Je ne comprends pas que John Ford ait pu s’intéresser à cette histoire, celle d’un Américain, Sean Thornton (John Wayne, 45 ans), ancien boxeur de Pittsburgh (Pennsylvanie) venu vivre dans l’ancienne maison de ses parents, dans le village (fictif) d’Inishfree, et qui tombe amoureux, rien qu’en la voyant, d’une femme rousse, Mary Kate Danaher (l’Irlandaise Maureen O’Hara, 32 ans), célibataire et vivant avec son frère Will (Victor McLaglen, 66 ans). L’histoire est vieillotte, et concerne 2 « vieux » célibataires se comportant comme des adolescents. Les scènes d’intérieur sont bavardes et relèvent, parfois, du théâtre de boulevard. Aucun des protagonistes n’est vraiment sympathique :
Sean Thornton, d’abord patient avec sa femme qui se refuse à lui, devient violent et la traine, à pied, jusqu’à son frère, sur plusieurs kilomètres, Mary Kate s’entête, faute de n’avoir pu toucher de son frère sa dot (350 £, alors que son mari se fiche de l’argent), caractère partagé avec son frère Will (l’acteur a l’âge d’être son père).
Sans oublier une description caricaturale des Irlandais, bagarreurs, parieurs et alcooliques. On suppose que l’histoire se déroule au début du XXe s, probablement après l’indépendance de l’Irlande (1921). Tout ça en 2h09 ! Pourquoi tant d’éloges ? On retrouve la même ambiance potache dans un film ultérieur, « La taverne de l’Irlandais » (1963), également avec John Wayne (dernière collaboration avec John Ford), riche en combats et alcool coulant à flot. Sur 93 longs métrages (dont 10 perdus), de 1917 à 1966, John Ford ne peut pas réaliser que des chefs d’œuvres (la comédie n’est pas le genre où il excelle) et il y en aura, heureusement, après ce film. John Ford s’est fait plaisir en tournant avec des membres de sa famille dans l’île dont ses parents (son vrai patronyme est O’Feeney) sont originaires, lui-même étant né près de Portland (Maine).