Alors qu'il se prépare à partir à la retraite, l'inspecteur William Somerset voit débarquer son nouvel équipier, le jeune David Mills. Ensemble, ils doivent s'occuper d'une affaire sordide qui les entraîne sur les traces d'un diabolique tueur en série.
Deux acteurs, Brad Pitt, Morgan Freeman, deux générations qui ne s'affrontent pas comme n'importe quel polar l'aurait fait. Ils essaient de travailler ensemble sur une affaire particulièrement délicate et tordue. L'un veut faire ses preuves, l 'autre ne veut pas laisser son jeune collègue dans cette enquête nauséabonde.
La ville n’a même plus l’air d’une ville. C’est un organisme malade. Elle sue par les murs, elle respire par des bouches d’égout fumantes, elle pleure une pluie interminable qui semble ne jamais vouloir s’arrêter. On ne sait presque jamais où on est. Pas de nom, pas de repère clair. Juste des rues étroites, des immeubles grisâtres, des néons blafards. La pluie colle aux imperméables, détrempe les scènes de crime, transforme l’asphalte en miroir sale. Tout est humide, poisseux, saturé. Même l’air paraît lourd, comme s’il fallait le mâcher avant de l’avaler.
L’appartement du premier meurtre est déjà un résumé du monde : obscurité, ventilateur poussif, graisse incrustée, solitude épaisse. Les lieux semblent abandonnés par toute chaleur humaine. Les couloirs sont trop étroits, les plafonds trop bas, les pièces trop sombres. On a l’impression que la lumière a déserté la ville par lassitude.
Entre David Mills et William Somerset, l’atmosphère pèse aussi. Mills est nerveux, impatient, presque à vif. Somerset, lui, avance comme s’il était déjà fatigué du monde depuis des décennies. Il écoute le vacarme de la ville depuis son appartement où le métro fait trembler les murs, comme un rappel constant que le chaos est partout. Même le silence doit être artificiellement fabriqué avec un métronome.
La violence n’est pas spectaculaire. Elle est méthodique, clinique, pensée. Les scènes de crime sont des tableaux sordides où la chair devient symbole. Les corps sont déshumanisés, transformés en messages. Le tueur ne tue pas seulement des personnes, il expose ce qu’il considère comme la corruption morale d’une société déjà pourrie. Et ce qui rend l’atmosphère si désespérée, c’est que la ville semble presque mériter ce qu’elle subit, ou du moins, ne plus avoir l’énergie de s’en indigner. Même quand le soleil finit par apparaître dans le dernier acte, il n’apporte aucune chaleur. Il éclaire un paysage vide, poussiéreux, sans refuge possible. Comme si, pluie ou soleil, le monde restait fondamentalement froid. C’est ça, l’atmosphère de Seven : un univers où la pluie lave sans jamais purifier, où les gens vivent les uns sur les autres sans vraiment se voir, et où l’enquête ressemble moins à une quête de justice qu'à une descente et inévitable dans la noirceur humaine.
Les meurtres de John Doe ne sont pas “juste” des crimes. Ce sont des sermons. Des mises en scène. Des démonstrations. Ce que David Mills et William Somerset doivent comprendre et surtout accepter c’est que : Ils ne traquent pas un psychopathe chaotique mais un moraliste méthodique
John Doe ne tue pas au hasard. Chaque victime incarne, selon lui, un des sept péchés capitaux : gourmandise, avarice, paresse, luxure, orgueil, envie, colère. Il ne se voit pas comme un monstre.
Il se voit comme un révélateur. Il pense que la société est devenue insensible au mal. Trop tolérante. Trop molle. Alors il force le monde à regarder ses propres vices Somerset le comprend assez vite : ce tueur a un projet philosophique. Une structure. Une vision.
Ce n’est pas un massacre impulsif. C’est un récit en sept chapitres. Il laisse des indices. Il choisit des mises en scène théâtrales. Il attend qu’on saisisse la logique. Il veut que son œuvre soit lue correctement. Et plus encore : il veut que l’enquêteur intellectuellement le plus apte, Somerset, reconnaisse la cohérence de son “message”. C’est terrifiant, parce que ça oblige Somerset à entrer dans sa logique pour l’arrêter.
Au fur et à mesure le film devient cruel : le dernier péché n’est pas une victime choisie pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle provoque. John Doe transforme l’enquête en expérience morale.
Il ne cherche pas à s’échapper. Il cherche à conclure. Au fond, les deux enquêteurs doivent comprendre une chose terrible : ils ne sont pas simplement en train de résoudre une série de meurtres. Ils sont déjà dans le dernier chapitre. Et la question n’est plus “Qui est le tueur ?”
Mais : “Qui va tomber ?”