Claude Chabrol traite du mépris de classe. Il le fait sans opposition manichéenne (mais avec une légère condescendance quand même), cependant il est impossible de s’attacher au personnage d’Isabelle Huppert tant il est écrit et interprété sans la moindre retenue.
Le meilleur film de Claude Chabrol très certainement. Cette adaptation du roman de Ruth Rendell est d'une précision absolue. C'est la mise en scène qui permet de saisir le trouble du personnage joué par Sandrine Bonnaire avant que cela ne soit révélé au spectateur par l'intrigue(voir la scène de la gare puis du bar au début du film où l'on comprend qu'elle est différente). Une fois installé ce paramètre, le film devient une mécanique qui entraîne chacun vers son fatal destin. Le montage est remarquable (aucun plan de coupe). Vivement recommandé !
Epoustouflant, remarquable, formidable... Aucun film n'a montré avec une telle force l'organisation hiérarchique de la société et la lutte des classes. Sandrinne Bonnaire est criante de vérité dans son rôle de servante analphabète ; Isabelle Huppert, magnifique en postière totalement déjantée. La scène finale, cérémonie ou répétition du crime, est filmée avec un tel réalisme, une telle crudité, qu'elle ne peut laisser le spectateur de marbre. Ce film constitue un des (nombreux) sommets du cinéaste qui maîtrise une fois de plus parfaitement sa mise en scène.
Rigueur, simplicité et précision : la mise en scène de Claude Chabrol trouve, avec cette adaptation au scalpel d'un roman de l'excellente Ruth Rendel, le matériau le plus singulier pour démontrer à quel point il est un grand cinéaste. Sa vision d'une société où riches et laissés pour compte vivent côte à côte dans une fausse harmonie est glaçante. Lentement, la folie des deux héroines gangrène l'univers tiède d'une famille à peine haissable. S'entrainant l'une l'autre, deux pièces d'un jeu de massacre que l'une sans l'autre n'aurait jamais commis, Isabelle Huppert et Sandrine Bonnaire (géniales toutes deux, avec mention pour Bonnaire, qui frise le génie) nous entraînent dans une "cérémonie" de sang, aussi incompréhensible que stupéfiante. Tant de précision dans la dramaturgie et dans le cadrage laisse bouche bée. LA CEREMONIE est sans doute l'un des meilleurs films d'un maître, et un chef d'oeuvre dont les visions successives n'épuisent pas les richesses. Inoubliable !
Un des plus grands films de Claude Chabrol,incontestablement."La Cérémonie"rend mal à l'aise,car il rend compte insidieusement et avec perversité,de la lutte des classes.Une famille bourgeoise de St Malo,qui ne manque de rien.Presque trop propre dans son bonheur.De l'autre coté,une bonne analphabète introvertie et une postière dynamique et vulgaire.Entre les 2 fossés culturel et financier,un drame se noue,inévitablement.C'est un modèle de mise en scène que maitrise là Chabrol.Cette demeure apparait étouffante,piège des frustrations passées et à venir.Le dialogue entre riches et prolétaires,sous couvert de courtoisie,est impossible.Isabelle Huppert,dans sa folie maitrisée,fait froid dans le dos.Sandrine Bonnaire,elle,tout en douleur contenue,touche par son inhumanité.Un grand sujet,de grandes actrices,un grand réalisateur...Un grand film!
Un immensense moment de terreur ! Avant le choc "Merci pour le chocolat" Chabrol réalisait "La Cérémonie", étrange chef-d'oeuvre froid et distant qui distille un malaise inexpliquable constant. Isabelle Huppert est incroyable de vérité et de simplicité, quant a Sandrine Bonnaire elle est glaçante de terreur, rôle presque sans paroles ou tout passe par son visage. Un grand film de terreur au quotidien, un des meilleurs Claude Chabrol !
