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Bertie Quincampoix
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2,0
Publiée le 15 novembre 2022
Deuxième long-métrage de Maurice Pialat, Nous ne vieillirons pas ensemble a plutôt mal vieilli – c’est un peu ironique compte tenu de son titre. Largement autobiographique, ce film considéré comme un classique dans la filmographie du cinéaste français raconte le délitement d’un couple d’amants incarnés par Jean Yanne et Marlène Jobert. Le premier est absolument dégueulasse avec la seconde, passant son temps à la rabaisser, à l’insulter, voire à la frapper. Et si elle finira par le quitter (au bout d’une heure, ouf !), c’est presque en s’excusant, comme d’ailleurs semble s’excuser en permanence le personnage incarné par Macha Méril, qui joue l’épouse légitime de Jean Yanne. Vu d’aujourd’hui, un tel décalage entre la violence systémique d’un mâle dominant et la réaction à peine audible de ses compagnes est à la limite du soutenable.
Merveilleuse Marlène Jobert qui accumule de bons succès avant d’entamer ce « Nous ne vieillirons pas ensemble » de Maurice Pialat. Un metteur en scène qui met à nu un passage détestable de sa vie sous les traits de Jean Yanne, pris pour sa ressemblance à Maurice Pialat. Un tournage houleux au point que la production s’attendait ou s’apprêtait à arrêter le film après trois semaines de bobines. Mais Marlène Jobert qui n’a pas été épargnée par le tortionnaire Pialat croyait au film ; quant à Jean Yanne, il s’évertuait à rendre sympathique son personnage et ne supportait pas plus les colères orageuses de l’effroyable Pialat. Il obtint même le Prix d’interprétation masculine au festival de Cannes ; il n’est pas venu chercher son prix mérité. Il se murmurait que l’acteur voulait emmouscailler Pialat (doux euphémisme pour éviter la censure) ; « Ce serait lui faire trop d’honneur ! » aurait-il ajouté. Si Jean Yanne s’est évertué à rendre sympathique Jean au grand dam du réalisateur, je ne l’ai pas ressenti. Raté pour Jean Yanne ou réussit pour Maurice Pialat ? Maurice Pialat nous conte une période douloureuse de sa vie sans aucune complaisance pour lui-même. C’est courageux et honnête. Si tel était le cas, je comprends sa détermination à contrer les scrupules de Jean Yanne. Maintenant de là à diriger ses acteurs dans une atmosphère dictatoriale relève de la psychiatrie ! Il aurait eu besoin de repos, de beaucoup de repos. Mais sa guérison semblait passer par l’art ; après l’écrit - insuffisant - il lui fallait passer par le cinéma. C’était une urgence pour pouvoir cicatriser et franchir une autre étape de sa vie. Pialat égoïste se fiche de passer pour un réalisateur qui n’aime pas ses acteurs. Ils sont au service de son histoire, de ses émotions, de ses ressentiments. Il n’a que faire de leurs états d’âme, de leur frilosité, de leur confort. Je salue le caractère de Marlène Jobert et de Jean Yanne pour faire abstraction des colères de Maurice Pialat. Un tournage sans affect ne doit pas être facile à vivre et surtout épuisant mentalement. Toutefois, le film a été un succès grâce (!?!) au tempérament odieux de Maurice Pialat, à sa mise en scène, à son souci du réalisme, à sa direction d’acteurs ! Le duo Marlène Jobert - Jean Yanne fonctionne remarquablement, incarnant Catherine et Jean dans des dialogues mordants et cruels. Jean est imbuvable, lunatique parce que malheureux. Cette relation m’a déstabilisé. Je ne comprenais pas pourquoi Catherine n’avait pas déjà rompu. Non seulement, elle se fait insulter mais elle se fait battre ! Quand on prend le film, son amour pour Jean s’est un peu étiolé. On assiste à une valse de ruptures, de réconciliations sans aucune cohérence de mon point de vue. Cette relation m’est toxique. Elle ne mène nulle part et le titre est là pour me le rappeler ! Ces deux êtres ne vieilliront pas