Naomi Kawase a toujours été une cinéaste à part, y compris au Japon, ne serait-ce que par le côté hybride de ses scénarios et, souvent, un aspect panthéiste dans ses images. Au départ, pour L'illusion de Yakushima, son récit devait surtout aborder le cas des jôhatsu, ces personnes, très nombreuses, qui disparaissent chaque année sans laisser de traces. Le sujet est resté, mais n'intervient qu'en second plan avec un personnage principal, incarné par Vicky Krieps, "transplanté" de France à Kobe, qui se retrouve dans une clinique, au contact d'enfants en attente de greffe d'organe, une pratique bien moins répandue au Japon qu'en Occident, pour des raisons culturelles que le film explique sans approfondissement véritable. Assez filandreux sur le plan temporel, avec plusieurs flashbacks, le film vise à tenir un équilibre entre ses différents thèmes, uniquement liés par son héroïne, dont on ne sait, ou trop, ou pas assez, pour véritablement nous passionner. L'illusion de Yakushima cherche aussi parfois l'émotion de manière un peu trop marquée avec le sort d'adorables garçons ou filles, dont la vie dépend de donneurs hypothétiques. Il y a, à l'évidence, la nécessité de faire de la pédagogie autour de la greffe d'organes, auprès du grand public japonais, mais la façon d'opérer, si l'on ose dire, frise l'impudique.
Corry est une chirurgienne française qui, après la mort de son père, décide de partir en échange au Japon, à Kobé, dans le service de pédiatrie d'un hôpital spécialisé dans les greffes cardiaques. Elle y découvre que, pour des motifs sociaux et juridiques, le Japon est le pays développé au monde où le don d'organes est le moins répandu. Les jeunes patients y vivent par conséquence dans l'attente anxieuse d'un don qui ne vient pas toujours. À l'occasion d'un voyage touristique sur l'île de Yakushima, au sud l'archipel, Corry fait la connaissance de Jin, un passionné de photographie qui vient vivre avec elle à Kobé.
Naomi Kawase est une réalisatrice japonaise reconnue qui a ses entrées dans les plus grands festivals internationaux. Grand Prix au festival de Cannes en 2007 pour "La Forêt de Mogari", elle est choisie pour être la réalisatrice officielle du film des Jeux olympiques de Tokyo 2020. Je n'avais guère aimé "Les Délices de Tokyo", noyé dans les bons sentiments (« C’est MasterChef à la sauce Paulo Coelho » écrivais-je caustiquement à sa sortie en 2016), "Vers la lumière" qui nous faisait certes découvrir un monde original, celui de l'audiodescription pour les spectateurs malentendants, ou "True Mothers" sur la maternité.
Je n'ai guère plus apprécié ce dernier film, en compétition l'an passé à Locarno. Il repose tout entier sur les épaules de Vicky Krieps, une des actrices les plus talentueuses de sa génération, aussi à l'aise dans un western avec Viggo Mortensen, en Anne d'Autriche dans "Les Trois Mousquetaires" ou en mère lesbienne dans l'adaptation du roman de Constance Debré. Elle est, ici comme toujours, épatante, investissant toutes les dimensions de son rôle et lui donnant une force émotionnelle étonnante.
Ce n'est pas elle qui pèche donc, mais un scénario qui tente maladroitement de nouer deux histoires. D'un côté celle d'une transplantation cardiaque dans un service pédiatrique, un sujet éminemment cinématographique car il charrie son lot d'images fortes - si la vue du sang ou d'un bistouri vous fait tourner de l'oeil, ce film n'est pas pour vous -, il peut donner lieu à un suspense haletant - le cœur de l'enfant défunt arrivera-til à temps pour être transplanté dans le corps de l'enfant malade ? - et il est profondément émouvant - je ne me suis toujours pas remis du choc provoqué par la lecture de "Réparer les vivants" de Maylis de Kerangal. De l'autre une relation amoureuse fusionnelle et bien vite déséquilibrée avec un séduisant Japonais sur le passé duquel la suite du film fera d'étonnantes révélations.
