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Sur le visage de Suzanne, dans les premières secondes, même petite fille à l’école, le plan fixe sur ses traits innocents laisse entrer une meurtrissure, une insondable mélancolie, mais un mal profondément ancré. Plus grande, la caméra de la cinéaste épouse les yeux de Suzanne. C’est un mariage cinématographique d’amour tant Sara Forestier aimante la lumière et nous fige à chaque instant. Même dans l’ombre, elle est solaire, incandescente et quand Suzanne brûle la vie par tous les bouts, c’est nous avec elle qui nous voyons inexorablement tomber. Au-delà d’un cinéma vérité, "Suzanne", c’est du cinéma vivant. Toute cette mise en scène permet cette immersion dans la dureté des destins perpétuellement contrariés.
"Suzanne", c’est aussi le tragique d’un destin familial. La mort de maman, puis quelques terribles drames, d’inoubliables chagrins, mais qui s’achèvera sur ce regard plein d’espoir de Suzanne, ce doux message de résilience, car finalement rien ne s’oublie mais tout passe. C’est la question des choix à un moment et du droit à l’erreur. Suzanne, c’est le goût pour l’autre, c’est l’humanité de s’arrêter sur des destins.
On entendra alors Léonard Cohen chanter Suzanne (1967) en nous disant « Maintenant, Suzanne prend ta main et elle t’emmène à la rivière. Elle porte des haillons et des plumes. Et elle te montre où regarder entre les déchets et les fleurs".
"Suzanne", complexe, tragique s’attache au cœur, met le reste en ellipses, et ce portrait de femme fait partie de ceux que l’on n’oublie jamais, à revoir sans cesse avec le même infini bouleversement.