Pour son premier long métrage, Hüseyin Aydin Gürsoy s'appuie sur une expérience intime. Comme son personnage principal, le cinéaste est originaire de Turquie et est arrivé en France quand il était enfant. À 21 ans, il a choisi de franciser son prénom afin de faciliter son insertion professionnelle. Cela a été très compliqué à vivre mais "j’ai pu constater le poids de la discrimination systémique". Il souligne : "Quand j’écris un film, je pars d’une angoisse personnelle et de la question : « Et si cela arrivait ? », tout en me référant à mon vécu."
Le réalisateur traite de thématiques qui lui sont chères, comme l'immigration, l'intégration, l'ascension sociale et l'identité, à travers la forme d'un thriller politique, genre dont il embrasse totalement les codes : "Ce qui m’intéresse dans le cinéma, ce sont les récits épris de tensions. Cette question de violence psychologique liée au racisme peut être très brutale pour les personnes qui la subissent et je voulais qu’elle transparaisse dans le langage cinématographique du film, à travers les images et le rythme."
Parmi les références qu'il avait en tête, Hüseyin Aydin Gürsoy cite James Gray, l'un de ses réalisateurs préférés : "Mes trois premiers courts-métrages étaient plutôt des drames sociaux mais en voyant La nuit nous appartient puis ses autres films, j’ai compris que l’on peut réaliser un film très intime, quel que soit le genre. Son cinéma m’a inspiré, m’a donné cette liberté de choisir le genre le plus approprié." Le cinéaste avait également en tête le travail de Rodrigo Sorogoyen, et en particulier le rythme de El Reino, et celui de Jacques Audiard, pour la descente aux enfers du héros dans De battre mon cœur s’est arrêté.
Bien qu'aucune affaire précise n'ait servi de modèle au scénario, les auteurs ont effectué un important travail de documentation pour rendre leur intrigue crédible. Des avocats spécialisés dans les institutions européennes ont notamment relu le scénario afin d'en valider les aspects juridiques, tandis que le scandale du Qatargate, survenu pendant l'écriture, a conforté les auteurs dans le réalisme de leur récit.
La bande originale reflète le tiraillement identitaire du héros. Composée par Emrah Kaptan, lui-même issu de l'immigration turque, elle mêle instruments traditionnels turcs et sonorités occidentales. Le réalisateur a notamment imaginé un dialogue musical entre le saz, symbole des racines de Mathieu, et la guitare, associée à sa vie française, tandis que deux chansons turques encadrent le récit. "La chanson à la fin du film est une chanson populaire qui parle d’un personnage en exil qui cherche sa place et qui finit par tout détruire autour de lui", précise Hüseyin Aydin Gürsoy.
La communauté turque est l'une des plus présentes en France, avec près de 700 000 personnes turques ou issues de cette immigration. Le réalisateur avait envie "de raconter leur histoire, de les faire exister à l’écran, c’est un exercice inédit dans le cinéma français. Je voulais aussi parler des contradictions qu’on a dans la communauté et montrer une certaine forme de nostalgie. J’espère avoir amené une tendresse dans mon regard sur la famille ; quand il va chez ses parents, avec sa sœur, dans les traditions... Il y a des choses qui se jouent qui sont pour moi très belles."