Prises séparément, ces deux histoires auraient pu inspirer deux très bons films. Mais Naomi Kawase a eu le tort de vouloir les entremêler. Les coutures de ce costume d'Arlequin sont trop grossières.
Les films précédents de Kawase laissait déjà entrevoir une grande sensibilité, mais péchait un peu par leur longueur et le mélange des genres à l'intérieur du même film. On se souvient bien sur des succulents dorayakis cuisinés avec amour par une dame de 70 ans à Tokyo.. Cette fois-ci, Kawase a atteint une belle maturité. Elle ne quitte pas certes l'insertion de parties documentaires fouillées, ici très cliniques autour de la greffe d'organes ( esprits sensibles au sang s'abstenir). Mais la partie fictionnelle, ouvre grande la réflexion qui tourne autour d'une éternelle question: comment accepter la mort, y compris la sienne. Comment accepter le temps qui passe, comment accueillir la beauté d'un paysage, ou la question naïve mais perfide d'un enfant, qui découvre une étrangère dans "son" hôpital. On ne bavarde pas plus qu'il ne faut ( seul petit bémol, les premières phrases murmurées en intro sur fond d'images de la magnifique forêt tropicale sont difficilement audibles), mais on voudrait faire stop sur certaines phrases, le temps de les assimiler. « Et si le but de la vie était simplement de rester dans le cœur des gens qu'on aime ? » par exemple. Certes il n'y a pas de grandes avancées philosophiques, mais un casting de choix qui rend ces réflexions pertinentes et destinées à chacun d'entre nous. Et bien évidemment le tout est porté de façon lumineuse par une Vicky Krieps, fragile et forte à la fois, soutien des parents et des enfants, dans une société hostile aux greffes, mais blessée spoiler: d'avoir perdu son amoureux photographe en fuite dans la forêt profonde! L e reste du casting japonais est parfaitement à la hauteur. cinéma - juin 2026.
Corry est une chirurgienne française à l’hopital de Kobé au Japon. Elle s’occupe d’enfants en attente d’une greffe dans un pays où la mentalité n’est pas favorable au don d’organe. Cette partie du film est passionnante. Malheureusement, le film se noie dans plusieurs récits qui s’entremêlent assez mal.
L’Illusion de Yakushim est un film touchant qui aborde avec justesse le sujet difficile des greffes d’organes entre enfants. Sans tomber dans l’excès, il traite ce thème avec sensibilité et humanité. Seul bémol : l’histoire d’amour, qui semble un peu hors sujet et dont on ne comprend pas vraiment l’utilité. Une histoire émouvante, bien maîtrisée, portée par une très belle fin.
Est-ce que tu savais qu'en France, le don d'organes était présumé ? Ce film a attisé ma curiosité et m'a permis de faire des recherches sur un fait que je connaissais pas du tout : En France, si, de son vivant, on ne fait pas connaître son refus explicite de donner (à ses proches ou sur le registre national de refus), on est présumés donneurs d'organes et de tissus lors de son décès.
Je n'ouvre aucun débat mais je fais juste un constat : dans notre pays, le don d'organes est inscrit dans la loi et il est ancré dans le collectif !
Ici, le récit se déroule au Japon et on apprend que cette pratique est radicalement différente dans ce pays ! Dans leur culture, le constat de la mort n'est pas le même car il puise ses racines dans la religion : c'est la mort cardiaque qui est reconnue chez eux et non pas la mort cérébrale. Ce qui fait que le don d'organes a été longtemps mis de côté par l'éthique médicale japonaise. C'est fou !!
On suit cette femme qui se bat tous les jours pour former et informer les médecins sur cette pratique qui est peu répandue alors que la demande est forte et peut sauver de nombreuses vies !
J'ai trouvé que c'était un film très sensoriel entre les battements de coeur, le vent, les cliquettis d'un bracelet, la respiration. J'ai aimé que le récit puise dans des sensations et ressentis impalpables.
