Le mélodrame est la version du drame dans le théâtre populaire. Alain Resnais en fait un exercice de style cinématographique en 1986, en adaptant pour le grand écran une pièce du boulevardier Henry Bernstein (reconnu à la scène, controversé à la ville - avait déserté durant son service militaire) intitulée "Mélo" ! Défense et Illustration d'un genre populaire, sur un canevas d'auteur fin connaisseur du sujet : Resnais fait son "mélo" d'un mélo appelé "Mélo" (l'oeuvre du "mélodramaturge" ayant fait l'objet d'adaptations antérieures au cinéma, peu après sa création au théâtre). L'histoire est dans les Années folles (1929), et l'affaire ne se noue pas entre, trop classiquement, la femme, le mari et l'amant, mais entre un couple marié (Pierre et Romaine Belcroix) et un ami de longue date du mari, Marcel Blanc. Invité à dîner dans la petite maison de Montrouge des Belcroix, Marcel fait la connaissance de la jeune femme. Une rencontre décisive, ponctuée d'un gros bouquet de roses rouges. Une dramaturgie sur fond de sonate piano/violon. Un trio moins archétypal qu'imaginable : Romaine (Sabine Azéma) est une amoureuse tragique, Marcel (André Dussollier) un homme à femmes sentimental - Pierre (Arditi) jouant la partition la plus riche finalement, entre attachement et complaisance, jalousie sentimentale et rancoeur amicale (Pierre et Marcel se connaissent depuis le Conservatoire, le premier étant musicien d'orchestre - même si Premier violon, quand le second est un concertiste international). Resnais élargit d'ailleurs le trio en quatuor, avec le personnage de Christiane (Fanny Ardant), la cousine de Romaine, entre suivante et rivale auprès de Pierre. C'est délicieux (interprétation) et délectable (dialogues finement écrits - voire monologue, au premier tableau, par Marcel), filmé, cadré, monté avec excellence, dans des décors raffinés. Où théâtre et cinéma se conjuguent avec opportunité - beaucoup mieux que du "théâtre filmé" (en dépit du rideau rouge qui introduit, ponctue les actes et conclut, en se refermant).... du Resnais en somme ! Sans une ride près de 30 ans après.