Superbe film de Claude Chabrol. Un film de classes, avec le formidable duo Bonnaire / Huppert. Bisset, Castel, la toute jeune Virginie Ladoyen. Adapté du roman L'Analphabète de Ruth Rendell, l'équilibre de classe est fragile, la cohabitation semble possible avant que tout ne bascule. Une musique, une ambiance, des personnages bien construits et un décor formidablement conçu. 1995 n'est pas si loin, et pourtant, ce film à déjà le grain d'un film des années 80. La patine du temps, un bon cru qui n'a pas vieilli. Le propos reste actuel. Un excellent casting, un scénario en béton, une réalisation impeccable. Un classique du cinéma français.
Si on ne doit retenir qu’un seul film de la prolifique carrière de Claude Chabrol c’est sans doute celui-là. Une œuvre surprenante, d’une beauté froide et d’une violence inouïe. Au-delà de l’incroyable prestation des acteurs, la vraie force de ce film c’est aussi de montrer, avec une grande finesse et sans manichéisme, tous les processus aboutissants à l’éloignement puis à la lutte des classes.
Tiré du roman éponyme de Ruth Rendell, lui-même oeuvre de fiction relatant le fait divers des "soeurs Papin", La Cérémonie est une tragédie classique, construite selon les règles qui régissent le genre : l'acte un est l'exposition du destin, l'acte trois en est le destin scellé et l'acte cinq le destin accompli. Et, maîtrisant ces codes, Chabrol délivre ici un film magistral dont la tension va crescendo jusqu'au dénouement paroxystique "annoncé".
Acte 1 : Selon un thème Chabrolien par excellence, une famille de la grande bourgeoisie de province engage une domestique très introvertie (Sophie, jouée par Sandrine Bonnaire). Le film, avec une lenteur voulue, engage dès le début une description ciselée de la vie bourgeoise, où les rapports de domination et d'exploitation sont exposés de façon neutre dans un quotidien routinier.
Acte 3 : Sophie s'est nouée d'amitié avec la postière de la petite ville de province (Jeanne, jouée par Isabelle Huppert). Ce sont deux caractères opposés, et là où Sophie est réservée, voire timide, Jeanne est une extravertie sans complexe. Au-delà de cette dichotomie d'apparence, c' est la formation d'un personnage unique/multiple qui importe, personnage à deux facettes donc, mais façonné par une condition d'existence commune faite de drames et de révoltes réciproquement devinés, en allégorie de la classe prolétarienne. Dès lors, les rapports entretenus avec la famille bourgeoise qui emploie Sophie ne peuvent que devenir antagonistes et irréconciliables. Rapports irréductibles donc, qui sont dévoilés à l'instant où la domestique et la fille de cette famille bourgeoise (Melinda, jouée par Virginie Ledoyen) découvrent chacune le secret "honteux" de l'autre, secret qui symbolise leur condition de classe particulière, soit : l'illettrisme pour la domestique et la grossesse avant le mariage pour Melinda. Dans un chantage mutuel, les deux jeunes femmes ouvrent alors les portes de la lutte de classe (ou plus précisément celles de la "guerre des classes" comme le dira Chabrol lors d'une interview accordée à la RTBF).
Acte 5 : Dès que la "guerre de classes" est déclarée, l'issue est connue. Sophie est "renvoyée", mais ce n'est pas pour autant qu'elle quitte la demeure bourgeoise dans laquelle elle était employée. En compagnie de Jeanne, elle l'occupe, à la manière dont les ouvriers grévistes occupent une usine. Il n'y a plus de négociations possibles, les classes sont "nues" et l'affrontement final se produit irrémédiablement.
