C'est le premier Almodovar que je vois. Et l'univers a été fascinant, autant les acteurs que les décors. Le scénario original m'a donné envie de lire le livre.
Pedro Almodóvar s’est lancé dans une libre adaptation du roman français "Mygale" de Thierry Jonquet et en a restitué un savoureux thriller où il est à la fois question d’une obsession, celle d’un chirurgien près à tout pour donner vie à ses fantasmes et celle d’un crime d’amour (dont on n’en dira pas plus afin de ne rien dévoiler de l‘intrigue). Sous les traits d’un banal thriller se dévoile petit à petit un vigilante-movie, c’est véritablement un tour de force opéré par le cinéaste car on ne s’y attend pas une seule fois, tout comme le twist-ending inattendu et imprévisible. Les niveaux de lecture de La Piel que Habito (2011) sont donc nombreux, alternant prodigieusement entre passé et présent, avec son scénario labyrinthique et ses nombreux protagonistes. On ne pourra s’empêcher de faire un parallèle avec Les Yeux sans visage (1960) de Georges Franju dont quelques similitudes subsistent. Pedro Almodóvar, très méticuleux, instaure très rapidement une ambiance à la fois froide et sombre, ainsi qu’une esthétique particulièrement soignée ou il prend son temps et nous distille un palpitant thriller hispanique où le tandem Antonio Banderas (que le cinéaste n’avait pas dirigé depuis Attache-moi ! - 1990) & Elena Anaya fait des merveilles.
Je craignais un peu ce nouveau Almodovar. Je n'avais pas du tout aimé Etreintes brisées il y a deux ans. De plus les rumeurs de Cannes cette année n'étaient pas encourageantes et pas de prix pour le film. La surprise est donc de taille. Je suis rentré dans l'histoire dès le début et suis resté scotché jusqu'au générique de fin. Le metteur en scène espagnol n'omet aucun de ses thèmes de prédilection mais pour une fois nous accommode tout cela à une sauce thriller fantastique passionnante. On reste fasciné par un scénario minutieux, malgré quelques flash-backs légèrement trop explicatifs, réservant un coup de théâtre savoureux et pour le moins surprenant. Ce qui fait la force de l'ensemble malgré la totale invraisemblance de l'histoire c'est que cela fonctionne et qu'on y croit. C'est à la fois glauque, romantique, sensuel, chaud et glacial. La vie, la mort, l'amour, l'espoir, la vengeance, on trouve de tout ici. La mise en scène est tout aussi forte et précise que le scénario. Techniquement tout est parfait. Les décors sont froids et un peu déshumanisés, bien à l'image de l'ambiance générale. La musique de Alberto Iglesias est magnifique. Quant à l'interprétation elle est, bien sûr, de haute volée. Vingt ans après Antonio Banderas retrouve le réalisateur qui l'a lancé. Il est très bien, très loin des (quelques) idioties hollywoodiennes qu'il a tourné entre temps. Le rôle de Vera devait être tenu par Penelope Cruz mais elle a préféré aller se noyer dans les Caraibes avec les pirates. Nous retrouvons donc en lieu et place la charmante Elena Anaya. Nous ne perdons pas au change car non contente d'être très belle, elle est aussi très bonne actrice. Encore peu connue, elle tourne aussi bien en France qu'aux États-unis ou qu'en Espagne donc. On retrouve aussi la grande Marisa Paredes, une habituée du metteur en scène. D"aucuns pourraient reprocher au film une trop grande froideur, trop grande distance, des longueurs et un manque d'émotion mais, bien au contraire, je trouve que cet état de fait colle très bien au propos. Bref une réussite sur toute la ligne. Pour ma part j'ai passé un très beau moment de cinéma. Tour à tour intriguant, fascinant et au final passionnant. Après un film en demi-teinte le grand Pedro a su rebondir et se renouveler. Un grand Almodovar ! Pour ma part l'un de ses meilleurs avec Volver. A voir absolument.
"La piel que habito" est un thriller particulièrement dérangé, louchant vers le film d'horreur, signé Pedro Almodovar. Le cinéaste nous propose une intrigue complexe et torturée, avec de nombreux liens cachés entre les personnages, et des retournements inattendus. Le point de départ (un savant expérimentant sur une cobaye qu'il garde à domicile, une chirurgie de la peau, etc.) fait beaucoup penser aux "Yeux sans visage" de Georges Franju, mais le film s'en démarque assez vite. En effet, Almodovar semble au début aborder le thème des manipulations médicales, mais c'est pour mieux nous piéger. Il nous livre une histoire mêlant drame passionnel, vengeance tortueuse avec échange entre bourreau et victime, et sexualité perturbée. Le tout avec une mise en scène à la fois épurée (image propre, cadrages soignés) et baroque (au niveau des décors et des personnages). Côté acteurs, Antonio Banderas trouve certainement son meilleur rôle depuis plusieurs années, et incarne avec charisme ce savant mu par l'amour mais dénoué de scrupules. Quant à telle, Elena Anaya apporte un charme troublant à l'ensemble. Un très bon thriller.
