[Spoilers] Dans la petite vague de Ghost & de Sixième Sens qui revitalisa la veine ouverte de L’Exorciste avant l’agonie du millénaire, ce micromouvement mystique qui arrivait encore à se prendre au sérieux en parlant de fantômes, il y a eu Le Témoin du Mal. Comme d’habitude, on l’a titré comme un épisode obscur d’une série de seconde zone, mais le titre original est bien plus susceptible de faire perdurer l’œuvre au rang des films cultes de son genre : Fallen (à prononcer : /avec un ton lugubre/).
Propulsé par Elias Koteas dont l’interprétation démente, quoique courte, a beaucoup inspiré & joué sur la continuité de l’histoire, Fallen ne tarde pas à glisser sans secousses sur l’écriture de Nicholas Kazan qui a écrit aussi L’homme bicentenaire : un scénario lourd, donc, mais empreint d’un suspense aussi fantomatique que certains personnages, ressuscitant un genre de semi-horreur qui ressemble à Incassable dans sa manière de revisiter l’impossible à revisiter (tentatives mortes avec la décennie 2000). Cette tension apparaît comme si elle avait toujours été là sans qu’on la remarque, venant s’ajouter à l’ambiance très policière (& là aussi très nineties) qui fleure bon les commissariats enfumés où des doigts gras tapent consciencieusement des rapports entre deux blagues crasses aux collègues.
Tout un moteur qui est monté avec peu de choses ; comme je l’ai dit, on croyait encore en ce que l’on faisait dans le domaine du mystique, alors les énigmes & la croyance en Dieu – des prérequis du genre – n’ont jamais l’air de s’excuser & l’on peut profiter, encore aujourd’hui, d’un thriller bien casté (le duo Washington – Sutherland devrait rester dans les annales) où les bavures & les décisions prises sur le coup ont des conséquences vraiment dures (ce ne sont pas des digressions à la Columbo), même si elles donnent sur un léger forçage du charisme policier.
Je trouve étonnant qu’un film de 1998 arrive à tirer sur des ficelles vieilles comme Babel en sachant créer un univers cohérent, pas bâclé au niveau théologique ni des procédures policières, autant de choses qui font le plus souvent dire aux producteurs : ”le spectateur n’y connaîtra rien, donc pas besoin de taper trop fort”, surtout quand c’est pour donner dans un divertissement criminel sans complications.
Fallen, ce n’est donc pas juste une résurrection regenrée du style de Friedkin avec une fin unique & intelligente, mais surtout une production qui a fait parler du vrai syriaque à ses personnages (oui, ça me parle plus qu’à d’autres, mais c’est symptomatique de la spiritualité concrète établie par Gregory Hoblit). Un visionnage à la fois très familier & surprenant qui vaut bien la peine.
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