The World of Love aborde le sujet du traumatisme – notamment suite à une agression sexuelle. Ga Eun Yoon explique ce qui l'a poussée vers ce sujet : "On a souvent eu tendance à m’interroger sur le thème de l’agression sexuelle. Or, c’est le traumatisme qui est important à mes yeux. Adultes, on se demande si nos comportements, nos réflexes, sont liés à l’enfance, s’il y a un lien de causalité entre hier et aujourd’hui. Je ne sais pas s’il faut réfléchir de la sorte mais ce questionnement est profond chez moi."
Le film est raconté du point de vue de Jooin, l'héroïne. Comme elle, The World of Love cache longtemps son statut de victime, ne révélant aucun détail que le personnage ne voudrait pas dévoiler. Ga Eun Yoon confie : "Même si elle a vécu un événement douloureux, plus jeune, Jooin a eu la possibilité d’en parler à sa famille. De ce fait, elle a été entendue et protégée. Je me suis demandée : comment une adolescente, entourée mais marquée par un traumatisme, grandit-elle ?"
"J’ai fait beaucoup de recherches et je me suis rendue compte que les jeunes avaient plus de chance de se reconstruire et de mener une vie normale. Jooin a 16 ans et son agression doit remonter à ses 11 ans. Elle est en pleine adolescence : c’est une lycéenne entourée de ses amies, qui aspire à vivre ses premières expériences amoureuses. C’est dans ce cadre que j’ai voulu dresser le portrait d’une fille au jour le jour, dans ses tracas du quotidien. Jooin est très ancrée dans le présent."
The World of Love propose une vision singulière et nuancée du statut de victime. Ga Eun Yoon précise : "On a tendance à essentialiser les victimes d’agression sexuelle. On les décrit comme déprimées, dépressives, vivant dans la peur que ça recommence, nourrissant un problème de sociabilisation. On statue un peu vite que ces personnes n’ont aucune possibilité de résilience. En réalité, la société coréenne se soucie peu de comment elles continuent à vivre ; c’est une société basée, encore aujourd’hui, sur le confucianisme, le patriarcat et qui semble manquer d’empathie envers les victimes."
Fort de 200 000 entrées en Corée, The World of Love est devenu le plus gros succès du cinéma indépendant coréen en 2025. La réalisatrice Ga Eun Yoon a obtenu le soutien de grandes figures du cinéma asiatique tels que Bong Joon-ho, Kim Jee-woon, Kore-eda Hirokazu, Park Chan-wook, Jia Zhangke, Yeon Sang-ho, Kim Tae-ri ou encore Greta Lee.
Bong Joon-ho l’a notamment incluse dans sa sélection des "20 réalisateurs à suivre dans les années 2020" publiée par le magazine Sight & Sound, en la qualifiant de "l’une des réalisatrices coréennes les plus passionnantes de sa génération".
Comme il y a des scènes de relations intimes entre Jooin et son petit ami, Ga Eun Yoon voulait choisir une actrice déjà adulte pour le rôle, âgée d’une vingtaine d’années mais dotée d’un visage encore juvénile : "Seo Su-bin est arrivée à la fin de la période du casting ; j’avais vu sur son profil qu’elle n’avait quasiment pas d’expérience, alors que je cherchais plutôt des actrices expérimentées", se souvient la réalisatrice. Elle poursuit :
"Mais sa photo m’avait marquée : son regard, si vif, si énergique, semblait surgir du papier. C’est pour ces raisons que j’ai tout de même voulu la rencontrer en tête à tête. Le feeling est très bien passé. Mais c’est lorsque j’ai organisé un atelier entre elle et les autres acteurs que j’ai été impressionnée. Par ailleurs il s’avère qu’elle a pratiqué le taekwondo pendant neuf ans comme le personnage. Je me suis alors dit que c’était le destin qui avait mis Su-bin sur ma route."