J’adore les films polémiques, surtout lorsque la presse s’en mêle (s’emmêle ?) ; les critiques des spectateurs étant à 90% inutiles : oui, on s’en fout que vous ayez aimé ou non ! C’est votre droit le plus strict et le dire vous apportera autant de notoriété que ça a d’intérêt ! Si seulement vous expliquiez pourquoi et ce, dans un français à peu près acceptable ! Bref, il ne reste que les 10% de celles et ceux qui se justifient. A ceux-là, qu’ils aient aimé ou non et qu’ils partagent mon avis ou non, je ne peux que concéder que leur point de vue est souvent enrichissant et que du coup, je ne mets des étoiles qu’après mûre réflexion. Voilà, j’ai passé mon coup de gueule... Intéressons-nous désormais au film de M. Besson.Cet homme me laisse souvent perplexe : il a signé des oeuvres de génie qui ont bercé mon adolescence/adulescence telles « Le grand bleu », « Nikita » ou « Léon », ce dernier étant pour moi le seul dernier bon film réel qu’il ait tourné -je reconnais néanmoins avoir fait l’impasse sur « The Lady » car les précédents m’avaient dégoûté-. Le dernier post que j’ai rédigé sur allociné était à propos d’ « Under the skin » qui m’avait laissé totalement froid, notamment à cause d’une S. Johansson, grassouillette et sans véritable talent -mais que lui trouvez-vous donc ?- Alors un film de Besson avec Johansson, pourquoi entrer dans la salle ? Parce que j’aime laisser des possibilités de « rédemption » ! Et grand bien m’en a pris !Par où commencer ? Un générique un peu tape à l’oeil, une première image affligeante avec un hominidé mal fait, une voix off archi éculée, des images animalières tirées d’un mauvais reportage ? Là, je me suis dit que j’aurais mieux fait de lire quelques articles ou de voir la bande-annonce du film, mais bon, comme j’ai une carte, ça ne me coûte pas grand-chose. Et là, la magie du cinéma fonctionne. Je rentre petit à petit dans le film, trouvant l’accroche intéressante, même si scientifiquement, la très bonne question de base à savoir que ferait l’être humain s’il savait utiliser 100% des capacités de son cerveau ferait, l’ensemble est discutable. Mais acceptons l’enjeu.Surtout, ce que j’ai trouvé intéressant, c’est la façon dont M. Besson commence un vulgaire téléfilm policier concernant une mule enrôlée de force par la mafia qui devient un petit bijou de SF. Très vite, l’ensemble devient prenant, d’autant plus que les pourcentages qui rythment le film et qui ressemblent à un compte à rebours à l’envers –vous suivez toujours ?- montrent l’urgence de l’action. Certes, il y a des invraisemblances, et là, le film aurait gagné à être un peu plus long
(Lucy qui n’agit pas à certains moments alors qu’elle résoudrait en un geste la situation)
. Certes, il y a des facilités, et là, Luc Besson aurait gagné à être un peu plus original (Luc, on sait que tu sais tourner des poursuites en voitures !). Certes, on frise quelquefois le ridicule
(la scène dans l’avion lorsque Lucy se désagrège)
. Mais il y a surtout la dernière demi-heure :
celle du sacrifice
. Et là, le film prend toute son ampleur, celle d’une réflexion théologique et génétique qui aurait pu être davantage approfondie à mon avis. Ainsi, Lucy et le film deviennent apothéose au sens étymologique du terme. Je garderai particulièrement en mémoire
cette Lucy créant Lucy –et on comprend mieux du coup l’hominidé mal fait du départ-, référence à Michel-Ange d’autant plus remarquable qu’elle est avouée ainsi que cette clé USB, détentrice de toutes les connaissances du monde
. On frôle les sommets qu’ont atteint Kubrick –oui, la référence-révérence au grand maître est évidente !-.Pour finir, l’actrice est excellente en humaine déshumanisée –après avoir joué les extra-terrestres !- ; M. Freeman lui tient la dragée haute, tout en humanité, retenue et sagesse scientifiques. M. Besson, vous revoilà parmi nous, intelligent et couillu. Merci pour ce très bon moment. Enfin, ceux qui sont parvenus à la fin de ce post sans défaillir peuvent aller voir le film sans peur : ils ressortiront contents à mon avis, satisfaits par un cinéma aussi malin qu’il est agréable !