Avec Copie conforme, Kiarostami nous livre une vision tout à fait intéressante, et pertinente, du mariage avec en toile de fond une certaine réflexion sur l'art. Le film est certes déroutant, entre autres du fait du changement de relation entre les deux personnages principaux dans cette fameuse séquence du petit café en plein village de Toscane. Passons-nous de la réalité au fantasme ? Ou au contraire, passons-nous d'une forme de jeu à une réalité plus profonde, plus "triste", mais aussi beaucoup plus réaliste ? Car oui, ce film est profondément réaliste jusque dans ces dialogues d'agrément relativement nombreux, emprunt de la quotidienneté de la vie. Mais, même si ces petites phrases sont nombreuses, elles ne cachent pas la virtuosité des dialogues entre l'ingénue Binoche et son cynique époux. L'un et l'autre sont aux extrémités d'une sorte de fil, mais pourtant inévitablement attirés l'un et l'autre. Une sorte de "je t'aime, moi non plus" marquée par 15 années de mariages. En outre, si le fond est intéressant, nous ne saurions passer outre la forme. On remarque que Kiarostami filme ses personnages de manière extrêmement proche tout au long du film. La majeure partie du temps nous sommes en présence d'un plan taille, voir plan poitrine. Cet effet nous rapproche non pas en tant que spectateur, mais en tant qu'humain, de ces personnages. Cet effet est renforcé par les multiples plans où le personnage est filmé seul dans son cadre, face caméra. Ainsi, nous nous trouvons au cœur de ces discussions, au cœur de ces troubles entre époux, entre homme et femme, et nous sommes à même d'en saisir les moindres nuances.
Il y aurait bien des choses à dire sur ce film... Le rapport à la modernité, la critique acerbe du mariage parfois forcé (fabuleux plan de cette mariée au regard vide, assise sur une chaise au premier plan, son époux présent tel un fantôme derrière elle)...
Je regrette cependant l'absence de plans d'ensemble sur le fabuleux décors qu'offre la Toscane.