Un western crépusculaire avec des images d'une beauté époustouflante. Ce film porté par deux acteurs extraordinaires est encore aujourd'hui mal compris. Non Warren Beatty n'est pas un lâche (d'abord c'est quoi la lâcheté ?), il va ainsi à la rencontre d'un type qu'il prend pour un tueur, il s'en va ensuite tenter de négocier avec le vrai tueur. Le film se veut simplement réaliste (et oui, on peut mourir d'un simple coup de poing dans la tronche) Non le film ne se livre pas à une condamnation "morale" de la prostitution, d'ailleurs le rôle de Julie Christie est très explicite à ce sujet, le modèle de bordel qu'elle propose, c'est avec "des filles classes et du linge propre". Et effectivement ce que l'on voit se passe dans une ambiance bon enfant, quasi familiale. Il y a à ce sujet une réplique surprenante où Julie Christie explique à une jeune veuve qu'elle vient d'engager que la prostitution a plus d'avantages que le mariage. En fait les seuls méchants sont les trusts qui commencent à se former, avec la description des conditions de travail inhumaines et leurs tueurs patentés, pour qui la vie humaine (entendez celles des autres) n'a aucune valeur. A côté d'eux le couple de maquereaux parait tout à fait sympathique. Mention spéciale pour la dernière scène filmée en pleine tempête de neige, l'un des plus belles scènes du cinéma ! Chef d'œuvre ... à tout point de vue... malgré son pessimisme.
Un western élégiaque qui démystifie la légende du Grand Ouest, porté par un couple charismatique et bercé par la musique folk et mélancolique de Leonard Cohen.
Le réalisateur s'applique à démythifier le western, prenant le contre-pied des codes du genre. Ici, pas d'esprit de conquête, de chevauchée fantastique, d'héroïsme, de manichéisme ni de morale. On n'explore pas les grands espaces : l'action est circonscrite au périmètre du village. On voit simplement des hommes jouer aux cartes, boire de l'alcool, aller aux putes et parler d'argent. Le personnage central, pas très malin, n'est qu'un opportuniste voulant se faire du fric, l'exploitation de la prostitution étant un moyen comme un autre. Il n'y a donc rien de glorieux dans cette histoire tirée d'un livre d'Edmund Naughton. Même le règlement de comptes final est assez pathétique. Et surtout, la destinée de McCabe, petit "entrepreneur" vaincu par une grosse compagnie, contredit le mythe fondateur américain de la réussite individuelle. Ce parti pris de subversion du genre et de réalisme social, pour montrer le commun des mortels, médiocre, fait tout l'intérêt du film sur le fond. Il se traduit formellement par une image assez sombre, des intérieurs traités en clair-obscur rouge ou jaune, opposés à des extérieurs bruns et sales ou blancs et froids. La limite du parti pris d'Altman, c'est un rythme languissant, appuyé par les ballades de Leonard Cohen, et un minimalisme dans la narration qui génère quelques petits trous d'ennui...
Les personnages désincarnés évoluent dans un rythme effroyablement lent. Dont quelques scènes viennent sporadiquement tirer de l'ennui le spectateur,mais l’ensemble du film reste fort ennuyeux. C'est certainement un choix de Altman de prendre à contre pied le tempo et les attitudes du western,mais sa façon de faire est loin d'arriver à convaincre est encore moins de captiver.
Dans les années 70,le potentiel créatif de Robert Altman était tel qu'il agissait en électron libre au sein de studios qui lui passaient tous ses caprices. Personne ne songea à remettre en cause sa démystification de l'Ouest Américain,où il montrait sans détour le commerçe de la prostitution des femmes,la crasse et la saleté,la neige omniprésente,les duels déloyaux ou encore l'annihilation des petits entrepreneurs par les grosses compagnies et leurs hommes de main. "John McCabe"(1971) se présente donc comme un western iconoclaste,à la morosité accentuée par la musique folk dépressive de Leonard Cohen. Altman choisit de tourner en Panavision,avec une lumière très vive et garda en l'état le son pris sur le vif. John McCabe est une sorte de bouffon barbu,moins malin qu'il ne se croit et dont les valeurs dépassées vont se heurter à la modernisation ambiante. Warren Beatty accentue son côté benêt et romantique. Quant à Mrs Miller,la subtile Julie Christie lui donne des traits de caractère très singuliers,en maquerelle opiomane qui ne veut aimer pour pouvoir survivre dans l'ère nouvelle qui s'annonçe. Le film est un peu dépassé,notamment dans sa volonté absolue de ne pas se rendre aimable ou ludique.
Dans mon Top 10 des plus beaux westerns de tous les temps, aux côtés des Leone et Peckinpah, entre autres. Une ambiance unique, de somptueux paysages, une bo tout simplement prodigieuse ( merci Monsieur Cohen ), une réalisation et des acteurs en tout point remarquables! Impossible de s'en lasser, à mes yeux!
Film d' Altman sorti en 1971.Warren Beatty en gérant de bordel dans une ville de l' ouest américain du début du siècle confronté à la jalousie du succès de son buisness. Film assez interessant de par le fait ( selon moi)qu' on peut le voir de deux manière: l' aspect symbolique de la montée du capitalisme à cette époque et en deuxième point l' évolution du perso' principal, maquerau un peu lache sur les bord et qui va devoir se "durcir" par la suite . Et un film avec les chansons du 1er album de L Cohen, forcément, on ne dit pas non.