J'ai aimé aussi qu'il mette en parallèle la vie personnelle et la vie professionnelle de cette femme. On assiste à une vie privée plutôt chaotique et solitaire alors que sa vie professionnelle est stable et riche de rencontres et en émotions. Cela contraste et permet de mettre en lumière le caractère combattif de cette héroïne.
On réalise que des familles peuvent rester des années à l'hôpital dans l'attente d'une greffe pour leur enfant, et, malgré tout, ils restent positifs et toujours joyeux malgré l'épée de Damoclès qui pèse sur eux.
Petit à petit, on se rend compte que la vie prend le dessus sur la mort et une scène m'a ému aux larmes !
Changer les mentalités et les croyances de toutes une population prend du temps et c'est beau que le cinéma permette de faire découvrir d'autres cultures !
C'est un film sur la vie et la mort, les aléas de la vie et ses mystères. J'ai été touchée !!
Beau film poétique et très « japonais » nous apprends la culture japonaise sur les dons d’organe. Mais le film reste trop superficiel et un peu confus quant à la relation entre la doctoresse et le photographe japonais
le film est lent , trop long, tout comme l'interminable attente d’ une possible greffe , donc d’ un espoir de guérison ou d' amélioration . le thème abordé est délicat, d' autant que la culture japonaise ( shintô... ) est différente de l'occidentale chrétienne. la réalisatrice s'en sort plutôt bien , avec un final optimiste : une greffe enfin réalisée. a chacun sa culture , mais la vie doit primer . belle interprétation de Corée, des " jeunes " patients...
Il y a une double histoire dans ce film. Quittons la Thaïlande pour le Japon mais toujours avec des regards d'enfants. La nature est beaucoup présente, la force des images et de la musique me font penser au film Silent Friend (Même si celui-ci était en N & B). Bref, ici c'est un vrai film documentaire ou le personnage central interprète une coopérante médicale française, qui se heurte à la culture japonaise et au malaise qui peut en découler dans un hôpital pour enfants au sein du service de transplantation d'organes. On apprend que si vous êtes en état de mort cérébral cela n'est malheureusement pas considéré comme un décès, votre coeur doit lui s'arrêter pour que l'on puisse considérer quelqu'un de mort. C'est absurde et incompréhensible d'accepter cette situation dans notre culture occidentale lorsque la vie d'autres enfants est en jeu. il y a beaucoup de larmes, et il ne faut être atteint de tomophobie. Le regard de Corry est plein de bienveillance, et sa voix off donne une émotion sereine à ce film qui célèbre la vie.
Lorsqu’on connait bien le cinéma de Naomi Kawase, lorsque, en plus, on l’apprécie énormément, on peut se montrer déçu à la vision de "L’illusion de Yakushima", un film qui présente 2 défauts majeurs : le fait, pour la réalisatrice, d’avoir voulu y traiter simultanément 2 thèmes importants, les greffes d’organe et le phénomène des « Jōhatsu », avec, en plus, l’abandon en rase campagne de l’histoire de Jin. Se rajoute à cela un artifice scénaristique destiné à ajouter une dose de suspense à l’histoire : l’arrivée d’un typhon sur l’île de Yakushima qui risque d’empêcher le décollage de l’avion transportant le cœur du donneur alors que tout est prêt à Kobe pour la transplantation. Parlons clair : si on aime le cinéma de Naomi Kawase, c’est pour beaucoup du fait de sa très grande capacité à dégager de l’émotion. Malheureusement, dans L’illusion de Yakushima, cette émotion se transforme trop souvent en pathos. Quant au choix de Vicky Krieps pour interpréter le rôle de Corry, il réjouira de nombreux spectateurs alors que d’autres trouveront que, comme d’habitude, elle manque de nuances dans son jeu. Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film. Film vu aux Rencontres Cinématographiques de Cannes.
