Après avoir fait ses preuves dans le domaine de la comédie, Thomas Ngijol s'attaque à un tout autre style : le film policier. Adapté d'un documentaire, "Indomptables" est un projet qui avait tout pour m'intriguer. Narrant l'histoire du crime d'un policier, le long-métrage se sert de cette base pour raconter énormément de choses diverses et variées. Mais globalement, toutes vont tourner autour de thématiques propres à l'environnement dans lequel le film va se construire : le Cameroun. Avec cela, on sent que Thomas Ngijol avait envie de mettre certaines choses en lumière. Son personnage interprétant un policier, il y raconte la manière dont le crime est géré là-bas, mais aussi comment la pauvreté et les conditions de vie l'influence. Sincèrement, on sent que le réalisateur avait envie d'imposer un ton très réaliste, quitte à en saboter le rythme. Par moments, il est vrai que l'enquête ne va pas beaucoup avancer, mais c'est justement ce qu'il souhaite exprimer. Billong passe son temps à arrêter des gens presque au hasard, à faire peur (même aux victimes) et à prendre ses coéquipiers de haut. Dans son fond, le film a donc énormément de choses à raconter, et beaucoup de séquences fonctionnent bien. Dans l'ensemble, la mise en scène de Thomas Ngijol est intéressante, notamment dans tous les parallèles qu'elle met en place entre la vie personnelle et professionnelle de BIllong. Cela se fait évidemment par l'écriture, mais aussi parfois par le montage. Je pense notamment à cette séquence où il interroge violemment un suspect, et que la découpe nous montre son fils attendant tranquillement dans le bureau d'à côté, assis dans la même position que ce dernier. Et en vérité, ce parallèle entre l'homme et le policier marche plutôt bien, car ce genre de petits détails est très présent au sein du film. Mais, même si j'apprécie tout cela, je suis quand même obligé d'admettre que les envies de Thomas Ngijol étaient peut-être trop ambitieuses. À vouloir raconter trop de choses, j'ai eu la sensation que beaucoup d'autres passaient à la trappe, notamment dans la conclusion.
Certes, on apprend qui est le meurtrier, mais cela arrive comme un cheveu sur la soupe. C'était clairement voulu, mais la mise en scène manque de force, à ce moment-là, pour vraiment renforcer la portée dramatique du moment. Et c'est de même pour l'évolution des liens familiaux, qui n'ont pas beaucoup bougé. Il se montre peut-être un peu moins virulent en tant que père, mais je n'ai pas la sensation que tout cela a réellement amné une situation de fin satisfaisante. Si un pas a été fait, il paraît quand même trop léger pour vraiment tirer un point final intéressant. Au global, ce qui me dérange donc, c'est que tout ce qui est présenté se veut comme un constat, mais sans forcément aller plus loin. Il y a beaucoup de films qui marchent comme ça, je ne dis pas le contraire. Mais ici, on dresse le constat, sans forcément amener une réflexion supplémentaire. On nous présente le crime de Yaoundé, mais sans forcément aller plus loin qu'une présentation. C'est donc dommage de ne pas avoir osé aller un peu plus loin dans ces sujets, quitte à sortir complètement du cadre de l'adaptation par instants.
Par conséquent, même si le film est plutôt sympathique, il me paraît un peu trop sage par moments. Il lui manque une certaine touche de folie, pour vraiment réussir à nous marquer. Malgré tout, je vous recommande quand même d'aller y jeter un œil, car il raconte beaucoup de choses vraiment intéressantes. Pour conclure, une belle tentative.