Robert Altman avec ce film s'attaque aux westerns. Il démythifie toute l'imagerie trop proprette du genre, des personnages loin d'être des héros, de la boue et de la saleté. Le réalisme comme prit sur le vif est saisissant. Les dernières scènes sont très prenante et symboliques.
Après une 1ère demi-heure pas très engageante mais pas mauvaise John McCabe se révèle tout de même un film quelque peu ennuyeux sauvé par une reconstitution assez crue de l'époque, John McCabe s'inscrit vraiment dans les westerns des années 70 démystifiant le Far-West. Reste le dernier quart d'heure qui nous réveille mais dans l'ensemble John McCabe souffre de la mise en scène trop calme d'Altman.
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3,0
Publiée le 28 février 2012
C'est un western qui s'inscrit directement dans cette dènonciation propre au mouvement Women's Liberation en èvoquant la naissance du commerce de la prostitution dans les territoires en voie de colonisation! Ce thème a ètè pudiquement passè sous silence jusqu'à ce film de Robert Altman, à l'exception cependant de l'inoubliable crèation de Claire Trevor, dans le personnage d'une fille de joie qui apparaissait dans le mythique "Stagecoach" de John Ford! Mais revenons à ce "John McCabe", adaptè d'un roman de Edmund Naughton, avec dans les rôles principaux le joueur barbu et sans panache Warren Beatty et la belle tenancière Julie Christie, actrice aux cheveux frisès et au visage un peu froid, dans cette vision de l'Ouest altmanienne très misèrabiliste avec beaucoup de boue, mais aussi de la neige! La dècision d'un tournage en extèrieur au Canada, la belle photographie Panavision (y compris dans les basses lumières), les jolies chansons (dans sa version originale) de Leonard Cohen ("The Stranger Song", "Sisters of Mercy", "Winter Lady") et du casting même secondaire (on peut y apercevoir Shelley Duvall et Keith Carradine), tout ça contribue à ce classique du genre, un western dècalè et un peu iconoclaste! Mais c'est surtout la le talent d'Altman, avec son ironie permanente, qui rend le mètrage agrèable puisque le metteur en scène joue sans cesse avec la gamme des couleurs notamment dans une dominante de gris et de brun où les couleurs vives ne sont vraiment pas à la fête! Et comme le dit si bien Warren Beatty: "Si les grenouilles avaient des ailes, elles ne bondiraient pas sur leurs culs"...
En s'attaquant au western, Altman conserve toutes les caractèristiques de son cinéma, de sa mise en scène sobre à son penchant naturaliste qui le pousse à s'intéresser plus à ses personnages et à leurs relations plutôt qu'à son intrigue. En cela, il offre une matière très riche pour l'interprêtation des acteurs qui est, comme toujours chez lui, très solide. Si il reprend en bonne partie les codes habituels du western (ville en construction, arrivée d'un étranger dans une communauté isolée, pistoleros menaçants, ect), le cinéaste fait évoluer son histoire dans un cadre assez original, un paysage montagneux et enneigé peu vu dans le genre. La démarche du cinéaste est de démystifier la conquête de l'Ouest en mettant l'accent sur ses aspects les moins glorieux (en particulier la main mise parfois brutale de financiers venus s'approprier les quelques richesses glanées au prix de grands efforts par les colons) et en pulvérisant l'image du héros de western, içi un John McCabe qui se révèlera être un lâche face au danger. Il est d'ailleurs vite éclipsé par l'arrivée de la prostituée jouée par Julie Christie, personnage bien plus fort. Dommage que dans la dernière séquence, un réglement de compte sous la neige visuellement très beau (au passage la photo particulière du film donne une grande partie de son ambiance au film), il rachète un peu son personnage en lui offrant une fin à la fois héroïque et dérisoire.
L'histoire dit que Robert Altman a voulu faire un film à partir du premier disque de Leonard Cohen. Il a choisi pour relever ce défi de monter un western crépusculaire, construit finalement sur les paroles de trois seules chansons, à savoir The Stranger Song, The Sisters of Mercy et Travelling Lady. Warren Beatty et Julie Christie sont excellents et le film propose des images d'une sombre beauté. Le rythme, très lent, nous laisse entrer dans cette histoire dont on sort avec une pointe de déception car le fond n'est pas - loin s’en faut - à la hauteur de la forme. Ce n'est pas le tout de prendre des paroles de chanson géniales et de les coller de façon plus ou moins pertinentes sur des images magnifiques, il faut encore un propos, et ici, il est tout simplement insipide... De film en film et malgré quelques exceptions (M.A.S.H., Le Privé), il y a décidément quelque chose qui ne passe d'Altman en moi...
La main mise économique sur l’Ouest américain par des grandes compagnies capitalistes usant de tueurs à gage est un grand thème du western critique (européen et américain) des années soixante et suivantes, avec la réhabilitation des indiens. Altman va jusqu’au bout de la démystification en faisant de son (anti-) héros résistant un tenancier de bordel. Mais sa plus belle inspiration, c’est l’invention du personnage de Constance Miller, prostituée et femme d’affaire à fort caractère, civilisatrice à sa manière, et fumeuse d’opium. Un des plus beaux des rares personnages féminins de western, et véritable emblème féministe. C’est assez comparable pour l’esprit à un film de Pekinpah comme « Pat Garrett et Billy the kid », la violence exacerbée en moins, avec L. Cohen dans un cas, Bob Dylan dans l’autre.