D’abord, j’insiste, Naomi Kawase est une réalisatrice nipponne dont j’ai adhéré au discours dès ses premiers films….Elle possède un sens inné de la poésie et de la nature….Son film ici est plus audacieux, elle veut rendre hommage à la France, pour d’obscures raisons, et donc introduit une actrice française et quelques mots de la langue de Molière...Je suis un peu dubitatif même s’il s’agit de critiquer la politique du don d’organe au Japon. Dans ce pays les chiffres sont consternants….L’Espagne arrive en tête, Le Japon arrive en dernier. Le film est subtilement construit, avec des passages émouvants, d’autres plus pragmatiques dans le milieu du travail… Notons qu’elle s’inspire de Terrence Mallick pour le montage de certaines scènes, des plans séquences bien souvent...Elle démontre que les transplantations cardiaques sont une véritable prouesse technologique, dont l’humanité peut être fière ( ressenti)….Les enfants dans le film sont beaux et lumineux. Ils dégagent tant d’amour. Donc ayons confiance en l’avenir….Un film que je recommande. À la fois humain et poétique. Merci Naomi Kawase, merci le Japon.
Film digne, bien écrit et mis en scène, avec une superbe Vicky Krieps. Toutefois, Naomi Kawase avait par le passé déployé davantage d'ambitions cinématographiques.
Un déception mais comme parfois la greffe d'un cinéaste Japonais sur une production française et une actrice francophone ne prend pas. Ici on ne comprend pas où va précisément le film. Critique des freins culturels des japonais à donner leurs organes , histoire d'amour contrariée par les différences culturelles entre un japonais et une française ? Le film m'a perdu en route.
L'Illusion de Yakushima : quand l'amour rencontre les questions de la vie et de la mort
Avec L'Illusion de Yakushima, Naomi Kawase poursuit son exploration des émotions discrètes qui façonnent l'existence. Le film s'inscrit dans cette tradition du cinéma japonais qui préfère l'observation à la démonstration, et qui trouve dans les gestes du quotidien une matière dramatique souvent plus forte que les grands discours. spoiler:
L'histoire suit Corry, une Française installée au Japon, dont la vie est étroitement liée à l'univers hospitalier et aux enfants confrontés à la maladie. À partir de cette situation, le récit déploie plusieurs niveaux de lecture. Il s'agit bien sûr d'un drame humain, mais aussi d'une réflexion sur l'attachement, la solitude, la transmission et la manière dont les individus composent avec l'incertitude.
On retrouve ce côté très Nouvelle Vague qui caractérise certaines œuvres centrées sur l'intimité. Les conversations paraissent naturelles, les silences occupent une place importante et les scènes du quotidien deviennent des révélateurs de la personnalité des personnages. Cette approche crée une proximité immédiate. Le spectateur n'est jamais placé à distance. Il accompagne les personnages dans leurs doutes, leurs espoirs et leurs interrogations sans que le récit cherche à imposer une lecture unique.
Le film développe également une réflexion plus large sur le rapport à la vie et à la mort. Sans adopter un ton démonstratif, il aborde la question du don d'organe à travers le regard de ceux qui y sont confrontés. Cette thématique permet d'explorer des différences culturelles parfois méconnues entre le Japon et l'Occident. Les croyances, les représentations du corps et le rapport à la disparition influencent profondément les choix individuels et collectifs.
L'un des intérêts majeurs du film réside dans sa capacité à faire dialoguer plusieurs temporalités. Il y a le temps de l'amour, celui de la maladie, celui de l'attente et celui des décisions qui peuvent changer une existence. Ces rythmes se croisent sans jamais se confondre. Le résultat donne au récit une tonalité contemplative qui demande une certaine disponibilité au spectateur, mais qui récompense cette attention par une véritable densité émotionnelle.
La petite touche documentaire apporte par ailleurs une forme d'authenticité supplémentaire. Certaines séquences semblent capturer le réel avec une grande précision. Cette démarche peut parfois ralentir la progression dramatique, mais elle renforce la crédibilité de l'ensemble et rappelle que les questions soulevées par le film dépassent largement le cadre de la fiction.
À travers son mélange de chronique sentimentale, de réflexion existentielle et d'observation sociale, L'Illusion de Yakushima propose une expérience sensible où l'amour, la fragilité humaine et le temps deviennent les véritables sujets du récit. Un film contemplatif, exigeant, mais porté par une sincérité qui lui confère une réelle force émotionnelle.