Vu en avant première le 8 septembre à Nîmes
Pour l’exemple...
Ça pourrait résumer ce film. Dans le contexte actuel, où il semble qu’on aie tous oublié l’horreur et l’absurdité de la guerre, si on la subit pas dans nos tripes, sur nos têtes, si on a cette chance, oubli de ceux qui les décident comme de ceux qui les subissent inclus, le récit des péripéties vécues par Justin, le héros du film d’Eric Barbier nous plonge dans l’horreur et l’absurdité de la guerre dès le début du film, par un coup de crosse de fusil assorti d’insultes administré à un homme qui ne demande qu’à vivre la vie simple qu’il mène, aussi dure et misérable soit-elle, pour finir heureusement par se révolter contre l’inexprimable qu’il a vécu..
Et, par la magie d’un réalisateur avisé, au service d’une histoire imaginaire, nous ramenant avec talent au contexte historique de la Grande Guerre durant laquelle Justin le Juste va connaître un destin exceptionnel, nous allons nous rappeler ce qu’est la guerre, son horreur et son absurdité – et le dire et répéter comme je le fais est un devoir.
J’ai pensé un moment - toutes proportions gardées s’agissant des deux personnages - à un autre de ces Justin jetés de force dans cette folie qu’est la guerre. J’ai pensé à Louis-Ferdinand Céline, qui a exprimé en son temps un refus total et viscéral de la guerre, qu’il considérait comme une horreur absurde et un cauchemar permanent.
Eric Barbier, les actrices, les acteurs et les techniciens qu’il a réunis ont réussi un film qui m’a mis face à ma condition, à la part de Justin en moi, à ce que je ferais si j’étais forcé à participer, à subir une des guerres en cours aujourd’hui, portant encore et toujours leur cortège d’horreur et d’absurdité, aggravé du fait que rien n’a changé, sinon en pire, si c’est possible.
Ce film simple nous a présenté, l’air de rien (comme Justin, au début), sans une image de trop, sans un mot de trop, sans un cri de trop, sans un silence de trop, le candide et le sordide de destins qui ont été ceux de nos aînés et pourraient demain être les nôtres.
Et c’est ce qui en fait une œuvre majeure, absolument nécessaire de nos jours.
Il finit d’ailleurs sur un carton textuel qui rappelle que le commandement militaire français a fait fusiller de 600 à 650 soldats français « pour l’exemple » entre 1914 et 1918, comme s’il fallait ne jamais oublier que nous sommes tous des Justin le Juste.
Oui, pour l’exemple.