"You gotta be reasonable in a situation like this."
S'il est incontestable que Quentin Tarantino, composant une oeuvre par genres à la manière de Kubrick avant lui, a un talent fou pour mêler esprit parodique et gravité de situation, Django Unchained multiplie les hommages au western dans une oeuvre beaucoup plus dense et complexe qu'il n'y paraît au premier abord. En visionnant la filmographie de Sergio Leone, je me disais qu'il n'existerait ni Spielberg ni Tarantino sans lui et ça se vérifie pleinement ici : gros plans glauques, travellings latéraux, cadrage au sol, plongées et contre-plongées, effusions de sang, vent soufflant dans les chevelures, interminables ralentis hors action, musique d'Ennio Morricone, tout y est, à l'exception de la focalisation sur un objet emblématique, jusqu'à la réhabilitation de la figure du chasseur de primes, incarnée par un Christoph Waltz pétulant secondant, dans le rôle-titre, un Jamie Foxx ténébreux à souhait.
Pour leur donner la réplique, on soulignera l'interprétation de Leonardo DiCaprio en richissime planteur et organisateur de combats humains, de Samuel L. Jackson (ce dernier vieil habitué des tarantinades) en sosie de l'Uncle Ben, de Kerry Washington en esclave germanophone à sauver, de Don Johnson en autre riche propriétaire aussi bête que ses chasseurs d'esclaves, dignes ancêtres du KKK, et, notice spéciale, de Laura Cayouette, actrice de séries B et Z, hommage, là encore, de Tarantino (en caméo lors du transport de Django vers les mines) à un domaine qui l'a tant inspiré.
Jouissant d'une reconstitution faisant la part belle à l'hommage visuel plus qu'à la réalité historique, Django Unchained est également porté par une bande originale tout aussi éclectique, du blues au rap en passant par l'harmonica et l'effet choral des années '70, instrument indispensable des westerns spaghetti (vous les avez aussi dans la tête, les thèmes de Le Bon, la Brute et le Truand et de Mon Nom Est Personne ?)
En résumé, le style propre de Tarantino, à la caméra autant qu'à l'écriture, explose dans ce chef d'oeuvre, tout autant que le talent de Jamie Foxx ou l'hémoglobine. On pourra reprocher au génie beaucoup (la violence extrême, la parodie d'un sujet gravissime) mais ça serait lui faire injure. Tarantino est un sale gosse qui maîtrise son art à la perfection et aura marqué le cinéma de sa patte incomparable.
"I'm positive he dead."