Attention, à ne pas confondre avec le "Possession" où Isabelle Adjani couche avec des créatures à tentacules... Blague à part, "Possessions" revient sur l'affaire Flactif, une sordide tuerie qui avait défrayé la chronique au début des années 2000. Eric Guirado change les noms et modifie quelques bricoles, mais a cherché à en garder les grandes lignes.
Les Caron, un couple prolétaire, décident de refaire leur vie en Haute Savoie. Ils sont d'abord enchantés par ce nouveau cadre, un emploi facilement trouvé pour eux-deux, et le chalet haut de gamme que leur propriétaire leur propose temporairement, le temps que leur chalet définitif soit terminé. Mais rapidement va arriver une grande frustration. Quand ils comprennent que l'argent qui déborde des riches installés dans le coin n'est pas le leur, et qu'ils ne pourront jamais prétendre à ce train de vie. Quand ils se sentent humiliés par l'emploi de femme de ménage de Mme Caron chez le propriétaire, et par les déménagements provoqués par celui-ci.
Eric Guiardo livre là un film que n'aurait pas renié Claude Chabrol (ne manque que l'humour noir et des scènes de table !). Un vrai portrait social de deux classes opposées qui ne doivent jamais se mélanger. Où les erreurs et maladresses des riches ont des conséquences émotionnelles énormes chez les pauvres. Le film est à ce niveau rempli de détails pertinents sur les rapports entre classes et les inégalités qui provoquent du ressentiment.
Côté acteurs, la distribution se veut solide. Les personnages de propriétaires d'Alexandra Lamy et Lucien Jean-Baptiste restent cependant relativement superficiels. Notamment, le scénario ne cherche pas trop à explorer la part d'ombre du vrai promoteur Flactif (passif houleux, nombreux contentieux financiers...). Mais c'est aussi une manière de les dépeindre à travers la lorgnette des Caron, qui ne voient là qu'une famille très aisée qui jette l'argent par les fenêtres, avec une épouse princesse et des gosses pourris-gâtés.
Julie Depardieu campe bien l'épouse Caron, excédée par sa condition et les humiliations involontaires des propriétaires, et qui va mettre la pression à son mari. Celui-ci est incarné par un Jérémie Renier en forme. J'ai lu de nombreuses critiques négatives à son encontre, comme quoi son personnage serait une caricature de gros beauf. Avec sa bedaine, ses jogging, son goût pour le tuning, sa techno et son phrasé qui laisse transpirer un intellect limité. Certes, certains détails n'étaient peut-être pas nécessaires (lire un magazine auto-moto au lit, ça m'a fait rire !). Mais le portrait n'est pas si éloigné de personnes que j'ai pu rencontrer dans la vraie vie...
En tous cas, j'ai apprécié que "Possessions" ne soit pas une simple reconstitution d'une affaire criminelle. Mais que le film exploite plutôt ce point de départ, pour dresser un portrait social, et la psychologie d'un prolétaire qui dérape.