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L’année passée « Birdman » confirmait le « la » de cette nouvelle direction. En plus de l’exploit technique de son film, un faux plan séquence de près de 2 heures, le cinéaste s’attachait à une technicité qu’on ne lui connaissait pas encore, du moins de manière aussi marquée.
Empruntant le pas de son comparse Alfonso Cuaron (« Gravity »), Alejandro González Iñárritu livre avec « The Revenant » un film phare dans une filmographie déjà jalonnée d’œuvres puissantes dont aucune ne peut laisser indifférent, mais avec « The Revenant », un cap immense vient d’être franchit, pour lui comme pour le spectateur avide de son cinéma.
Le film s’avance déjà avec une réputation folle, de celles qui façonnent certains des plus beaux chefs-d’œuvre du 7ème art, dépassement de budget (et de soi pour les comédiens), tournage dans des conditions naturelles intenses, voire insupportables etc. Et le résultat s’avère probant dès les premières minutes par une séquence monstrueuse d’intensité et de technicité. Dans un même mouvement et en très peu de temps les principaux personnages sont introduits, tout comme le contexte historique, et la démesure du projet qui semble déjà pointer son nez.
La proposition de voyage artistique vient de commencer. Si « The Revenant » réussi autant à absorber le spectateur c’est par son intensité, sa véracité et ce réalisme qu’Alejandro González Iñárritu met en place. Un ensemble dans lequel les détails participent à un tout, du réalisme du maquillage, à la précision des costumes et la saleté ambiante, le tout ramène le spectateur aux premières heures de l’époque des pionniers. Une fois ce décor posé, tout est en place pour que la démonstration se fasse.
Démonstration de mise en scène, certains plans frôlent le génie, quand d’autres plus ludiques nous éblouissent et se rendent presque nécessaires à l’évolution de l’histoire par leur forme (travellings incessants, cadres plongeants et/ou panoramiques). Démonstration de jeu également, puisque Leonardo DiCaprio toujours très affuté dans la peau de chacun des personnages qu’il interprète, dépasse ici encore les frontières du jeu. Une double démonstration donc qui l’une avec l’autre semblent être nécessaires pour arriver au bout du voyage proposé.
En misant sur la face élégiaque de son cinéma, Alejandro González Iñárritu change donc un peu de cap en déstructurant moins sa mise en scène, et renforce cette linéarité par une onde de choc esthétisante et technique. Si le spectateur cherche une expérience cinématographique, « The Revenant » est le rendez-vous idéal.
Certes le fait de filmer l’homme confronté à la nature n’est pas nouveau, mais le filmer comme tel, est en plus d’un exploit, la proposition de confronter dans un même film, violence et poésie comme rarement un drame a su le faire. Bardé de symboles, historiques et culturelles, l’ensemble de cette composition est ramenée à la combinaison de plans tous plus beaux et originaux les uns que les autres. Evidemment la lumière d’Emmanuel Lubezki, encore lui, n’y est pas étrange ; la plupart de ses éclairages étant artificiels, le travail ainsi fournit n’en est que plus fabuleux quant au résultat naturel de l’œuvre.
Dans cette brillance de mise en scène, découpage et cadres compris, l’accent se porte évidemment sur Leonardo DiCaprio fulgurant dans le don de soi, dans la transfiguration de ce qu’un acteur peut et doit parfois donner sur écran. Un jeu parfait, une fois de plus. Sans oublier Tom Hardy, encore une fois magnétique en salopard de service sans jamais tomber dans le cliché d’une interprétation convenu.
« The Revenant » est donc un tout, un film sur les origines, sur la nature, la confrontation de l’homme face à ce qu’il a de plus beau, comme de plus « sale ». Faire fondre cet ensemble dans une maestria viscérale et enneigée, violente et spirituelle, relevait de l’impossible réussite. Et quant à ce petit jeu le spectateur est en plus convoqué physiquement au sein de cette histoire pendant plus de 2h30 sans temps mort, le spectacle cinématographique semble être au rendez-vous pour une expérience qui semble déjà faire date. En ce début d’année nous tenons déjà un des 10 meilleurs films de 2016. A l’image de dernier plan, hypnotisant et impressionnant.