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Il arrive qu’un film parte d’une idée si belle qu’on lui pardonnerait presque de ne pas savoir quoi en faire. Fantôme utile appartient à cette catégorie : un concept saisissant, une émotion sincère, mais une exécution qui s’égare dans sa propre étrangeté. Ratchapoom Boonbunchachoke mêle le drame, le fantastique et la satire sociale, sans jamais parvenir à leur donner un même souffle.
Sur le papier, tout est prometteur : une femme morte de pollution qui revient hanter son mari... à travers un aspirateur. Il y avait là de quoi faire une fable écologique, un conte surréaliste ou une comédie noire. Mais Fantôme utile hésite sans cesse entre le rire et le deuil, entre l’ironie et la douleur, sans jamais trancher. Le résultat est une succession de scènes souvent belles, parfois vides, où le symbolisme finit par étouffer la tendresse.
Davika Hoorne donne pourtant à Nat une voix touchante, presque spectrale. Et Wisarut Himmarat incarne ce mari désemparé avec une douceur qui désarme. Mais la mise en scène, trop lente, trop statique, semble regarder ses personnages de loin, comme s’ils flottaient dans une bulle d’absurde dont ils ne peuvent sortir. On devine l’intention poétique, mais on ne la ressent jamais vraiment.
Le film cherche à dénoncer la pollution, la société de consommation, la mécanisation du deuil — mais il le fait par allusion, par détour, jusqu’à ce que tout devienne un peu opaque. Reste une belle idée : celle de la tendresse qui survit à la matière, même dans un moteur d’aspirateur. Mais cette idée, répétée, commentée, alourdie, finit par tourner en rond.
Alors on regarde Fantôme utile comme on contemple un rêve trop long : intrigué, parfois ému, souvent distrait. Il y a du talent, il y a du risque, mais il manque la chair, le frisson, le désordre. Ce film voulait parler d’amour, de mort, de poussière. Il ne parle que d’intention.
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