Le génie comique, mais pas que. Sous le burlesque, c'est une vraie critique sociale qui balance large : le chômage, le patronat, les huissiers, les notaires, la pauvreté, le racisme, le divorce. Un bon coup de pied dans la France des années 90. Mais pas qu'une farce non plus : derrière, il y a trois hommes que tout oppose, de milieux différents mais à égalité dans la misère, qui se reconstruisent une fraternité. La Super Nintendo, les Chocapic, la roue de la fortune, ça m'a renvoyé à des bribes d'un monde où j'ai grandi tout petit et qui n'existe presque plus. C'est un film d'écriture et d'interprétation avant tout : la réalisation reste classique, presque invisible, et le vrai moteur, c'est les dialogues, une machine à répliques hilarantes. Le trio passe de la scène au grand écran sans accroc, et leur complicité, toujours aussi soudée, porte tout le film : Bourdon en arriviste vicelard, Campan en abruti attachant, Légitimus dont le sérieux vire à l'autodérision. Le scénario tient sur un bout de papier journal, le rythme s'essouffle un peu au milieu à coups de rebondissements pour relancer la machine, mais les scènes comiques sont tellement bien trouvées qu'on passe un joyeux bordel, tendre et acide à la fois.