Screamers offre un pot-pourri d’influences exercées par le cinéma de science-fiction des années 90, qui ne trouve cependant pas ici le talent d’un cinéaste pour s’incarner en une œuvre aboutie, cohérente et originale. Il emprunte en cela aux deux adaptations cinématographiques de Philip K. Dick alors réalisées, soit Blade Runner (Ridley Scott, 1982) pour la réflexion sur ce qui sépare l’humain de la machine, et Total Recall (Paul Verhoeven, 1990) pour l’errance sur une planète hostile entre fantasme et réalité. N’oublions pas également la relation entre un adulte et un enfant perdu, piquée au deuxième volet de la saga Alien (James Cameron, 1986). Le souci est que Christian Duguay ne dispose ni de la vision du premier, ni du sens du divertissement du second ; aussi cette série B louvoie-t-elle entre des modèles inatteignables, desservie par une réalisation approximative, des dialogues navrants et une incapacité à doter ses personnages d’une épaisseur sensible, qu’il s’agisse des humanoïdes ou des êtres humains.
L’explicitation permanente des enjeux politiques, tantôt portée par des panneaux textuels tantôt débitée par les répliques, atteste l’incapacité du long métrage à raconter par l’image et par la mise en scène. Le montage charcute des plans inégaux, tantôt bien photographiés tantôt immondes ; le travail du son aurait été digne d’intérêt s’il avait bénéficié d’une réalisation intelligence, ouverte aux hors-champs et à la pénombre, partout présente mais jamais exploitée. L’univers dystopique n’est jamais envisagé par le prisme du corps, machinal ou humain, alors que toutes les thématiques abordées par l’œuvre littéraire de Dick convergent vers lui et sa mise à l’épreuve par la paranoïa ; les nombreux plans zénithaux qui circulent au-dessus des protagonistes ne font jamais sens et confèrent à l’ensemble une prétention formelle malvenue.
Un film raté qui jouit d’une indulgence critique incompréhensible, axée sur la notion de série B et sur la mécompréhension de ses enjeux. N’oublions pas qu’un budget modeste n’excuse rien et constitue, au contraire, un tremplin créatif important ; il n’a pas, par exemple, empêché le réalisateur et producteur Roger Corman, père de la série B, de signer des chefs-d’œuvre.