Quel étrange objet que le nouveau film de Jim Jarmush. J'ai mis un peu de temps à rentrer dans le film, mais une fois que je me suis laissé entraîner, j'ai voyagé. En effet Jarmush nous embarque dans un trip psychédélique, musical, hypnotique où tout ne respire que nostalgie et solitude (des thèmes récurrents chez ce cinéaste). On entre dans un monde désabusé, fantôme de sa splendeur passée, tout juste animé d'une lueur fanatique et fébrile : la musique lancinante, pesante qui donne à réflexion sur l'effondrement de notre monde. Au delà du trip visuel, auditif et esthétique, ce film interroge, sur la condition de chaque être et la propension la solitude à nous submerger. Jarmush remet aussi au goût du jour le mythe de vampire en prenant un virage totalement atypique : certes ils sont toujours aussi friands de sang, mais ils sont plus introvertis, plus romantiques et surtout des observateurs las et impuissants de la déchéance irrémédiable et inexorable de notre société. J'en profite pour parler du magnifique duo Tilda Swinton / Tom Hiddleston, qui chacun à leur manière incarne des vampires déprimés et subissant l'effondrement de leur réalité, comme un chateau qui tomberait progressivement en ruine. Parfois cependant, l'humour vient apporter un peu de chaleur à cette vision pessimiste du monde. L'un des autres thèmes récurrent dans ce film comme dans le reste de la filmographie de Jarmush, c'est le temps qui passe, que l'on ne peut rattraper, que l'on peut regretter d'avoir perdu ou que l'on voudrait suspendre. La métaphore principale du film repose d'ailleurs sur ce fait : Adam et Eve semblent au début hors du temps, comme à l'époque de la Bible, puis redécouvrent progressivement ce que le monde est devenu, ce que les hommes en ont fait. Un monde inhumain, figé, désert, sur le point de tomber en lambeaux. Ce monde les déprime d'une telle manière qu'ils appellent les hommes des "zombies" alors qu'eux-mêmes sont déjà morts, c'est dire la gravité de la situation. Riche en symbolique et en questions métaphysiques, à la fois nouveau dans la forme et typiquement de Jarmush dans le fond, ce film ne peut laisser indifférent. Une claque cinématographique.