406 notesEn savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné
65 critiques spectateurs
5
2 critiques
4
21 critiques
3
33 critiques
2
9 critiques
1
0 critique
0
0 critique
Trier par :
Les plus utilesLes plus récentesMembres avec le plus de critiquesMembres avec le plus d'abonnés
Filtrer par :
Toutes les notes
Nao Lu
18 critiques
Suivre son activité
4,0
Publiée le 25 février 2025
J'ai beaucoup aimé ce vieux film avec le duo Serrault, Noiret. Par moment, je me demandais s'il ne s'agissait pas d'une adaptation d'un Simenon et en allant voir sur Wikipédia, j'ai été étonnée qu'on y fasse allusion. Construit comme... À noter la présence de Pierre Arditi tout jeune et encore+ surprenant, Dorothée. Et d'autres bons acteurs. Humour noir, je pense par exemple au choix du cercueil qui brûle + ou moins vite mais aussi à plein d'autres petites piques bien lancées et on ressent de l'empathie pour ces personnages. J'ai un peu pensé au film avec Balasko et Villeret aussi( Un crime au paradis ? ) .
Film policier français, typique des années 80, dans le cadre de Bordeaux. Bon duo Noiret (en flic en fin de carrière, toussoteux, usé mais entêté) Serrault (dans un registre sombre et cachotier) avec des seconds rôles intéressants dont une Dorothée surprenante. Dénouement bien trouvé.
Sous le corps de Mme Morlaix, tombé d'un HLM d'une cité bordelaise, il n'y a pas vraiment d'enquête mais deux veufs qui respirent enfin. Le film ose une chose énorme. Deux morts sur lesquelles le doute ne se lève jamais tout à fait, et le veuvage transformé en porte de sortie. Baroni traque Morlaix parce qu'il se reconnaît en lui, et chaque coup de pioche dans le passé de l'autre le déterre un peu lui-même, d'autant qu'il tient là sa dernière affaire. Il suffit de les entendre comparer leurs défuntes, l'un vantant la poitrine de la disparue, l'autre concédant que le visage laissait à désirer, avant que Baroni ne lâche que chez lui c'était l'inverse. Le plaisir est trouble, presque cruel, et Noiret y traîne une zone d'ombre que le film ne solde jamais. On appelle ça une traque mais ça ressemble à une cour.
Derrière, c'est le grand Michel Audiard qu'on entend bien plus qu'Enrico. Sa police a quitté le service de l'État pour celui du pouvoir, et à force de faire des saletés on finit salaud. Les moyens vont au trafic qui compromet les fils de notables, jamais aux morts de peu. Province cossue et arrangements de préfecture en prennent pour leur grade. Il y a surtout sa réplique culte sur la justice, cette Sainte-Vierge qu'il faudrait bien apercevoir de temps en temps sous peine de voir le doute s'installer. Tout est dit. Le problème est que cette affaire de drogue revient par blocs, coupe la traque au moment précis où elle chauffe, et encombre le récit bien plus qu'elle ne le nourrit. Cela déstructure tout la tension et le film y perd beaucoup. Enrico filme en artisan : la ville est joliment vue, le cadre est propre, rien ne dépasse, et l'on sent deux rôles taillés sur mesure pour deux stars, faute d'une vraie charpente.
En fin de compte, on assiste avant tout à un grand face-à-face, et il suffit presque. Noiret, que la maladie avait aminci au point de retarder le tournage d'un an, flotte dans son costume et mâchonne un bâton de réglisse là où manquent la cigarette et le verre. Un limier amer, chien de chasse dépressif qui piste par pure fidélité à sa propre fatigue. Serrault lui répond en museau de renard, humble et servile jusqu'à l'éclair de fauve. Le duo fonctionne bien, même si on est pas loin du théatre plutôt que du cinéma. Et cette île où Morlaix rêve de s'exiler ne figure sur aucune carte, une utopie de pacotille, décor de cinéma offert à un homme qui n'a nulle part où aller.