Voilà un film que l’on peut qualifier de serpent de mer tant sa gestation a été difficile et longue. Passé entre les mains de nombreux acteurs et initialement prévu avec Kathryn Bigelow à la réalisation (elle reste ici productrice), ce projet voit enfin le jour avec le plutôt doué J.C. Chandor (« A most violent year », « Margin Call », …) à la mise en scène et Oscar Isaac, Ben Affleck ou encore Charlie Hunnam devant la caméra, et tout cela sous la houlette de Netflix, en quelque sorte la bouée de sauvetage. Par là même, le résultat a certainement du perdre de son épaisseur en route, le brûlot géopolitique virulent et engagé envisageable étant aux abonnés absents. Mais le réalisateur ne se renie pas en remplaçant cela par une fable morale désenchantée sur le pouvoir de l’argent et l’appât du gain ainsi qu’une belle leçon d’amitié. Il pose aussi des questions intéressantes et rares pour un film d’action de ce type comme celle de la pertinence de tuer des innocents en temps de conflit; on y évoque également le sort des soldats américains, souvent abandonnés à leur propre sort par leur patrie une fois partis de l’armée et l’ingérence américaine en Amérique du Sud. Toutes ces notions, si elles n’apparaissent pas comme centrales ou comme l’enjeu principal du film en restant en arrière-plan, prouvent que « Triple frontière » n’est pas qu’une simple série B de luxe vide de sens si l’on creuse un tant soit peu, loin s’en faut. Et son casting, en plus d’être homogène, est très bon.
En outre, le long-métrage adopte un déroulé caméléon en passant du film de cartels à celui de braquage puis à un survival en milieu hostile. Des parties distinctes et différemment appréciables mais dont la somme apparaît probante et homogène. Mais il y a des scories qui empêchent ce long-métrage d’être le magistral film d’action qu’il aurait pu être. Déjà la notion du titre, celle de triple frontière n’est jamais vraiment utilisée narrativement et c’est dommage. Ensuite, les motivations et les réactions des personnages restent parfois troubles et peu compréhensibles quand la relation entre le personnage d’oscar Isaac avec son indic féminin reste bien trop peu approfondie. Enfin, si le braquage bénéficie d’une mise en scène sèche et efficace, d’une originalité incontestable avec la planque du magot ainsi que d’un traitement réaliste appréciable, il semble totalement invraisemblable sur bien des points. Mais la première partie n’est clairement pas la plus intéressante car le film prend une toute autre dimension des lors que nos cinq soldats doivent fuir en terrain hostile avec leur énorme butin. En hélicoptère, à pied ou en mule, à travers des paysages somptueux admirablement mis en valeur, la seconde heure de « Triple frontière » est vraiment la plus appréciable. La tension ne nous lâche pas et le rythme est à l’unisson grâce à de nombreux rebondissements et des scènes plus intimes et pertinentes entre les personnages. A la fin la morale est sauve (même si on aurait préféré le contraire), mais ce long-métrage demeure un divertissement de haute volée doté d’une patte qui lui est propre auquel il manque juste des enjeux psychologiques et politiques davantage mis en valeur. Néanmoins et c’est rare à souligner, la rareté et la beauté des paysages andins suffiraient presque à flatter l’œil.
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