Suite à la polémique posée par la finalité raciste du très controversé Naissance d’une nation, David Wark Griffith a eu la bonne idée de réaliser un film qui combinerait quatre histoires, une fiction contemporaine et trois moments historiques, autour du thème des dégâts de l’intolérance. Ces quatre segments sont traités avec une importance différente; le principal, se passant en 1914, avait été ainsi tourné deux ans plus tôt pour constituer un film à part entière, mais il lui fut rajouter une reconstitution de la chute de Babylone, un chapitre impressionnant qui nécessitât le tournage le plus titanesque de l’époque. En parallèle à ces deux histoires, se juxtaposent les reconstitutions de la crucifixion du Christ et de la Saint Barthélémy, tous deux moins exploités, ainsi qu’un leitmotiv d'une mère faisant balancer le landau de son enfant. Le tout est mélangé dans un montage assez confus dont la rapidité d’alternance va lentement monter crescendo pour s'achever sur un final aussi lyrique qu'hyper rythmé, ce qui, sur sa longue durée saura perdre beaucoup de spectateurs. Ce processus expérimental était avant-gardiste mais encore trop mal exploité pour sublimer la morale qu’aurait davantage dégagée chaque histoire s’elle avait été traitée séparément, Intolérance forme un maelström narratif certes splendide mais dont la finalité reste embrouillée.
Si l'on oublie la lourdeur démonstrative du propos général et le côté pompier et naïf du couplet final, il faut reconnaître les qualités de cette grande fresque historique et oeuvre phare du cinéma muet : réalisation spectaculaire et inventive (avec notamment une belle utilisation des filtres de couleur), décors monumentaux, gestion d'une multitude de figurants, montage haletant à la fin. Sur le plan narratif, la façon d'entremêler les histoires se révèle très moderne et permet de maintenir la curiosité du spectateur sur toute la durée du film (3 h). Ainsi, cette première superproduction made in USA demeure, aujourd'hui encore, impressionnante. L'histoire de sa réception est également très intéressante. Apprécié par la presse et par l'intelligentsia à sa sortie aux États-Unis, en 1916, le film ne fut pourtant pas compris par le public. En 1917, lors de l'entrée en guerre du pays, on le retira même de l'affiche, son message de paix et de fraternité étant jugé peu opportun. Idem en France. C'était une époque où il était de bon ton d'être belliqueux et où l'on censurait les oeuvres pacifistes... Intolérance ne fut exploité dans les salles françaises qu'en 1919. Mais sans l'épisode de la Saint-Barthélemy... Là encore, le public ne fut pas très emballé. On divisa alors le film en épisodes, projetés séparément. C'est La Chute de Babylone qui eut le plus de succès. Parmi les assistants de Griffith, on trouve de futurs grands réalisateurs : Van Dyke, Stroheim, Browning (qui apparaissent aussi à l'écran). On remarque également dans le casting, sans être crédités : King Vidor, Frank Borzage ou encore Douglas Fairbanks.
Un an après Naissance d'une nation, Griffith repousse encore plus loin les limites du cinématographe, et ce à tous les niveaux. En terme de spectacle et de moyens investis déjà, le film proposant un nombre de figurants record, des décors monumentaux toujours impressionnants aujourd'hui, des reconstitutions historiques de plusieurs époques et une scène de bataille gigantesque. En terme scénaristique et narrative également, Intolérance suivant de front quatre histoires à quatre époques différentes (Griffith se concentrant surtout sur les épisodes de 1914 et de Babylone), toutes servant un discours cohérent ayant pour but de délivrer un message précis sur la nature humaine. En terme de mise en scène et de montage aussi. Griffith améliore encore son usage dramaturgique des gros plans et du montage parallèle, exploitant à la perfection le gigantisme de ses décors grâce à des mouvements de caméra d'une ampleur et d'une ambition encore inédites. Le cinéaste propose aussi un montage assez vertigineux, jonglant sans difficulté entre ses différentes histoires et ses multiples personnages, accélérant peu à peu le rythme et le passage d'une époque à l'autre pour achever chacun de ses quatre récits de façon magistrale.
