Strange Days est un joyau méconnu du public, qui - à l’instar de Blade Runner- fut un énorme flop à sa sortie. Réalisé par Kathryn Bigelow ( Point Break, oscarisée avec The Hurt Locker/ Démineurs , Zero Dark Thirty ) et écrit par James Cameron, était pourtant destiné à être un succès, ce dernier ayant écrit et réalisé 2 blockbusters, Terminator 2 : Le Jugement dernier (1991) et True Lies. (1994). Ralph Fiennes, fraîchement apparu dans La Liste de Schindler (1993) et Quiz Show (1994), et récompensé par un Tony Award pour son Hamlet, offrait un premier rôle séduisant. Sa partenaire Angela Bassett possédait une beauté, une force et un talent qui lui avaient valu une nomination aux Oscars pour What’s Love Got to Do with It (1993). Strange Days réunissait ces différents éléments dans un film complexe et viscéral de deux heures et demie, tout en abordant les craintes de la société quant à l’imminence du tournant du siècle, signe de la fin de tout.« J'adore tes yeux », dit un personnage de Strange Days. « J'adore leur façon de voir. » Dans le film de science-fiction dystopique de Kathryn Bigelow, les spectateurs peuvent littéralement voir et ressentir les expériences d'autrui. Mais ces sensations incluent des actes criminels, des fantasmes sexuels, la victimisation féminine et la violence raciale. Le film de 1995 reflète et anticipe un monde en train de se défaire à l'aube d'un nouveau millénaire. À l'extérieur, l'angoisse apocalyptique a amplifié les tensions raciales jusqu'à des extrêmes incontrôlables. À l'intérieur, les spectateurs se distraient grâce à des technologies illégales qui leur permettent de s'approprier les expériences d'autrui pour s'évader. Bien que la co-écriture de ce thriller technologique entre Bigelow et le scénariste-producteur James Cameron utilise des événements contemporains et des technologies plausibles pour créer un avenir convaincant au service d'un complot meurtrier, Bigelow façonne les nombreux éléments du film comme une critique des motifs narratifs traditionnels ancrés dans les fantasmes masculins blancs. Malheureusement à sa sortie, Strange Days fut un échec commercial et critique. Mais il s'est avéré tellement en avance sur son temps, voir prophétique, tellement impliqué dans sa myriade de fils narratifs, tellement riche en multiples innovations virtuoses. Si riche dans son commentaire culturel et si sybilline dans son portrait du futur, qu’il fait partie de se petit clan restreint de film dont les thèmes et sa vison artistique sont toujours actuels. Avec le temps, ce film s’est bonifié , son sujet de réalité virtuelle, de se connecter à un appareil pour vivre la vie d’autrui et s’échapper de son propre réel afin de vivre des expériences et sensations, nouvelles, interdites ou tabou. Internet, les réseaux sociaux, l’addiction technologie, le voyeurisme, la polarisation des idées, ces sujets sont abordés quotidiennement et font parti du mode de vie de toute la population mondiale qui utilise un smartphone ou ordinateur. Le film demeure un exemple remarquable, sans doute le plus remarquable de sa carrière, de l'exploration continue par Bigelow des genres conventionnels à travers un cadre féministe postmoderne. Avec ses 30 ans, le film paraît plus moderne, plus réaliste et mieux écrit que la plupart des films sortis ces 10-15 dernières, mettant en scène des personnages de “ femmes fortes”.
Qu'il soit qualifié de film maudit ou de joyau méconnu, Strange Days fut un échec au box-office, ignoré par le grand public, et jusqu’à ce jour, n’a aucune idée de son existence.
Les critiques l’ont jugé trop complexe, au scénario hautement conceptuel de « brouillon » ou d'« accablant ». S'inspirant du thème cyberpunk des technologies de réalité virtuelle, thème à la mode dans les années 1990 – dont la rentabilité a été prouvée par The Lawnmower Man (1992), Harcèlement (1994) et Virtuosity (1995) –, le film reprend un scénario noir familier, avec un ancien policier qui enquête sur le viol et le meurtre d'une prostituée. Comme si cela ne suffisait pas, le film se déroule également dans un futur familier mais dystopique de 1999, mêlant des thèmes tirés de l'actualité et prémonitoires sur les brutalités policières, le racisme et les abus de pouvoir.