Un film de Terry Gilliam dans une ambiance futuriste extrêmement esthétisée et avec un casting incroyable, autant dire qu'on s'attend à un vrai masterpiece. Ce Zero Theorem avait bien tout pour réussir, malgré quelques problèmes de production avec les acteurs (Billy Bob Thornton devait à la base être le personnage principal) ou encore le scénario. Bon, commençons par le commencement.
L'histoire est à la base très intéressante, proposant de bonnes réflexions sur notre société actuelle ou encore la religion, mais encore sur le sens de la vie, qui est bien le but de ce théorème. Les deux premiers actes sont excellents, sans aucune longueur et avec une mise en place des évènements très bien gérés. Le problème réside dans le troisième et dernier acte qui s'essouffle et se perd dans une philosophie incompréhensible pour le spectateur qui ne possède pas toutes les clés pour le comprendre. On s'attend justement à avoir une réponse sur "Quel est le sens de la vie ?" et on en a pas vraiment. Je pense que Gilliam a voulu laisser libre choix au spectateur de penser ce qu'il veut après cette fin quelque peu psychédélique. Mon avis à moi est que selon le film, le sens de la vie et son réel intérêt sont l'amour, celui qu'éprouve Qohen pour Bainsley ainsi que les petits moments sur cette plage paradisiaque. L'amour et le réel intérêt à la vie qui nous métamorphose et nous transcende. En soit, le message est très beau, plein de poésie, mais c'est bien trop implicite.
L'esthétisme procure lui bien cette poésie qui rend le film incroyablement magnifique visuellement. Le mélange de couleurs chaudes dans cette époque futuriste totalement dystopique rend chaque plan, chaque image incroyable. C'est bien là le point fort de Gilliam. Il s'en sert à la perfection et le rendu donne probablement un des plus beaux films que j'ai pu voir visuellement. Les décors sont eux très bien choisis également, le fait de situer le récit principalement dans une église propose alors une vision sur la religion assez intéressante, qui nous fera par ailleurs penser à un certain personnage biblique.
Ainsi, le film nous propose une assez bonne réflexion sur la religion, et sur l'existence d'un Dieu principalement, qui est représenté par le coup de téléphone que Qohen attend comme la réponse à toutes ses questions sur la vie. On peut donc y voir deux possibilités, la première étant que la religion est nécessaire et utile à l'Humain qui a besoin d'un Dieu pour trouver un sens à la vie, la deuxième qui me plaît plus étant athée, que la religion n'est pas la réponse à nos questions et au sens de la vie, que l'univers et donc la réalité n'ont pas de sens si ce n'est d'exister (Ce qui me fait d'ailleurs penser à L'étranger de Camus qui porte à peu près la même réflexion).
Alors, avec toutes ces qualités et son casting incroyable, car oui, il faut le dire, les acteurs sont tous très bons et notamment Christoph Waltz qui signe ici encore une fois une prestation digne des plus grands, pourquoi ce n'est donc pas un chef-d'oeuvre. Et bien tout simplement à cause de la longueur du film. C'est bête mais s'ennuyer dans un film qui dure 1h40 n'est pas normal. Comme dit précédemment, c'est surtout le troisième acte qui paraît redondant et qui n'avance pas d'un poil jusqu'au dénouement qui lui arrive comme un cheveu sur la soupe. La répartition des actions est trop mal gérée pour un film qui partait si bien.
Zero Theorem est donc sans aucun doute un très bon film, qui traite de bonnes problématiques et qui possède la même vison du futur que L'armée des Douze Singes ou encore Brazil bien propre à Terry Gilliam, mais sans arriver à la même qualité. M'attendant à un chef-d'oeuvre, je ne peux être que déçu par ce film mais sans être en colère. Il reste très bon ainsi que pertinent et s'inscrit bien comme un véritable film d'auteur. Bravo Terry !