C'est avec reculons (pour ne pas dire autre chose) que je suis allé voir « Où va la nuit », nouveau film du réalisateur de « Séraphine ». Choix que j'ai vivement regretté au départ tant les premières minutes ne faisaient rien pour me rassurer, le spectre de revivre une deuxième fois l'indescriptible ennui que j'avais ressenti en 2008 me paraissant alors inévitable. Et puis, comme un déclic : Provost semble découvrir au milieu de son oeuvre que le cinéma, ce n'est pas que ça. Pour tout vous dire, j'en étais presque surpris tant je m'étais habitué à m'emmerder avec le cinéma de Provost. En effet, après donc une première heure (quand même!) plus que poussive, où il ne se passe pas grand chose aussi bien dans l'intrigue que dans l'évolution des personnages, l'apparition de Madame Talbot change tout. Au-delà de la performance impeccable d'Edith Scob dans le rôle, l'oeuvre prend à ce moment une tournure beaucoup plus intéressante, complexe, sa relation tout en nuances avec une Yolande Moreau très crédible apportant quelque chose d'assez touchant et surtout de très juste. Enfin alors ce portrait de femme un peu irresponsable mais très humaine prend forme et touche sa cible, dont la conclusion viendrait presque nous évoquer un film d'action de bonne tenue! Il aura donc fallu le temps, mais comme je suis toujours plus indulgent avec un film débutant mal avant de terminer en beauté que le contraire, j'ai en définitive trouvé mon compte. Comme quoi, il en était capable de nous offrir quelque chose de potable l'ami Martin... Honnête.
Martin Provost compare cette histoire à une tragédie grecque où chaque personnage se dirige à sa propre perte. Après "Séraphine", il renouvelle sa collaboration avec Yolande Moreau qui se retrouve face à un personnage rêvant de liberté, une victime trouble et complexe. Son interprétation est remarquable ; tout en retenue, on observe un désir de vivre enfin, de libération après avoir assassiné son mari, mais les remords ainsi que l'enquête parallèle de la police la guettent et transforment son renouveau en descente en Enfer. L’esthétique du film est mesurée et subtile, s'accorde adroitement à l'actrice principale, enfermée dans une vie sombre et grinçante, où aucune vitalité ni soupçon d'existence se fait sentir dans la première partie, c'est-à-dire avant le meurtre. L'acmé du film, qui apparaît tel un cheveux sur la soupe (c'est vrai qu'hormis le synopsis, on s'y attend pas) la libère d'un poids considérable; les maltraitances quotidiennes de son mari et son ignorance. Elle sort de sa cage et reprend en main sa relation effacée avec son fils unique, ayant fuit depuis longtemps l’atmosphère invivable familiale et vivant à Bruxelles avec son compagnon. Le fils devient un personnage clef à l'action et à l'évolution (l'involution?) de la mère, il devient l'écho, le reflet anecdotique de sa mère; c'est en effet tout un passé tendu qui remonte à la surface lors de leur retrouvailles et instaure une électricité malsaine entre les divers personnages. Ce qui est captivant, c'est que l'histoire ne s'arrête pas au meurtre du père, c'est certes la ligne directive mais les relations, l'enquête, l'amour brisé viennent nourrir les remords de la mère, perdue et confuse entre le Bien et le Mal, entre l'innocence et la folie. Yolande Moreau ne s'épuise pas dans des artifices factices, son personnage étant très discret, parlant peu, on observe son anxiété grandir et le poids du passé l'envahir si bien qu'on arrive plus à voir clair dans ce qu'elle ressent et pense ; son jeu reste mystérieux mais très captivant car juste. Sa fuite la rend inaccessible, presque vide de tous ressentis en se forçant d'oublier le passé. Pierre Moure, interprétant son fils, a priori calme et heureux de retrouver sa mère, explose face à la caméra dans un état dérangeant et bluffant. Deux portraits qui se retrouvent et qui ont du mal à s'accorder mais dont les différences constituent tout le dialogue intriguant du film. L'implantation de l'histoire en Belgique contribue aussi à l'étrangeté inaccessible du film car toutes ces petites différences (les chiffres nonante et septante, les plaques d'immatriculation, les accents,...) forment quelque chose d’indéfinissable mais d'efficace. Étonnant.
