Naomi Kawase a toujours été une cinéaste à part, y compris au Japon, ne serait-ce que par le côté hybride de ses scénarios et, souvent, un aspect panthéiste dans ses images. Au départ, pour L'illusion de Yakushima, son récit devait surtout aborder le cas des jôhatsu, ces personnes, très nombreuses, qui disparaissent chaque année sans laisser de traces. Le sujet est resté, mais n'intervient qu'en second plan avec un personnage principal, incarné par Vicky Krieps, "transplanté" de France à Kobe, qui se retrouve dans une clinique, au contact d'enfants en attente de greffe d'organe, une pratique bien moins répandue au Japon qu'en Occident, pour des raisons culturelles que le film explique sans approfondissement véritable. Assez filandreux sur le plan temporel, avec plusieurs flashbacks, le film vise à tenir un équilibre entre ses différents thèmes, uniquement liés par son héroïne, dont on ne sait, ou trop, ou pas assez, pour véritablement nous passionner. L'illusion de Yakushima cherche aussi parfois l'émotion de manière un peu trop marquée avec le sort d'adorables garçons ou filles, dont la vie dépend de donneurs hypothétiques. Il y a, à l'évidence, la nécessité de faire de la pédagogie autour de la greffe d'organes, auprès du grand public japonais, mais la façon d'opérer, si l'on ose dire, frise l'impudique.