Avec The Tree Of Life, Terrence Malick écrit et réalise un film mémorable, une véritable expérience cinématographique hors du commun, pour un résultat bouleversant. L'histoire se déroule dans les années cinquante et nous fait suivre le quotidien d'une famille composée des parents et de leurs trois fils. Jack, l'aîné de la fratrie, se heurte à l'éducation d'un père autoritaire et à une mère sensible tentant de l'élever lui et ses frères dans le christianisme. Mais, quelques années plus tard, l'un des fils, âgé de dix-neuf ans, décède subitement, brisant tous ces êtres liés par le sang. C'est alors qu'à l'âge adulte, Jack, devenu architecte dans une grande ville américaine alors qui rêvait enfant de devenir pianiste, se rappelle de son enfance et se questionne sur le monde. Ce scénario s'avère particulièrement prenant à visionner pendant toute sa durée d'environ deux heures et quart. On assiste pendant tout ce temps à un récit singulier traitant de l'existence et de la famille qui va se retrouvée confrontée au deuil. Celui-ci peut paraître prétentieux et redondant dans sa structure un peu décousue. Il évoque de nombreuses thématiques lors de digressions parlant de l'origine du monde, des dinosaures, des éruptions volcaniques, de la naissance, des limbes ou encore de la fin de l'Univers. Ces nombreux sujets ainsi mêlés nous embarquent dans une épopée cosmique, un hymne à la vie. Ils questionnent ainsi tout du long sur le sens de tout cela en poussant vers une réflexion métaphysique, en plus de faire preuve de spiritualité et de théologie en abordant constamment le Créateur. Le ton se veut à la fois tragique et onirique. L'ensemble est porté par des personnages appréciables. Des rôles très bien interprétés par une distribution comprenant Brad Pitt en père de famille autoritaire et exigeant mais tout de même aimant, Jessica Chastain en mère protectrice un peu trop en retrait et passive face à son mari, et Sean Penn qui incarne Jack à l'âge adulte. Les trois garçons sont eux incarnés par Hunter McCracken, qui est celui le plus mis en avant, alors que Laramie Eppler et Tye Sheridan sont plus en retrait. Ces cinq membres entretiennent des rapports compliqués provocant hélas pas autant d'émotions qu'escompté. En effet, malgré le nombreuses épreuves et leurs relations conflictuelles, ils ne parviennent pas à toucher profondément. La faute entre autre à des dialogues questionnant sans cesse les cieux, mais qui manquent de profondeur plus terre à terre. De plus, ils sont au final peu nombreux, ne permettant pas aux mots de raisonner au fond de l'âme. Sur la forme, la réalisation du cinéaste américain se veut contemplative, expérimentale et hors des conventions. Sa mise en scène est d'une liberté totale et nous gratifie sans cesse d'une caméra constamment en mouvement, proche de ses protagonistes, filmant tout de façon naturel. La nature est au cœur de la narration visuelle et magnifiquement mise en avant à la faveur d'une lumière éclatante et d'une photographie mirifique. Elle donne ainsi naissance à des plans somptueux et d'une grande puissance. On pourrait tout de même lui reprocher son côté clipesque dû à son empilement d'images. Le montage est pour sa part remarquable tait il a dû demander un travail colossal. Ce splendide visuel est en plus accompagné par une sublime bande originale signée Alexandre Desplat, dont les compositions reprenant majoritairement des morceaux de musique classique collent à merveille aux situations et aux images par la puissance que dégage ces envolées. Mais ces titres très présents savent également laisser place aux bruits environnants et aux silences pesants. Reste une fin à la hauteur de l'ensemble du récit, venant mettre un terme à The Tree Of Life qui, en conclusion, est une œuvre cinématographique à part entière, une ode à la liberté artistique et à la spiritualité, méritant grandement d'être visionnée.