Bel OCNI ayant reçu le prix de la mise en scène à Cannes l'an passé mais tant décrié par la critique.
Beaucoup se sont révulsés contre le fait que le film n'avance pas. Je crois, sans trop de prétention, qu'au bout d'une trentaine/quarantaine de minutes il était presque indiscutable que le film n'allait pas avancer.
Et comme pour confirmer ceux qui se plaignent de cette "avancée", Reygadas vient alors nous proposer deux scènes d'affilées qui rompt totalement avec la structure du temps, une sorte de plongée dans le futur - sur la plage (fantasme ?) - puis revenir encore plus loin en arrière, lorsque les enfants sont tout petits.
Non, le film n'avance pas. Mais le film n'a jamais eu cette prétention. Là où Reygadas est pertinent, c'est qu'il parvient à nous mêler dans le film plusieurs strates de son intrigue en apparence simple : en premier lieu la vie de famille, elle-même décomposée en simples moments de vie un peu à la Malick que j'ai trouvés formidables, et de la venue de ce "Sept" qui va bouleverser ce petit monde ; ensuite la strate "politique" du film qui, par les relations humaines, traduisent un mal présent partout, dans tous les personnages, alors certes cela peut paraître exagéré mais c'est assumé et bien fait ; il parvient également à sublimer son récit avec des passages annexes, je pense au sauna, étrangement ça m'a fait penser à EWS, qui sort du cadre de l'ordinaire pour glisser vers l'inconscience ; et sur la notion de famille même Reygadas s'amuse à voyager dans le temps, difficile d'avoir un avis dessus (notamment vu la fin), mais ce film, en contradiction avec la noirceur de la première scène, est une sorte d'hymne à l'enfance, le mari malade qui retrouve son bien-être en vivant, ressentant, comme lorsqu'il était enfant, avec en arrière-fond la musique de Neil Young au piano chantée par sa femme, un moment de grâce extraordinaire...
Bref ce film touche dans de multiples points, mais avant tout c'est une expérience du ressenti, ce très long début aussi beau que menaçant, la petite fille toute innocente marchant dans la boue, avec un ciel qui s'assombrit de plus en plus, cette ouverture est splendide, renforcée avec cet étrange effet de l'image dont les contours sont flous, et ce pendant quasiment tout le film. Certaines séquences sont stupéfiantes de beauté, je pense à celle-là, celle à la plage, celle à la réunion de Noël... La force de la mise en scène de Reygadas réside dans sa persistance, son obstination, dans chaque plan, alors au début on peut trouver ça presque pompeux, mais devant la démonstration qui s'impose on ne peut être que submergé par tant de talent.
Concernant la dernière scène, assez déconcertante,
je pense simplement que c'est une métaphore de la famille. "Agir ensemble, en équipe", c'est ça. Ce film est avant tout un film sur la famille, les deux enfants qui jouent sont les gosses du réalisateur, ils ont une importance primordiale pendant tout le film, et comme le titre du film sonne comme un message d'espoir, cette dernière scène c'est peut-être ça, un espoir de la famille, d'être ensemble, réunie, "en équipe". Voilà mon interprétation en tout cas.