Si Almodovar a toujours eu un gout prononcé par les drames humains et les histoires d’amour saugrenues, ici il fait librement dérapé vers un délire sordide troublant. Il parvient à en rendre le scénario obsédant de bout en bout grâce à un affrontement singulier entre les deux principaux, dont les bases de la relation sont habilement distillées par une narration en flash-back. La mise en scène permet de découvrir un visuel lisse et aseptisé, aussi inaccoutumé que cette trame déstabilisante l’un comme l’autre ressemblant à une œuvre de Cronenberg que l’on aurait teinté d’expressionisme contemporain. Malheureusement cette histoire glaçante, cet esthétisme encodé et le jeu très froid des acteurs plombent l’émotion que veut susciter cette relecture moderne du mythe de Frankenstein.
L'histoire est tirée par les cheveux mais elle fonctionne ! On a le droit à quelques retournement de situation afin d'avoir un récit bien pimenté. Almodóvar nous plonge dans les bas-fond de la pensé du docteur Robert Ledgard. Au départ flou, on découvre au fur et à mesure que derrière cet homme bien propre sur lui, se cache une âme sombre. Pour le jouer, Antonio Banderas est grandiose.
Moi, qui d'ordinaire, n'aime pas Pedro Almodovar, je dois bien avouer que sur ce coup là, j'ai été surpris. Tout d'abord le scénario est un peu tiré par les cheveux et je trouve ça original et on accroche directement même si, au départ, on se pose quelques questions. Le duo Anaya-Banderas est exceptionnel et je pèse mes mots. La première est sublime et joue très bien, qualités assez difficiles à regrouper, de nombreux autres se sont cassés la figure. Le second est à la fois très clin sur lui mais dérange dans son fort intérieur et cela en fait un personnage carrément hors du commun. J'ai également beaucoup apprécié cette ambiance pesante et ce style si particulier. Ne parlons même pas de la bande originales qui est en accord parfait avec l'ensemble des scènes. Puis, on doit aussi tiré un coup de chapeau à ceux qui se sont occupés des décors car on n'est vraiment immergé dans cette maison avec cette chambre et cette salle d'opération ... tout cela est si particulier. Je n'ai pas trop de défaut majeur, juste quelques petits détails. La durée est parfaite, ni trop longue, ni trop courte. Pour être honnête, je n'aurai jamais pensé être autant emballé et au final, c'est une très belle découverte personnelle. 14/20.
"La Piel que Habito" (La peau que j'habite) : Un Thriller noir de grande intensité, adapté et parfaitement mis en scène par Pedro Almodóvar. Comme tous les films du réalisateur espagnol, le casting et la BO sont superbes et la direction d'acteurs magistrale. Le scénario machiavélique nous conte une intrigue bien menée avec un montage habile. Le cinéaste madrilène nous offre des scènes violentes sur des images d'une précision "chirurgicale". L'affiche, nous offre la belle présence de Marisa Paredes. Si Antonio Banderas se révèle fantastique dans un rôle difficile, Elena Anaya porte le film avec une excellente prestation d'actrice dans le rôle principal de la belle Vera.
Pedro Almodovar est un réalisateur qui se balade un peu de manière sinusoïdal dans mon cerveau ; tantôt, je trouve qu’il fait de super film, tantôt beaucoup moins. En l’occurrence, j’ai trouvé ce film vraiment pas terrible. Je n’ai ni accroché à l’histoire, ni à la façon dont elle est réalisée.
Je ne remets absolument pas en cause le travail de mise en scène de Pedro Almodovar dans ce film, je trouve juste que le cadrage et les effets visuels inspirés des giallos donnent un aspect cheap à l’ensemble. Je trouve que c’est un genre d’un temps révolu. Sinon, la musique est légèrement trop présente bien que très belle et la photographie n’est pas vraiment marquante. Malheureusement, tout se rapporte au giallo et je n’affectionne pas vraiment ce genre ; par conséquent, j’ai eu un léger blocage quant à la réalisation.
