Terry Gilliam est un réalisateur brillant qui aime à créer des univers fantaisistes qui demande une pleine attention de son spectateur pour déceler toute les pépites et interprétations que possède ses films. En ça il a accouché de deux magnifiques chef d'oeuvre que sont Brazil et Twelve Monkeys mais aussi livré de très bon film comme lors de ses années Monty Python ou encore Las Vegas Parano. Mais ses dernières années il semble s’être fourvoyer avec un film de studio sympathique mais oubliable ( Les Frères Grimm ), un film totalement passé inaperçu ( Tideland ) et le décevant Imaginarium du Docteur Parnassus. Un période de sa vie qui fut aussi troublé par les échecs successifs de son adaptation de Don Quichotte qui fut un véritable projet maudit mais dont Gilliam se refuse à lâcher prise, ce qui révèle un caractère obstiné et bien trempé. J'aime beaucoup ce cinéaste et l'avoir vu livré des films qui devenait très moyen m'attristait beaucoup et le voir faire avec son nouveau film un retour au source salutaire m'a fait un bien fou surtout qu'il s'agit clairement de son meilleur film depuis 16 ans. Mais néanmoins Zero Theorem n'est pas un grand Gilliam et ferrait presque partie de ses films les plus faibles quand on le compare à ses films d'avant le 21ème siècle comme Brazil, dont il est le fils spirituel mais qui ne tiens clairement pas la comparaison face à ce bijou. Car les thèmes de ses deux films sont extrêmement similaires mais la ou Brazil avait un approche orwellienne, Zero Theorem sera plus une oeuvre kafkaienne, même si les deux optiques sont très proches, il y a néanmoins des différences notables. Le film est donc une critique virulente de la société et même de la vie, que ce soit la publicité qui nous poursuit même dans nos rêves
( un panneau publicitaire qui se trouve être l’île paradisiaque ou Qohen retrouve Bainsley )
et notre quotidien, la surveillance obsessionnelle d'un société insidieuse et dictatrice, l’interdiction de l'individualité et de vivre pleinement
( la scène très drôle du parc avec les panneaux d'interdiction )
ou encore la technologie qui pousse à l'isolement et à la solitude. D'ailleurs Gilliam est parfois dépassé dans son propos, certains aspects de son film sont trop vieillot et ne son plus vraiment d'actualité ce qui fait que certains sens du film seront trop nébuleux et difficile à saisir. Sinon les personnages et les dialogues sont savamment écrit apportant une ironie et un ton sarcastique des plus appréciables, et l'univers dans lequel les personnages évoluent est savoureux que ce soit le site internet, le travaille de Qohen, la ville ainsi que l'habitat du héros, tout est pensé avec minutie avec un soin du détail imparable. Par contre la fin représentera un non sens qui est difficile à comprendre de prime abord mais qui finalement, après réflexion, souligne l'aspect paradoxal du film même si elle aurait pu être fait de manière moins grossière. Finalement le film est la représentation parfaite du Zero Theorem
( la vie est insensé )
et plus que d’être un film sur l'impérialisme de la bureaucratie, c'est avant tous un film sur la vie, l'isolement, la folie et la peur du quotidien ( s’embourber inexorablement dans la routine ). Gilliam prône la folie et la fantaisie pour s'extirper de ce cauchemar car lorsque l'on vit dans un monde détraqué pourquoi ne pas être aussi détraqué que lui pour ce démarquer, il préfère l'unique que le communautaire. En soit le parcours psychologique du personnage est extrêmement intéressant et complexe, qui finalement donne sens au film une fois la nature du personnage comprise,
en faite quasiment aucun des personnages du film ne sont réelles et tous ce passe dans la tête de Qohen, avec la représentation du "nous" comme à chaque fois qu'il se défini, il fait référence à ses différentes personnalités. Son ami est en faite sa conscience, Management est sa part d'ombre, Bob est son lui jeune tandis que Bainsley est son fantasme, son idéal à atteindre. D'ailleurs chacune de ses figures seront influencé par l'univers qui l'entoure, Bainsley, une actrice érotique d'un site qu'il fréquente, l’île paradisiaque sera issue de la pub comme sa représentation de son subconscient ( le trou noir ). Une fois que le personnage cessera de dire" nous" pour dire "je", c'est à ce moment précis que ça vie ce détraque complètement, qu'il se rend contre de sa condition, l'emploi du je rend mourant Bob, et chacun des personnages sorte de sa vie au moment ou il se rend compte de leurs inexistence.
. Cette analyse n'engage que moi mais c'est comme ça que j'ai compris le film et qui me parait plus sensé et pertinent dans ce sens surtout que Gilliam se fait un malin plaisir de ne jamais répondre aux questions posé et laisse libre cours à la réflexion du spectateur. Comme le sous-texte religieux qui se veut naturellement difficile à saisir et qui fait une parallèle judicieuse avec la condition de Qohen. Pour le casting c'est un sans faute, ils sont tous très bon même si ils n'ont que des petits rôles pour certains ( Matt Damon, Tilda Swinton ) mais on retiendra surtout un Christoph Waltz parfait comme à son habitude et Mélanie Thierry qui s'impose comme la révélation du film. C'est une actrice française sous exploité malgré son talent indéniable, elle est ici vraiment excellente. Pour la réalisation, Terry Gilliam fait preuve d'un soucie du détail savoureux dans l'univers qu'il dépeint et arrive à rythmer son film de cette folie douce qui le caractérise ce qui fait que l'on se laisse emporter dans son délire et qu'on ne s’ennuiera pas devant la projection. Sinon sa mise en scène est très maîtrisé mais elle ne connaîtra jamais de fulgurance, elle est élégante et inspiré mais ne ferra pas date dans la filmographie de son auteur. En conclusion Zero Theorem est un très bon film, intelligent et inventif mais qui doit jongler avec trop de défauts dans son propos pour que celui-ci s'impose comme un grand film. Parfois trop confus dans sa démarche ou trop en retard sur son temps, le film à néanmoins un charme indéniable qui emporte l'adhésion.