Je ne savais pas trop ce que j'allais voir en m'approchant d'un petit cinéma d'art et essai qui programmait toute la filmographie d'Otto Preminger et qui pour ouvrir le bal programmait "son dernier chef d'oeuvre" l'injustement méconnu "Bunny Lake a Disparu". J'ignorai encore que j'allais vivre un de mes plus grand moment de cinéma et surtout, sans aucun doute, mon plus excitant.
Otto Preminger a toujours parsemé sa filmographie de personnages féminins, pour ne citer que les plus célèbres "Laura" et "Bonjour Tristesse" ou respectivement Gene Tierney et Jean Seberg tenaient les rôles de leurs vies. Mais contrairement à beaucoup d'autres réalisateurs de son époque, Preminger n'en fait pas des êtres diaboliquo-erotique comme Hollywood en est si friand. A la manière d'un Hitchcock ou Mankewicz il les voit comme des héroïnes qui subissent agissant dans leur contexte. Et "Bunny Lake a Disparu" est probablement l'archétype de ce qu'il fait de mieux.
C'est l'histoire d'Annie, qui un peu perdue dans sa vie débarque des Etats Unis à Londres. Mais lorsqu'un jour elle vient chercher sa fille Bunny à l'école elle ne la retrouve pas, personne ne se souvient de l'avoir vue et encore moins connue. La jeune femme se retrouve seule à la recherche de son enfant avec un policier et un frère tout aussi étrange l'un que l'autre.
Le film fonctionne principalement comme un portrait social sur la condition féminine, Annie doit sans arrêt se rappeler quelle est mère, elle est sous l'emprise des hommes qui l'entourent, d'ailleurs au début du film jamais on aurait pensé que Steven est son frère, partout ou elle va elle est étrangère, les gens la repousse, la police remet en cause l'existence même de son enfant la faisant passer pour une folle. Elle est seule dans le jeu de piste comme le démontre d'avance le générique. Et pourtant c'était pas gagné d'avance, dès le début du film on se rend compte de certaine chose, le comportement étrange du frère, les intentions lisibles. Mais Preminger est un malin, plus le film avance plus il devient dure de défier la vérité, surtout avec cette intrigue de mère schizophrène qui ne rajoute que du mystère à l'histoire, finalement c'est deux révélations qui nous attendent, l'identité mentale de la mère et le responsable. L'ambiance se construit d'une façon prenante allant jusqu'à signifier un plus que très grand film noir, paranoïaque à souhait. Annie surpasse sont statut de spectatrice, elle sort de l'image et surpasse les pièges qu'on lui tend et des manipulations successives mais en aucun cas redondantes. Et qui mieux que Carol Lynley pour l'incarner, elle est le personnage, une magnifique blonde voluptueuse face à un méchant au yeux vitreux digne de Norman Bates. Le tout jusqu'à la maestria finale, course poursuite terrifiante en huis clos ou qui probablement est la quintessence du cinéma de Preminger.
"Bunny Lake a Disparu" est donc pour moi le chef d'oeuvre secret ultime, ludique, impressionnant, particulièrement habile et prenant jusqu'à son final marquant, bizarre, effrayant signifiant beaucoup de choses...