Il faut reconnaître que l’indulgence dont bénéficie Les Lyonnais repose surtout sur la confiance accordée à Olivier Marchal et à son expertise du polar, car le film n’a finalement rien d’exceptionnel. Dès l’ouverture, longue et un peu trop appliquée, le réalisateur semble vouloir rejouer les codes des grands classiques du cinéma de gangsters sans jamais parvenir à leur insuffler la même intensité. On y retrouve d’ailleurs certaines des habitudes du cinéma de Marchal : une mise en scène parfois lourde, une atmosphère constamment appuyée par une musique omniprésente et une stylisation de la violence qui finit par rendre l’ensemble un peu prévisible.
Pourtant, malgré ces défauts, le film parvient progressivement à installer quelque chose. L’histoire de loyauté et d’amitié virile, inspirée de faits réels, finit par prendre, notamment grâce à des personnages solidement campés. Gérard Lanvin est convaincant, et Tchéky Karyo apporte une présence juste, sans forcer, qui contribue à l’équilibre du récit. Le va-et-vient entre le passé des protagonistes et leur présent, procédé souvent périlleux, s’avère cette fois plutôt bien maîtrisé. La reconstruction des années 70 est soignée, et les flashbacks donnent au film une ampleur supplémentaire, même si certains personnages secondaires restent un peu en retrait.
On regrettera néanmoins que Marchal ne creuse pas davantage le contexte historique et politique qui entoure le gang des Lyonnais : le cadre est là, mais il manque parfois de profondeur. Le film se concentre avant tout sur l’humain, au risque d’aplanir les enjeux et de céder à une forme d’empathie un peu trop confortable envers ses voyous vieillissants.
Reste que Les Lyonnais ne démérite pas. Ce n’est pas le grand polar que l’on pouvait espérer, mais un film honnête, parfois trop appuyé, parfois vraiment touchant, à l’image de sa conclusion sombre et maîtrisée. Une œuvre correcte, bien interprétée, mais qui peine à se hisser au-dessus du genre.