Sur cette trame allégorique et sur un scénario tiré au cordeau, Chabrol offre un véritable chef d'oeuvre de mise en scène, aux effets toujours subtils mais d'une efficacité redoutable, et pour ne prendre qu'un exemple, les plongées et contre plongées de l'acte final (où le prolétariat en révolte domine la bourgeoisie) sont le résultat d'une intelligence du cinéma peu commune. Ajoutons à cela le jeu époustouflant des deux actrices principales (Bonnaire, Huppert), l'excellence des seconds rôle (Ledoyen, Cassel, Bisset), il ne faut rien de plus pour obtenir un monument du cinéma. Conclusion : A voir et à revoir pour ce que chaque scène est le produit d'un orfèvre de la caméra, et pour ce que chaque minute de dialogue est celui d'actrices et d'acteurs au sommet de leur art.
Mieux encore que le portrait précis de la bourgeoisie provinciale, "La Cérémonie" dresse le constat d'une haine réciproque entre deux classes sociales inconciliables. Entre le mépris des bourgeois pour celle qu'ils embauchent et la bêtise des prolétaires, on a du mal à savoir qui détester le plus : c'est la grande force de Chabrol de ne pas influencer le spectateur quant au camp à choisir, le cinéaste renvoyant les personnages dos à dos en ne cherchant jamais à être empathique. C'est parce que la froideur est synonyme de précision descriptive que le film ne peut être chaleureux ; pour autant, les pointes cyniques et ironiques – drôles un moment – finissent par laisser la place à un déchainement de violence venant se substituer à un impossible dialogue. Il ne faut voir aucune morale dans cette issue sauvage, mais la conclusion logique pour des personnages déterminés par leur milieu social, qui agissent ainsi parce que leur passé les poursuit (les prolétaires) ou parce qu'ils ont trop assimilé des codes très spécifiques, d'ailleurs génialement caricaturés (les bourgeois). En joignant la justesse du regard, qui passe autant par une attention aux gestes qu'aux mots, à une fiction flamboyante dans laquelle les rapports de force progressent naturellement, Chabrol signe l'un de ses meilleurs films, à la fois drôle, acerbe et tragique.
de bon acteur dans un bon film! le film vaut le coup sauf peut etre la fin qui est un peu brouillon mais dans l'ensemble ce film tient la route! bravo a isabelle hupert sandrine bounnaire ainsi que virginie ledoyen
J'ai décidément du mal à accrocher en général au style de Chabrol. Si le début qui montre la difficulté pour une anaphabête à vivre dans notre société m'a intéressé, la finalité du film m'a laissé froid. D'autant que la fin est à mon sens plutôt mal jouée et bâclée. On a l'impression d'avoir perdu notre temps.
Une famille bourgeoise et tranquille victime de la frustration de deux femmes ... Chabrol est spécialiste de ce genre de sujet, qu'il maitrise à la perfection. En alliant à son actrice préférée (huppert) sandrine bonnaire, il a créé un duo explosif qui fonctionne vraiment très très bien... Quand la frustration devient tellement insupportable qu'elle se transforme en une haine dévastatrice... Un film boulversant.
J'aime bien le début (les 3/4 du film). Une fille au pair est engagée par des bourgeois dans leur maison isolée. Elle accomplit parfaitement sa tâche, et une partie de la famille l'apprécie pour son travail, une autre la défend contre l'exploitation. Mais elle étonne par son comportement renfermé et solitaire. Elle cache son handicap : elle ne sait pas lire, et trouve des ruses pour accomplir les listes de courses sans être démasquée. Elle se cabre quand la fille découvre sa différence et lui donne un nom. La dispute dégénère en licenciement avec préavis. Son unique amitié - avec la postière fêlée et révolutionnaire, en conflit avec le maître de maison - fait dégénérer le conflit (oh ben vous avez vu le trailer, spoiler: les fusils de chasse de Monsieur sont utilisés par les deux Calamity révoltées ; mais je n'aime pas la fin). (J'oubliais que les deux comparses se sont essayées aux Bonnes Oeuvres dans la petite paroisse locale, mais leur service sans tact ne satisfaisait pas, et le prêtre obtus a préféré les renvoyer avec encore moins de tact, que de les corriger charitablement.)