En 1916, Griffith est dans une situation des plus paradoxales : "king of the world" d'un Hollywood primitif suite au succés international de "Naissance d'une nation" réalisé un an plus tôt, et en même temps montré du doigt pour la conception racialiste de la société américaine dont il s'est fait l'apotre dans ce même film. avec "Intolerance", le cinéaste choisit de répondre aux critiques formulées contre lui. Son film se veut universel et intemporel, décrivant 3 heures durant, les ravages de l'intolérance à travers l'histoire de l'humanité. Et son ambition n'est pas dénuée de mégalomanie : Pharaonique reconstitution d'une Babylone antique, sollicitant des milliers de figurants (aucun en CGI, est il nécessaire de le préciser ?). Hormis le côté "pété de thunes" de l'entreprise, ce qui restera de "Intolérance", c'est cette science du montage alterné théorisé par ce même griffith qui ici confine au génie, le cinéaste choisissant de presenter quatre histoires se déroulant à différentes époques et entrelaçant ces différentes intrigues jusqu'au dénouement final... Une narration complètement folle à cette époque, une audace insensée lorsqu'on a, qui plus est, choisi d'y investir la totalité de sa fortune. La sanction sera sans appel : le film, mal compris et jugé confus, sera un échec commercial cuisant... Griffith a vu s'envoler tous ses biens, certes, mais il aura au moins réussi à sauver son âme...
Accusé de racisme, Griffith répond de la meilleure manière possible : un film sur les ravages de l'intolérance. De grande qualité et avec une très belle morale : un excellent film.
Intolerance, c'est un peu un blockbuster pété de thunes et ça se voit, décors grandioses, la reconstitution de Babylone n'a rien à envier aux films actuels (parce que là au moins ça ne pue pas les CGI), ce côté du film est absolument réussi et impressionnant, je ne m'attendais pas à ça. Mais commençons par le début, alors oui c'est un très vieux film, muet, en noir et blanc, oui la pellicule est dégueulasse (du moins dans ma version), mais ça n'est en aucun cas chiant, au contraire. Les 2h40 passent comme un rien et on en redemande. J'aurai aimé plus de scènes sur le massacre de la St Barthélémy et plus de scènes de la vie du Christ qui sont un peu oubliés face à l'époque contemporaine et Babylone (qui du coup deviennent les deux piliers principaux du film). L'idée de décomposé l'histoire en 4, renforce la démonstration, car oui le film a un côté démonstratif et didactique qu'on pourrait lui reprocher, mais ça part d'un sentiment de départ tellement bon, et il se dégage vraiment quelque chose, je pense au final qu'on pourrait qualifier de hippie avant l'heure, mais qui possède vraiment une force émotionnelle. D'ailleurs l'émotion est un des soucis du film, car à part sur la fin ça en manque cruellement je trouve. Dans à travers l'orage Griffith avait trouvé comment émouvoir avec la mise en scène, ici, il se sert de ces procédés surtout vers la fin où l'on voit la femme dont le mari va être pendu complètement perdue et triste en gros plan, elle n'a pas le charme de Gish, c'est bien dommage, mais ça fait son petit effet. Sinon la mise en scène est absolument géniale dans le segment Babylonien, voir en travelling arrière les troupes ennemies avancer vers la caméra c'est quelque chose. Je regrette vraiment de ne pas l'avoir vu en copie restauré, parce que ça doit être assez impressionnant. De plus le montage est brillant, sur la fin, le montage se resserrant pour créer du suspens, parallèle entre l'histoire de 1914 et la Babylonienne, c'est vraiment brillant. Faire ça en 1915, c'est quelque chose. En fait le principal défaut, qui fait que je suis un peu déçu vient du manque d'émotion avant le final et du manque de scène de la St Barthélémy et de Jésus. à noter que j'avais droit en bande son à la musique savante pour les nuls, c'était assez spécial, ça ne collait pas du tout à ce qui se passait à l'écran.
Une merveille. Que dire de plus ? On fêtera bientôt les 100 ans de ce véritable chef-d'œuvre et on s'étonnera encore de la modernité et de l'ambition de cette œuvre unique, grandiose, pharaonique. 100 ans et un montage à couper le souffle, créant une dynamique insensée, insufflant à la réalisation un souffle et une puissance inouïe. La mise en scène ressemble étonnamment à un opéra de Verdi, étourdissante et grandiose, magnifiant chaque geste, chaque situation. Et que dire encore du scénario, des ces histoires parallèles dont les propos s'entremêlent pour ne former plus qu'un, d'une modernité insolente dont s'inspire encore aujourd'hui nombre de réalisateur dans la "vague" s'appuyant sur des histoires "kaléidoscopiques" pour marteler leur film d'un soupçon de novation. Intolérance dépasse tout cela. Et de loin. Il est un exemple, un maître-étalon qui n'est pas prêt, lui, d'être dévalué.