ensemble ! Chronique d’une séparation annoncée. Il y a des scènes fortes et limite supportables à encaisser comme dans la voiture où Jean humilie Catherine la traitant de vulgaire, d’ordinaire ; plus tard, toujours dans la voiture, il critique ses jambes de rat. Mais le pire, c’est cette séquence où il introduit sa main dans la culotte de Catherine pour s’assurer qu’elle ne l’a pas trompé ! Non sans avoir pris une baffe un peu avant ! Débectant. Catherine lui rétorque qu’elle ne lui pardonnera jamais. Tu parles, ils coucheront encore un peu. Si le comportement de Jean est condamnable, on peut se poser la question sur la mentalité de Catherine. En soi, ils n’ont jamais été sur la même longueur d’ondes. Catherine a aimé profondément Jean quand celui-ci s’en moquait, quand elle n’était pour lui qu’un objet sexuel. Maintenant qu’il l’aime sincèrement, elle lui échappe. Sa violence verbale et physique traduisent un mal être. Il est malheureux. Pour autant faut-il l’excuser ? Ce ne doit pas être le propos de Pialat. Il ne cherche ni pardon ni excuse. Son film est brut de décoffrage et brutal, sans concessions. Maurice Pialat opte pour une violence impudique plutôt que des émotions synonymes de faiblesse, laquelle aurait été impudique ! Je n’apprécie pas beaucoup Pialat, ces films m’ennuient et n’aime pas sa façon d’installer une ambiance austère sur les plateaux. Je peux citer des metteurs en scène qui savent sortir les acteurs de leur confort sans passer par des comportements délétères. Il est regrettable que ce « Nous ne vieillirons pas ensemble » qui est vraiment le seul Pialat que j’apprécie soit le fruit d’un tournage épouvantable. C’est sa manière à lui de voir les choses, entendu. Pialat dira plus tard : « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». C’est réciproque.
Portrait de ce qu'on appellerait aujourd'hui un "pervers narcissique", et de sa proie, qui parvient progressivement à s'affranchir de son influence néfaste. Si le jeu des acteurs est, comme d'habitude chez Pialat, d'un naturalisme confondant, formellement, c'est radicalement elliptique, presque abstrait : une succession de morceaux de vie de plus en plus brefs et de moins en moins ancrés chronologiquement, jusqu'à la désintégration totale du couple. Un grand film.
L'Art délicat de la rupture ! Deuxième long-métrage du réalisateur, "Nous ne vieillirons pas ensemble" offre à Maurice Pialat son premier succès populaire (1,7M de spectateurs) et critique. En adaptant son roman, il déplace l'autofiction sur le terrain du cinéma. Le personnage de Jean (Jean Yanne) est en effet très largement inspiré par Pialat lui-même, dans son histoire et son caractère excessif. Marié à Françoise (Macha Meril), Jean vit le plus souvent chez sa maîtresse (Marlène Jobert). Réalisateur, il lui demande de l'accompagner en Camargue pour un tournage, ce qui va s'avérer désastreux tant ses sauts d'humeur se multiplient. De là découle une relation en dents de scie, où les scènes de retrouvailles succèdent aux altercations. Au final, on assiste au lent délitement d'une relation à laquelle aucun des deux amants n'arrivent à mettre un terme. Incarnée par une Marlène Jobert archétype de la jeune femme libérée des années 70, le personnage fragile et réservé de Catherine spoiler: aura finalement l'initiative de rompre, en décidant d'épouser un autre homme, que l'on ne voit jamais . L'actrice qui avouera plus tard avoir sauvé le film après les différents ayant opposé Pialat au producteur, et même à son acteur principal, les deux hommes en venant même aux mains. Le choix de Jean Yanne en double du réalisateur s'est sans doute avéré si réaliste qu'il a rendu le clash inévitable. Jean Yanne a par ailleurs perdu sa femme durant le tournage, bien que ne vivant plus avec elle depuis plusieurs années (situation qui n'est pas sans rappeler le roman/scénario). Marqué