Francesco Rosi · Cadavres exquis (Cadaveri eccellenti). Thiller politique italien. 1976.
Dans une région du sud de l'Italie, un mystérieux assassin tue successivement plusieurs magistrats. L'inspecteur Rogas est chargé de l'affaire, dont les investigations le conduisent à suivre la piste de Cres, un pharmacien déjà condamné dans une affaire d'empoisonnement. Au cours de l'enquête, il découvre un complot impliquant le Parti communiste italien.
Adaptation fidèle et efficace du roman « Le Contexte » de Leonardo Sciascia, ce film raconte l'histoire de la confrontation déséquilibrée entre un individu honnête qui poursuit la vérité et les pouvoirs corrompus et manipulateurs qui cherchent à fabriquer la vérité.
Bien que le roman fasse référence à un pays sans nom, il est clair que Sciascia faisait référence à l'Italie (et, par extension, à des pays similaires), donc Rosi situe le film directement dans le pays transalpin. Loin d’être un thriller ou un film noir, le film est une réflexion très crue et sceptique sur le pouvoir, un pouvoir qui, dans son zèle totalitaire, corrompu et corporatiste, nie la possibilité pour l’individu d’être véritablement libre, au point de l’empêcher de réaliser ses propres certitudes.
Ainsi, l'enquête du tenace inspecteur Rogas rencontre de plus en plus d'obstacles à mesure qu'il se rapproche de la vérité, une vérité diamétralement opposée à celle qui intéresse le pouvoir politique (qui accuse de jeunes radicaux subversifs) et même le pouvoir judiciaire (qui ne veut en aucun cas admettre la possibilité d'une erreur judiciaire comme cause des décès). Ce que l'inspecteur entrevoit peu à peu, et qui est d'une ampleur bien supérieure à celle d'un simple fou assassinant des juges (on évoque la possibilité d'un auto-coup d'État, chose qui n'est pas du tout inhabituelle dans l'histoire de la Première République italienne), n'intéressera même pas l'opposition - le Parti communiste -, dont l'objectif politique - le pouvoir, après tout - pourrait être entravé si une situation de conflit civil survenait. Ainsi, la lutte impossible de cet individu contre l’appareil du pouvoir symbolise l’impuissance du citoyen d’aujourd’hui, contraint d’accepter des vérités imposées, jusqu’à renoncer aux siennes ; Comme le dit si bien John Sayles dans son film « Silver City », « le pouvoir est comme une locomotive : soit vous montez dessus, soit elle vous écrase. » C’est cela, et rien d’autre, que l’inspecteur Rogas vérifiera personnellement.
Rosi qui avait déjà montré dans des films précédents sa qualité de narrateur cinématographique ; Il adopte ici un ton dépassionné, sobre, où les plans d'ensemble prédominent.
Je soulignerai la séquence d'ouverture, dans laquelle, sans aucun dialogue, un superbe Charles Vanel traverse une crypte remplie de momies peu avant d'être assassiné ; L'élégance avec laquelle tout est filmé, depuis le plan d'ouverture, en passant par les plans/contrechamps entre son visage et ceux des momies, et culminant dans cette particulière « mort parmi les fleurs », est vraiment digne d'éloges, car en plus d'être belle, elle est utile pour connaître le personnage (une formule que Rosi répétera avec d'autres personnages assassinés, dont les dernières actions nous renseignent sur leur caractère).
Reste quand même que le film n’est pas passionnant à suivre, du moins dans sa deuxième partie. Que la dénonciation passe trop souvent par de gros sabots pas très subtils (i faut voir l’acteur Tino Carraro, chef de la police et un des méchants (si j’ai bien compris ce qui n’est pas sûr) jouer en grimaçant au point de surpasser Peter Lore dans M le Maudit, ou mon bien aimé Max Von Sydown le président de la cour suprême et sa tirade entre le nazi et le fou déséquilibré du type méchant de James Bond !
Heureusement Lino Ventura est impeccable.
Souvent dans ce genre de film de dénonciation des forces puissantes que sont l’armée, les partis politiques ou la mafia comme celui-ci ou par exemple « I comme Icare », ça se finit exactement de la même façon et j’avoue que ça me gonfle un peu !