Avec I Love Peru, Raphaël Quenard signe, en tandem avec Hugo David, une œuvre aussi barrée qu’introspective, un objet cinématographique non identifié qui oscille entre comédie absurde, satire du milieu artistique et quête spirituelle improbable. Fidèle à sa personnalité d’acteur hors normes, Quenard s’amuse ici à dynamiter les codes du cinéma d’auteur tout en livrant une réflexion aussi sincère qu’hilarante sur l’ego, la célébrité et la vacuité du succès.
Le point de départ est simple : un comédien en pleine ascension, ivre de reconnaissance, finit par trahir ceux qui l’ont toujours soutenu. Mais son vide intérieur le rattrape. Une vision, une illumination, un délire mystique — difficile à dire — le pousse à tout plaquer pour partir au Pérou, à la recherche d’un sens, d’un souffle, d’une vérité. Ce qui aurait pu n’être qu’un caprice d’artiste devient peu à peu un road-movie existentiel, où le burlesque côtoie la mélancolie et où la dérision devient un moyen de survie.
Raphaël Quenard, magnétique, s’offre un rôle à la hauteur de son talent : celui d’un homme en crise, à la fois pathétique et sublime, grotesque et profondément humain. Son jeu, oscillant entre improvisation contrôlée et sincérité désarmante, fait de chaque scène une expérience imprévisible. Hugo David, complice de longue date, lui donne la réplique dans un équilibre parfait entre la folie et la lucidité. Ensemble, ils livrent un duo de cinéma d’une alchimie rare, porté par une mise en scène inventive et nerveuse, quelque part entre le mockumentaire et le trip halluciné.
Le film doit aussi beaucoup à son ton volontairement dissonant : mélange de documentaire truqué, de fable initiatique et de satire du showbiz. Quenard y tourne en dérision son propre statut d’acteur « phénomène », mais sans cynisme : derrière la farce, il y a la douleur, le doute, la solitude. Le rire naît de la fragilité, et c’est sans doute ce qui rend I Love Peru si touchant.
Visuellement, le film joue avec les contrastes : images nocturnes urbaines, éclairages mélancoliques, séquences en studio qui dévoilent les coulisses de la création, et plans splendides tournés dans la nature andine, où la spiritualité affleure dans la lumière. L’ensemble compose une œuvre à la fois poétique et punk, portée par une liberté de ton totale.