par le deuil, il se décidera à donner à sa carrière une dimension moins tragique et à développer un registre plus comique. Il réalise cette année-là son premier long-métrage "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Selon les rumeurs, Pialat se serait servi de cette émotion, notamment pour refaire certaines intonations de voix... Yanne évoquera lui avec humour les pages de textes qu'il disposait sur l'avant de la voiture, lieu central du film. Les lisant (à défaut de les apprendre), il lui fallait baisser les yeux avant chaque réplique, ce qui accentuait l'émotion de son allure. Toujours est-il que ce rôle lui offre la Palme d'Or 1972, qui est décidément l'année Jean Yanne. Une distinction qu'il ne va pas chercher, préférant des vacances en Israël à l'agitation cannoise. Outre le mauvais souvenir qu'il garde du tournage, c'est par opposition plus générale à ce système de récompense qu'il renonce à s'y rendre. Quelques sifflets accompagnent d'ailleurs l'annonce du résultat, prémices de la controverse et du scandale que Maurice Pialat suscitera quelques années plus tard en remportant cette même Palme pour "Sous le Soleil de Satan".
S'il est vrai que Maurice Pialat réalise une oeuvre autobiographique, au moins partiellement, alors le cinéaste fait preuve de lucidité et de courage au regard du rôle qu'il fait tenir à Jean Yanne, son double donc. Car l'acteur compose un homme parfaitement odieux, cynique et égoiste, un type grossier qui fait vivre à sa maitresse une relation brutale et chaotique au point qu'il incite celle-ci à ne plus l'aimer. Précisément, ce sont les derniers moments de la liaison entre Catherine et Jean que Pialat met en scène selon son style de toujours, abrupt. Le réalisateur montre la lassitude d'un couple en bout de course, les hésitations et revirements de Catherine.
Le film explore un cas de figure et un quotidien courants, et l'approche de Pialat a le mérite d'y déceler une vérité simple, prosaïque, rarement décrite au cinéma sous cette forme. En revanche, quoique le couple que forment Marlène Jobert et Jean Yanne soit convaincant, on a plus de mal à imaginer l'attachement de Catherine pour un homme comme Jean. Peut-être parce que Yanne joue de façon un peu trop uniforme -je n'ose pas dire monolythique- les brutes épaisses, qu'on ne devine pas assez les nuances et la vulnérabilité de son personnage. Le comédien se montre plus à son aise dans les coups de gueule que dans l'expression de la souffrance sentimentale.
Pialat se sera intéressé à la savoureuse solitude de l'artiste (Van Gogh), aux vicissitudes de la vie familiale mêlée aux amours déchus (A nos amours), à la foi et au déchirement intérieur (Sous le soleil de Satan), le voici ici qui s'attaque au thème du couple, en y incluant, plus ou moins discrètement, quelques aspects autobiographiques. L'ensemble est audacieux, bien mis en scène, et le message, pourtant simple, est doté d'une belle ampleur. Il est cependant dommage que l'on ne dépasse pas cette triste morale: on ne choisit pas qui l'on aime et quand on l'aime, et d'en rester à une vision de l'existence amoureuse bien plus nostalgique que contemplative. (13.9/20)
Ce film a le charme des années 70, porté par le couple Yanne-Jobert. Je ne savais pas que Pialat était aussi écrivain mais ça n'est pas illogique. Cette histoire d'amour, type je t'aime moi non plus, est assez belle, avec du rythme même s'il ne se passe pas grand chose au bout du compte. Le caractère de Yanne est bien trempé, c'est un vrai macho. De l'autre côté on la frêle Jobert toute gentille. On peut penser à un moment que cette histoire d'amour va mal finir mais finalement elle se termine comme beaucoup d'autres. Normalement par des adieux.
« Nous ne vieillirons pas ensemble » ressemble à la projection de cercles concentriques répétant inlassablement le même concept.