En ce qui concerne le scénario, j’aurais les mêmes réflexions ; le giallo comporte trop de clichés pour que je rentre dans l’histoire. La narration est quand même très chouette mais l’histoire ne me surprend pas et m’a terriblement ennuyée. Quant aux protagonistes, je trouve qu’ils sont un peu trop inhumains et peu attachants. En fait, Almodovar me garde dans le film mais la culture du genre italien me repousse, et ce, malgré la qualité de la narration et sans doute une histoire qui pourrait être intéressante.
De mon point de vu, je ne recommande pas ce film n’étant pas fan de l’inspiration de base. Mais ce faire son propre avis est nettement mieux que de me lire. ;).
Ça fait du bien de prendre une claque cinématographique, ça faisait très longtemps ! Quel chef d’œuvre nous offre Almodovar avec cette histoire incroyable et un sens du récit hors normes. Le réalisateur nous ballade au gré de flashbacks et au final on reconstitue le puzzle jusqu'à un dénouement exceptionnel. Un scénario donc parfait servi par de très bons acteurs avec un duo Banderas Anaya très marquant. La réalisation est de très bonne qualité avec une mise en scène et une bande son envoutante et dérangeante. Un vrai petit bijou autant hypnotisant que déroutant !
"La Piel que habito" est certainement l'œuvre la plus sombre et dérangeante d'Almodóvar, réalisateur à l'univers atypique qui nous a pourtant habitué au fil des ans à un cinéma sans concessions et unique en son genre. C'est donc une surprise de découvrir que "La Piel que habito" est l'adaptation d'un roman français, "Mygale" de Thierry Jonquet, tant l'histoire et les thèmes brassés semblent purement almodovardiens. Au point qu'on se demande comment un autre esprit que le sien a pu inventer cette histoire totalement tordue. "La Piel que habito" est tout entier construit autour du twist présent à la moitié du film et qui bouleverse totalement notre perception de l'histoire et des personnages, donnant au film plusieurs niveaux de lecture. Or, on retrouve cette idée de niveaux multiples non seulement dans la structure du film mais également dans le récit. Différents espaces temps s'entre-mêlent (le temps du présent, le flash-back issu de l'esprit de Robert, celui venant de Véra et enfin les deux mêlés), de multiples peaux sont successivement greffées sur Véra, spoiler: qui a également subit de multiples opérations chirurgicales visant à la transformer en femme , les nombreuses portes que tous les personnages doivent passer pour atteindre Véra spoiler: (métaphore de l'homme profondément enfoui sous la femme) ... Réécriture du mythe de Frankenstein, le film doit également beaucoup aux personnages et notamment à celui du Dr Robert Ledgard (Antonio Banderas), spoiler: mégalomane qui se prend pour Dieu en manipulant à sa guise ses semblables et qui pousse le vice jusqu'à coucher avec sa créature . Probablement l'un des films les plus intrigants et dérangeants de Pedro Almodóvar.
Il faut s'accrocher sur la première partie du film où on ne comprends rien il faut bien le dire. Cependant à mi parcours, l'intrigue se dévoile et on plonge alors dans cette histoire fascinante et déroutante.
Traumatisé par la mort de sa femme victime d’un accident de voiture, un chirurgien de renommée mondiale tente des expériences sur un être humain pour créer une peau de synthèse révolutionnaire. Son cobaye humain se nomme Vera et la relation à ce cobaye est particulière et encore plus malsaine que l’on ne peut l’envisager a priori. Diabolique, l’idée même du film relève de la pure maladie mentale. Avec un talent fou de conteur démoniaque, Almodovar nous entraine dans une histoire tellement folle que l’on finit par perdre pied. Il nous prend à la gorge dès le début, ne nous laisse pas respirer, au point que la crédibilité même du scénario ne peut être remis en cause. L’extravagance du cinéma espagnol à laquelle j’ai souvent du mal à adhérer est ici un art subtilement distillé. A mi parcours, Almodovar décide de nous révéler le poteau rose, le propos devient encore plus dingue. Mais le sujet quel est-il ? Celui d’une vengeance réciproque, d’un syndrome de Stockholm renversé… Au milieu de ce thriller fantastico loufoque, Antonio Banderas et Elena Anaya joue une partition d’une relation humaine contre nature effrayante mais juste. Almodovar assure à la mise en scène avec des scènes déjantés, des plans plongeants, des caméras filmant à la verticale sans perte de vitesse sur la route de la folie. A voir impérativement… Une claque scénaristique avant tout autre chose