inédit, qui surprend et réjouit au début par son inventivité cocasse et pince-sans-rire, sa kitscherie minimaliste assumée, sa façon de véhiculer une réflexion plutôt intéressante sur la mémoire, avec quelques bonnes idées de scénario à la clé. Mais le rythme lent et monocorde, la longueur du récit, le bric-à-brac de propos et de tonalités lassent progressivement et laissent au final une impression hétéroclite décevante.
« Un fantôme utile » ose, sans doute, en bousculant les codes et en mélangeant les genres pour livrer un objet vaguement original. Mais cette audace s’émousse : le dispositif narratif en strates, multipliant les niveaux de lecture, finit par affaiblir la portée politique. Le film tente d’embrasser beaucoup — la mémoire traumatique, les morts au travail, la pollution atmosphérique et la crise environnementale, la critique du capitalisme, la question queer, la résonance des fantômes dans la culture thaïlandaise — sans pousser aucune des pistes jusqu’au bout. On sort de la projection avec l’impression que Ratchapoom Boonbunchachoke a surtout voulu montrer qu’il savait manier les outils, en jouant le « bon élève », plutôt que chercher à frapper véritablement le·la spectateur·rice.
Grand Prix de la Semaine de la Critique, "Fantôme Utile" s’impose comme l’une des propositions les plus singulières de l’année. Le point de départ est aussi absurde qu’inventif : dans un monde très proche du nôtre, certaines âmes refusent de disparaître et trouvent refuge dans des aspirateurs domestiques. Ces esprits « utiles » continuent alors d’exister à travers des objets du quotidien, provoquant situations incongrues et dialogues improbables. Le ton est résolument burlesque. Le film multiplie les situations cocasses, joue avec l’incongruité de ces machines devenues réceptacles de l’au-delà, et flirte parfois avec une forme de comédie absurde presque surréaliste. Pourtant, sous cette fantaisie apparente, le scénario propose une réflexion touchante sur la mémoire et la difficulté de laisser partir ceux qui occupaient une place essentielle.
Je n'essaierai pas de résumer cette comédie thaïlandaise, au récit résolument foutraque ! Je dirai simplement qu'il est question d'un veuf qui parvient à retrouver le spectre de feu son épouse... celle-ci hantant désormais un aspirateur (!). Avec un pareil sujet, je m'attendais à une comédie fantastique en famille, ce n'est pas vraiment le cas. En fait, Ratchapoom Boonbunchachoke oriente vite son récit sur l'absurde. Les fantômes peuvent hanter des objets, et les personnages ne semblent jamais surpris. Effrayés, gêné, parfois choqués, mais ils considèrent normal qu'un fantôme puisse hanter quelque chose. Souvent d'ailleurs, les personnages sont statiques et rigides devant des situations pour le moins cocasses ! C'est avec cette carte absurde que le réalisateur fait avancer son film. Mettant parfois le doigt dans les engrenages bureaucratiques. Ou sur des aspects étonnement sexualisés (dont des scènes gaies plutôt crues). Le film va même jusqu'à prendre un tournant très politique. Faisant régulièrement intervenir un (fictif) Premier Ministre et posant des questions sur la limite de ses pouvoirs. Mettant en avant la répression qu'ont pu mener les autorités, le poids d'un certain héritage politique. Ou tout simplement, la puissance des patrons face aux employés. A l'arrivée, il y a beaucoup de poil à gratter dans cette comédie absurde, et quelques scènes vraiment drôles. Je regrette cependant la durée un chouïa excessive (2h10), qui provoque quelques chutes de rythme.
Un pitch pareil ne peut qu'attiser la curiosité de ceux prêt à lâcher prise.
Le film regorge d'originalité, de second degré, d'humour et de fantaisie. Mais son principe est si absurde qu’il faut s’accrocher pour adhérer à la proposition et ne pas décrocher. Je fais partie de ceux qui ne sont jamais vraiment tout à fait parvenus à rentrer dans le délire, même s'il faut saluer l'ambition du film de mêler l'intime et le collectif, ainsi que de nombreux genres tels que la comédie, le fantastique et le conte social. L'ambiance parfois mélancolique est également plaisante.
Drôle et intelligemment écrit, l'ensemble se révèle néanmoins un poil trop sage lorsqu'il s'agit de s'attaquer aux dérives du pouvoir politique et à l'exploitation des ouvriers en Thaïlande.
헥헲́헰헼헺헽헲헻혀헲 : Grand Prix de la Semaine de la critique, au Festival de Cannes, en mai dernier.
헔혂혁헿헲혀 헼헯헷헲혁혀 헽헲헿혀헼헻헻헶헳헶헲́혀 헰헲́헹헲̀헯헿헲혀 헮혂 헰헶헻헲́헺헮 : le pneu de 혙혶혣혣혦혳, le frigo de 혠혷혦혴, la voiture de 혊혩혳혪혴혵혪혯혦, les jouets de 혛혰혺 혚혵혰혳혺, le système d'exploitation de 혏혦혳.
Voilà un film vraiment original . Mais le film est vraiment trop dense, on est parfois tellement perdu qu'on perd un peu l’intérêt qu'on a pour l'histoire. Une pépite.