Une bonne surprise que ce film, qui a reçu l’Ours d’Or au 62ème festival de Berlin.
Un long-métrage court (à partir de 60 minutes on est dans la catégorie du long-métrage !), on en perdrait presque l’habitude ! A part pour David Lynch, Nuri Bilge Ceylan, et quelques rares autres, je trouve les longueurs des films actuels difficilement gérables.
1h15, c’est un format très agréable qui ne laisse pas le temps de s’ennuyer, qui concentre le propos.
Je suis en train de lire la tragédie dont le film est librement inspiré, « Jules César » de Shakespeare. Je suis frappée par l’aspect actuel (ou bien serait-ce intemporel?) de celle-ci (que dire d’une réplique comme : « Siècle, tu es déshonoré ! Rome, tu as perdu la race des nobles courages ! Quel siècle s’est écoulé depuis le grand déluge, qui ne se soit enorgueilli que d’un seul homme ? »), et je comprends d’autant plus qu’elle ait été réadaptée, après 3 autres films (en 1908, par J. Stuart Blackton et William V. Ranous, avec Charles Kent, en 1950 par David Bradley, avec Charlton Heston et en 1953 par Joseph Leo Mankiewicz, avec l’inimitable Marlon Brando).
Les frères Taviani (Paolo et Vittorio) sont des réalisateurs et scénaristes toscans nés en 1929 et 1931 (pas de la dernière pluie donc !). Ils cosignent tous leurs films, et comme l’un d’entre eux l’indiquait dans une interview à Cannes à propos de la répartition du travail de chacun, « Nous sommes comme le café au lait... Impossible de dire où finit le café et où commence le lait ! »
Le film raconte la mise en scène de la pièce de William Shakespeare, par les détenus d'un quartier de haute sécurité de la prison de Rebibbia, à Rome, dont les portraits se résument de façon marquante au lieu d’origine et aux délits et crimes commis (nous n’avons pas affaire à des amateurs !).
Au début du film, la fin de la représentation est montrée, en couleur, et se termine sous les applaudissements des spectateurs venus y assister.
Toutes les répétitions sont par contre filmées en noir et blanc, un très beau noir et blanc, dans un décor carcéral qui s’y prête particulièrement bien.
On perd assez vite nos repères quant à ce qui est de l’ordre du réel et de la fiction. Les rapports entre les prisonniers ainsi que ces derniers s’imprègnent de leurs rôles. Difficile de toujours repérer ce qui relève de la mise en scène et ce qui se déclenche spontanément entre les prisonniers.
L’idée de les faire réciter dans leurs dialectes est très plaisante, donnant lieu à de savoureux échanges avec des accents très marqués.
Ce sont par ailleurs les détenus eux-mêmes qui ont traduit la pièce dans leurs dialectes respectifs.
J’ai pourtant eu l’impression qu’au fur et à mesure des répétitions, les dialectes s’effaçaient un peu au profit d’une langue plus harmonisée, ce qui serait intéressant en parallèle de l’avancée de la pièce, où les rapports entre les personnages sont de plus en plus tendus.
La suite de la critique : http://clairedanslessallesobscures.over-blog.com/article-cesar-doit-mourir-112180644.html