Après le douteux "Naissance d'une nation" et ses préjugés racistes plus que flagrants, D.W. Griffith s'est senti obliger de réaliser le très coûteux "Intolérance" pour plaider non coupable. Le film garde un grand côté historique de part le coût, le nombre de figurants, la durée du film, etc. Pourtant le film semble ennuyeux à mourir, et ceux pendant trois heures entières. Sans parler du scénario qui est d'un cafouilli extraordinaire, passant de l'une à l'autre des quatre différentes histoires comprises dans le film. Tout cela pour nous dire au final "L'intolérance l'emporte sur l'amour". Le film aurait pu être construit tout autrement.
L'année qui suit "Naissance D'une Nation", D.W. Griffith réalise "Intolérance", une manière pour lui de se "justifier" de son précédent film, considéré comme raciste par énormément de gens a l'époque, a cause de la manière dont il raconte une période délicate de l'histoire... Ainsi, le grand cinéaste nous livre cette œuvre, une fresque immense sur l'intolérance, et un appel a la tolérance simultané ! Une des premières superproductions de l'histoire, d'une immensité déconcertante, des décors énormes, des figurants a la pelle, des mouvements de caméra magistraux... Une œuvre capitale et immanquable. Un tres grand film.
Admettons, le film profite d'une réalisation étonnamment moderne, d'un travail de reconstitution sur les différentes époques méticuleux et titanesque. Il n'en reste pas moins que D.W. Griffith choisi des histoires qui se prêtent très mal au cinéma muet, qu'en plus le film est interminable, que le truchement des différentes époques et histoires n'est pas spécialement judicieux ou intéressant puisqu'il n'existe aucun lien entre elles. Pour venir au bout de ce film de 3 heures je m'y suis repris à trois fois étalées sur deux semaines, un film vraiment dur à avaler tellement il a mal vieilli.
Plaidoyer en faveur de la "classe populaire" dans un contexte historique composé de quatre époques différentes pour le droit à la justice et à la liberté individuelle, qui se confrontent au rempart de la morale et de la tyranie, Intolérance part d'une idée de départ assez simple, bien que réalisé durant la Première guerre Mondiale. D'un autre côté, nous pouvons voir le long métrage d'une autre façon, comme par exemple, la réponse démonstrative d'un statut raciste conféré au réalisateur David Wark Griffith pour sa réalisation précédente qui portait le nom explicite de Naissance d'une Nation. Quatre époques sont donc représentés; la première raconte l'histoire d'un gréviste qui sera condamné à la pendaison, la seconde décrit la résistance babylonienne contre le roi Cyrus, la troisième récite à sa manière un épisode renvoyant à la Passion du Christ; enfin la narration contestable d'une histoire d'amour dans le contexte de la Saint-Barthélemy. Comme le spectateur peut le voir, il semble difficile de restituer toutes ces époques précises dans un message humanitaire qui n'a pas nécessairement lieu d'être. Pour comprendre cette oeuvre emblématique du septième art, il nous faut le recule du passé, le film étant réalisé en 1916. Il sortira en France en 1919, la censure désapprouvant la projection durant le conflit. Dès lors, on lui pardonnera son propos qui, d'un oeil philosophique, est plus complexe à définir que cette représentation primaire d'une valeur universelle qui consiste à dire que dans n'importe quelle période historique de l'être humain, il y aura toujours un ou plusieurs individus qui défendront, par exemple, la liberté d'autrui. Par conséquent, le message s'explique ainsi : l'intolérance a existé, existe, existera; des hommes l'ont condamnée, la condamne, la condamnera. Cette leçon de trois heures, techniquement exceptionnelle, est pourtant longue et fastidieuse. Classique par le temps, glorifier Intolérance de chef d'oeuvre est une tout autre considération.