Une agressivité maladive et subite s'acharne sur un esprit délicat captif, immature et indécis incapable de s'extraire d'une emprise dominatrice puis repentante.
Jean Yanne abject, macho et irascible semble intégralement investi par la personnalité du réalisateur de cette suite d'images en boucles ne possédant aucune issues d'apaisements pour un couple ne fonctionnant que par un mécanisme de ruptures et de retrouvailles dans un contenu sec et déroutant.
Pour son second film, Maurice Pialat livre un film autobiographique au ton particulier, typique de son style. Jean Yanne est particulièrement bon dans ce film avec un rôle taillé sur mesure. Les dialogues sont tout bonnement géniaux, mêlant réalisme et phrase caustique pour un résultat aussi drôle que choquant. Un film génial d'un réalisateur extrêmement talentueux.
Jean Yanne n'était vraiment pas un fameux comédien, avec son regard toujours dirigé vers le bas. D'ailleurs à ma connaissance il n'a appris le métier que sur le tas, entre ses émissions de radio et ses sketches. Ici il apparaît totalement incrédible en prétendu cinéaste, exagérément macho et odieux, tout aussi invraisemblable que le personnage de sa maîtresse qui semble trop intelligente pour s'accrocher naïvement à ce triste individu bien trop nul pour elle. J'aurais eu honte à la place de Pialat en révélant qu'il s'agit d'une oeuvre autobiographique. Ce film peut se regarder en coupant le son, pour les images nostalgiques des années 70, les autos, les décors intérieurs etc. Donc ça vaut une étoile pour ça.
Le second long-métrage de Maurice Pialat, sorti en 1972, s’inspire du propre vécu du réalisateur. C’est ce qui lui donne une certaine saveur car l’histoire en elle-même reste représentative du cinéma français de cette période, à savoir un couple qui se déchire lentement. Après une première partie très laborieuse basée sur le concept du « je t’aime, moi non plus », le récit prend son envol avec la véritable fracture conjugale. Cet homme odieux interprété par Jean Yanne, (son monologue dans la voiture est saisissant de cruauté) devient ainsi plus humain lorsque sa maîtresse (Marlène Jobert) l’abandonne définitivement. Avec des plans-séquence sans grande ingéniosité (la patte du cinéaste), on est face à une retranscription crue de la société misogyne de l’époque. Bref, un film austère sur les thèmes de l’amour et de la manipulation.
Ce qui est frappant dans ce second long-métrage, c'est toujours autant la teneur des rôles féminins. Encore une fois en second rôle, elles dégagent une puissance comme peu de cinéaste savent le faire. Le regard est lucide et bienveillant. On sent que Maurice Pialat les aiment. Ce qui sublime le film tout du long. Ce qui sublime le Jean Yanne. Un film chorale, parfois absurde mais jamais passivement.
Nous ne vieillirons pas ensemble est un beau film. La relation entre Jean et Catherine semble tellement authentique et on comprend tellement les sentiments des 2, que le film en est touchant. C'est permis notamment par un jeu d'acteur très juste de la part de Marlene Jobert et Jean Yanne. Le seul gros hic que je trouve dans ce film est que les deux personnages semblent tellement bloqués dans leur relation que on a assez vite l'impression de tourner en rond dans le film, il aurait peut être gagné à être plus court. Ça a personnellement grandement réduit le plaisir que j'ai pris devant Nous ne vieillirons pas ensemble, mais ça reste tout de même un film très bien fait, qui dépeint un amour qu'on a trop peu l'habitude de voir au cinéma et le film réussit à rendre les personnages attachants malgré leurs défauts (c'est particulièrement vrai pour Jean qui a un comportement infect). Bref, vraiment pas mal, je recommande.
Un film excellement bien joué, jean yanne a obtenu le prix d'interpretation a cannes pour ce role. Cela dit, le spectateur assiste pendant 1h30 a un couple qui s'en met plein la gueule. C'est assez morbide mais c'est tres bien réalisé.