Un homme et une femme au bord du désamour.
Kiarostami a voulu apporter, à juste titre, sa pierre à l'édifice. Combien de cinéastes ont succombé à cet exercice de style tant convoité par le cinéma dit “intimiste” ! Chacun y dévoile ou exhibe, à sa manière, toutes sensibilités et sensualités confondues, son regard.
“Copie conforme” surprend de la part de ce grand cinéaste iranien, dont la poésie familière de ses œuvres les plus connues et appréciées en France, semble ici à peine esquissée. En commençant par le début : “Où est la maison de mon ami ?”, “Au travers des oliviers”, “Le goût de la cerise”, “Le vent nous emportera”... écouter ces titres, c'est déjà plonger dans un autre espace-temps. Mais déjà avec “Ten”, Kiarostami nous préparait à un cinéma un peu moins “poétique” et encore plus “réfléchi” et engagé. Pour les nostalgiques, que reste-t-il de la poésie orientale, qui puise ses sources dans la nature, dans “Copie conforme” ? Certainement pas le titre cartésien, mais la manière de filmer le soleil et les ombres de la Toscane, les cyprès le long de la route, la présence et la féminité de Juliette Binoche. Et puis au détour d'une discussion sur les saisons d'une relation amoureuse, une citation d'un poète iranien : “Le jardin du dépouillement, qui ose nier sa beauté ?”. La poésie omniprésente dans la plupart de ses films, ici, se fait donc discrète, subtile, disséminée au fil des images et des dialogues.
A nos interrogations, il ne nous livre aucune réponse, juste son regard pour nous peindre l'immense fragilité de nos liens, nous faire entendre que dans tout combat, tout est perdu d'avance et nous faire poser la main sur l'épaule de l'autre ou dans le creux de sa main pour sauver ce qui peut être sauvé. Et puis suggérer l'évidence : “ Pour progresser sur cette route avec le moins de heurts, d'échecs et de blessures possibles, l'attention que l'on porte à l'autre est essentielle.” Finalement Kiarostami nous montre la direction.