Un film majeur qui a marqué les esprits et en le voyant on comprend pourquoi. Les images ont vieillit et il y a beaucoup à lire entre les séquences mais les quatre histoires sont pas mal malgré le fait que deux sont souvent délaissé au profit du "segment Babylone" (qui est la partie la plus impressionnante) et le "segment de l'époque de 1914". Des thèmes universelles sont abordés, c'est touffu, humain et intelligent.
Après avoir inventé le blockbuster avec Naissance d'une Nation en 1915, David Griffith réalise Intolérance, le premier grand film à sketches de l'Histoire du Cinéma. Bien que nettement supérieur à Birth of a Nation dans sa maîtrise, Intolérance n'en demeure pas moins ennuyant et indisgeste. Comme si Griffith n'avait pas la conscience tranquille suite à l'accueil mitigé de son précédent film ( considéré comme novateur mais épouvantablement raciste ), il se justifie en travaillant sur un sujet mettant tout le monde d'accord : la lutte de l'amour contre l'intolérance. On ne s'arrêtera pas plus longtemps sur la sincérité du propos de ce film pour nous pencher sur sa forme... Il suffit d'un plan pour considérer l'incroyable modernité d'Intolérance : cette vue d'ensemble filmée en plongée de la prise de Babylone, dans laquelle les deux camps sont séparés par un rempart. A sa manière, Griffith invente le split-screen, plus de cinquante ans avant Brian De Palma ( qui ne l'a pas inventé mais qui en est l'utilisateur emblématique ). La reconstitution des quatre époques d'Intolérance ( avec ce que cela implique en termes de décors et de figuration, mais aussi en termes d'authenticité ) est admirable. Malheureusement, la place laissée aux intertitres me semble exagérée et empiète sur le visuel ( un film muet se doit de parler par l'image, et non pour l'image ). Intolérance est donc admirable mais démonstratif, lourd et long. A voir pour le spectacle de la mise en scène.
Après le raz-de-marée Birth of a nation (deuxième plus gros succès derrière Gone with the wind en tenant compte de la valeur du dollar il me semble), D.W.G. constate quelque chose qu'on lui a beaucoup reproché mais que lui ne pouvait alors pas soupçonné. Les spectateurs ont pris le propos au premier degré, entrainant un boom du kukluxklan. Il réagit avec cette fresque démentielle dénonçant explicitement l'intolérance, le plus gros budget relatif de tous les temps (le plus gros flop également ^^), et ça se voit! La démesure de Babylone laisse sans voix. Sans doute au montage, Babylone et 1914 prennent le pas sur Jésus et la St-Barthélémy. Le montage est très puissant. Il compare les différentes situations d'intolérance en même temps qu'il décrit les évolutions. Tout d'abord, Griffith dénonce l'incapacité des religions à se tolérer, que l'amour d'une montagnarde ne saura contrer. Ensuite, les puissants persuadés d'être supérieurs ne tolèrent pas le discours discordant de Jésus. Catherine de Medicis manipule les foules en agitant la peur de l'autre pour éliminer un ennemi. Enfin des femmes ambitieuses et riches mais oisives vont s'employer à ce que tout le monde essaie de leur ressembler, persuadées d'être un modèle de vertu. Les trois premiers sont historiques, mais pas le dernier bien que réaliste. Ainsi, par son montage parallèle (entrelacé via Lilian Gish surveillant le mouvement incessant d'un berceau), Griffith fait monter une tension haletante vers les conclusions tragiques des 4 histoires, dont une seule que nous ignorons, et qui porte le message de l'auteur. Pour qui s'y prépare sereinement, le film est terriblement prenant et passionnant de bout en bout, et finalement on regrette que les deux histoires intermédiaires soient négligées, plutôt que de trouver le film trop long. Un mythe fondateur, et bien plus. Personnellement, j'ai peut-être une préférence pour le drame intimiste qu'est Broken blossom, dans lequel L.Gish irradie l'écran de son immense talent.
Ce film est comparable à naissance d'une nation. Seuls changemnt les thèmes. Ici encore Le film est un peu long mais plus on avance vers la fin, plus il devient crispant, voire excellent! L'histoire se passant en 1914 étant sans doute la plus importante avec babylone. Mais trois heures de noir et blanc avec de la musique classique par dessus, bonne musique mais pas toujours bien choisie (pour le DVD), ça pèse. Très interessant sinon. A connaitre.