Où va la nuit est un drame interprété à merveille par Y. Moreau. C'est une femme soumise par son mari violent va prendre son indépendance. Ca froid dans le dos tellement l'histoire est triste, dommage que le film s'essouffle.
Une femme comme tant d'autres, perdue dans une campagne obscure, au morne destin. Et soudain, décider de prendre sa vie en main et renouer avec son fils. Un magnifique portrait de femme, dans un film noir, sans facilités. Des personnages à la Simenon, en reconstruction, avec des douleurs incommensurables. Yolande Moreau est une fois encore impressionnante de subtilité. Elle est à la fois rêche et touchante. Quel beau film, à la tonalité exigeante et rare. Excellent.
C'est bien de s'appuyer sur la présence de Yolande Moreau encore faut-il mettre quelque chose autour surtout qu'ici elle joue dans son registre habituel. Des intentions qui n'ont pas dépassé le stade du brouillon.
franchement j'ai été déçue, certes la prestation de Yolande Moreau était bonne mais le scénario était léger. il faudrait peut être que les réalisateurs fassent jouer Yolande moreau dans d'autres registres parce qu'on va se lasser de la voir si triste.
Où va la nuit ouvre ainsi des pistes intéressantes, aussi tragiques et intéressantes soient-elles, mais sans jamais les exploiter en profondeur, laissant au spectateur le soin de creuser les personnages, l'histoire, comme une sorte d'invitation à prendre la caméra et le story-board pour s'emparer du film.
Le jeu plein de subtilité de Yolande Moreau et la sombre atmosphère que créé Martin Provost donne de l'intensité à l'adaptation de ce roman dont le peu de rebondissement est toutefois fort décevant. Si, dans ce drame, beaucoup de personnages secondaires peuvent paraitre superflus, la relation entre la mère et le fils est bien travaillée mais aurait pu justement être davantage mise en avant, particulièrement dans la scène finale trop brutale.
Pour leurs retrouvailles après Séraphine, le réalisateur Martin Provost et Yolande Moreau nous offrent une oeuvre tout en retenue, sorte de polar en mode mineur, ou de chronique familiale désabusée - et nordiste (le film se passe en Belgique ). L'ombre des Dardenne survole le film.
Une femme assassine son mari. Et elle a bien raison. Le salopard, brute patibulaire qui la frappait, buvait, et terrorisait son fils, ne méritait pas autre chose. Sans compter qu'il tue une jeune fille dans un accident de la route.
Le policier en charge de l'assassinat de ce monstre ordinaire aimerait bien laisser tomber, comme beaucoup d'autres personnages du film (Vincent, la logeuse). Seul le fils n'admet pas le geste de sa mère.
Martin Provost fait décrire à son film des arabesques élégantes, enveloppées d'une sorte d'onctuosité sèche qui rend Où va la nuit tout à fait intéressant. Il faut souligner la maîtrise du réalisateur pour créer les ambiances et son don pour les élégants mouvements de caméra.
D'habitude Yolande Moreau me donne l'impression de jouer toujours le même rôle (le sien), et en vérité, c'est encore le cas. Mais pour une fois, cela ne me dérange pas.
Le film a un peu de mal à se conclure, mais à part ça, il est tout à fait recommandable. D'autres films sur Christoblog : http://chris666.blogs.allocine.fr/
Un film subtil, sensible où les personnages ont une profondeur que les acteurs font ressortir à merveille. Le scénario se développe de façon croissante, jusqu'a une emprise totale qui bouleverse et nous émeut. Du très grand art. Impératif.
Dire que Yolande est magnifique dans ce film est quasiment un pléonasme, tant l'actrice habite son personnage, comme elle l'avait déjà fait dans "Séraphine"...
Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir. Ambiance oppressante en milieu rural. Yolande Moreau joue encore fois très juste, mais il ne faut pas avoir le bourdon avant d'aller voir ce film.