Il est toujours délicat d’assister à l’aboutissement d’une trilogie qui, jusque-là, avait su conjuguer humour, émotion et virtuosité visuelle avec un naturel désarmant. Kung fu panda 3, tout en déployant ses charmes et ses intentions nobles, donne pourtant l’étrange impression d’un festin bien dressé… mais tiédi à l’arrivée.
Le film n’est pas raté. Ce serait faux, injuste, et aveugle face au soin manifeste de sa confection. L’animation reste somptueuse. Chaque plan est une fresque animée : des montagnes en brume de jade jusqu’au velouté d’une boule de chi, tout est traité avec une élégance graphique rare. La collaboration entre les studios américains et chinois se traduit à l’écran par un réel enrichissement esthétique, un croisement harmonieux de symbolisme asiatique et de spectacle hollywoodien. Les scènes dans le Royaume des Esprits, en particulier, sont visuellement mémorables. Mais l’excellence plastique ne suffit pas à faire vibrer l’ensemble.
Narrativement, on retrouve Po, désormais confronté non plus à une menace extérieure purement physique, mais à la nécessité de se définir entre deux héritages paternels et d’embrasser une identité spirituelle.
Cela aurait pu être la plus belle histoire de la saga. Cela aurait pu. Car en tentant d’ouvrir son monde, le film se disperse. Trop de personnages, trop de mini-quêtes, trop de sagesse distillée sans y croire vraiment. Le fil rouge est là, mais il pend, un peu relâché. Il y a du cœur, oui, mais comme pris dans une mécanique scénaristique qui ne fait que simuler la montée en puissance émotionnelle. On comprend ce que l’on est censé ressentir, mais on ne le ressent pas toujours.
Le méchant, Kai, incarne à lui seul ce flou artistique. Puissant, surnaturel, effrayant sur le papier, il se révèle un antagoniste décoratif, jamais véritablement effrayant, ni même intriguant. Là où ses prédécesseurs portaient des blessures intimes (Tai Lung, déchu et humilié ; Shen, rongé par sa prophétie), Kai est une abstraction : il incarne le danger, mais jamais le conflit. Il impose des enjeux, mais ne provoque pas de frisson.
Heureusement, certaines dynamiques compensent.
La relation entre Po, son père biologique Li Shan et son père adoptif M. Ping offre de très beaux moments.
L’humour y est moins appuyé que dans les volets précédents, plus tendre, plus nuancé. Il y a là quelque chose d’universel — la peur de ne pas être à la hauteur, le sentiment d’imposture, l’apprentissage du pardon.
Dommage que ces pistes soient à peine effleurées dans le dernier acte, où la bataille finale privilégie la démonstration à la transformation.
Côté rythme, le film hésite entre envolée poétique et série de gags faciles. Parfois, il tutoie la grâce ; d’autres fois, il s’alourdit.
Il faut aussi souligner l’impression d’un récit cousu de fils déjà connus : la découverte d’un lieu secret, l’apprentissage intérieur, l’ultime confrontation, l’acceptation de soi.
Tous les jalons sont respectés, mais sans renouvellement véritable. C’est familier, confortable, prévisible. Et c’est là, peut-être, que l’on touche au cœur du film : Kung fu panda 3 rassure plus qu’il ne surprend.
La musique de Hans Zimmer est, comme toujours, d’une grande qualité. Elle élève certaines séquences, enjolive des dialogues parfois fonctionnels, et agit comme un baume sur les scènes qui manquent de tension. Pourtant, même ce pilier sonore semble un peu en retrait : ni thème vraiment marquant, ni montée orchestrale inoubliable. Belle, mais en sourdine.
En somme, Kung fu panda 3 est un film qui impressionne plus qu’il n’enthousiasme. Il satisfait sans jamais vraiment émouvoir. Il réussit l’examen, mais sans mention. Il reste agréable à suivre, sincère dans son message, mais il s’efface vite une fois terminé. C’est un dernier acte élégant, mais sans le souffle ni la force d’un vrai point d’orgue. On en sort le sourire aux lèvres… mais le cœur un peu silencieux.