Ce préquel, malgré son titre qui entretient la confusion avec le film de Carpenter, se regarde d’abord avec une forme de nostalgie. On sent clairement que le film cherche à parler à celles et ceux qui connaissent la version de 1982, en multipliant les échos, les plans-relais, les éléments placés là pour montrer « comment on en est arrivés là ». Et il faut le reconnaître : ce fanservice fonctionne par moments. Il y a quelque chose d’émouvant à retrouver, trente ans plus tard, les traces du film original et cette volonté de raccommoder les deux récits jusqu’à leur point de jonction.
Mais cette fidélité est aussi ce qui rend le film profondément prévisible. On sait déjà où tout cela doit mener, et beaucoup de scènes se retrouvent mécaniquement vidées de leur tension. Le film prend trop de temps à comprendre ce que le spectateur sait déjà depuis le premier plan : il y a une créature, elle assimile, elle imite, et la catastrophe est inévitable. À cela s’ajoute un vrai problème d’écriture : des personnages antipathiques ou caricaturaux, d’autres à peine esquissés, presque interchangeables, si bien qu’on ne s’attache à personne et que certains semblent n’exister que pour remplir un quota de victimes... Tout ce que Carpenter évitait soigneusement.
Plus regrettable encore : le traitement de la créature. Là où l’original brillait par des effets pratiques d’une inventivité folle, cette version s’enfonce dans un usage massif de CGI. Le plus ironique étant qu’un studio d’effets pratiques avait, à l’origine, conçu des créatures mécaniques et organiques très prometteuses (visibles aujourd’hui dans des vidéos en ligne) avant que la production ne décide de les enterrer, craignant un rendu « trop années 80 ». Le résultat à l’écran est inégal, parfois franchement risible, certaines images de fin frôlent la parodie involontaire. Il n’y a, au fond, qu’une seule scène
(une dissection)
qui retrouve quelque chose de la physicalité dérangeante du film de 1982.
L’intrigue suit donc des rails trop connus, avec une héroïne annoncée d’avance, quelques petites variations qui ne suffisent pas à surprendre, et une structure qui calque presque mécaniquement celle du film culte auquel il rend hommage. Les fans les plus attentifs apprécieront les correspondances, les explications disséminées, la cohérence rétroactive. Mais pour le reste, le film laisse surtout un goût amer : celui d’une occasion manquée, un préquel qui avait tout l’héritage du chef-d’œuvre de Carpenter à portée de main mais qui, trente ans plus tard, n’en retrouve ni l’inventivité ni la tension.