Difficile de toucher à un mythe du 7ème Art. Le choix de faire un remake est difficile car il faut rester rester proche de l'original tout en trouvant sa propre voie. De plus, il faut aussi se battre contre cette idée que remettre au goût du jour certains films est parfois inutile. Soit parce que le précédant long-métrage est toujours aussi moderne, soit parce qu'il est indépassable qualitativement. Ou tout simplement parce que l'on ne voit pas l'intérêt de refaire le même film.
Sorti en 1959, le mythe, ici, est "Ben-Hur", de William Wyler. Chef d'oeuvre total, c'est un éloge hollywoodien, au budget démesuré, aux batailles épiques et à sa durée colossale (3h34 !). Il réunit tout, de la croyance au chemin intérieur d'un homme qui a tout perdu jusqu'aux douleurs de la trahison. Et puis, il y a inévitablement cette course de chars, un prodige de cinéma, 20 minutes époustouflantes qui font toujours date dans l'Histoire du cinéma. Mais "Ben-Hur', c'est également 11 Oscars, dont le "Meilleur Film" et la prestation époustouflante de Charlton Heston.
Ce que l'on remarque tout de suite dans cette version 2016, c'est l'absence de star "bankables" dans les rôles principaux. La seule star ici est Morgan Freeman, pas prodigieux mais son talent naturel fait le reste, qui incarne un personnage de second plan.
Sans être une erreur de casting, Jack Huston a parfois ses bons moments, sans avoir réellement le charisme pour porter à bout de bras ce péplum historique. Il en va de même pour Toby Kebbell, qui fait un méchant honorable mais pas mémorable. Un véritable carton rouge pour ce casting d'acteurs aux visages d'anges, qui joue d'une pauvreté affligeante.
Cependant, l'ensemble fait face à un problème de taille, qui les empêche véritablement de se donner à fond : le scénario. Les scénaristes, peu inspirés, le rendent bancal et plein de trous ; le début est trop rapide, les personnages sont sous-développés. Bref, ce "Ben-Hur" est une adorable coquille vide.
Il y a quelques bons choix, comme celui de montrer l'amitié entre Messala et Ben-Hur avant qu'ils ne se déchirent, mais imaginer que le Romain fut accueilli par la famille Hur (et qu'il est donc le frère adoptif de Ben), est un choix beaucoup moins judicieux ...
Visuellement, le film a de gros moyens et Bekmanbetov a assez de talent pour qu'on ait le droit à de belles images et décors par ci par là. Les scènes d'action ne sont pas irréprochables et, malgré la débauche d'effets visuels, la course de chars est à des années-lumières de son prédécesseur. Si vous trouvez que la GoPro n'est pas la meilleure compagne d'un péplum, vous risquez d'avoir très mal aux yeux ! Ça bouge dans tous les sens, et, même si le moment est divertissant, on se croirait plus dans une grande partie de Mario Kart que dans une grande épopée.
Les rares scènes d'action sont maîtrisées, et on en ressent une véritable envie de pousser l'esthétisme, notamment lors d'une trop courte séquence de bataille sous la neige.
L'aberration la plus impressionnante du film, et c'est le comble pour un film d'époque, vient des costumes. Se coiffer chez Provost et s'habiller chez Zara ou Celio n'est pas vraiment le bon choix à l'époque de la crucifixion du Christ. Mêmes les costumes censés être sales font trop propres, et les armures ne donnent pas l'impression d'avoir assisté à des batailles sanglantes ...
La partition de Marco Beltrami est formidable. La musique de fin ("The Only Way Out, Andra Day) est, quant à elle, très mal choisie. Elle ne colle pas du tout à l'ambiance du film et fait beaucoup trop moderne.
Dernier point : l'aspect religieux. Il domine le film de Wyler, qui ne donne jamais de visage à Jésus de Nazareth. Ici, on a l'impression qu'il est là parce que le réalisateur se sentait obligé de le mettre. Sensation renforcée dans une dernière scène pitoyable (qui va faire hurler les puristes), où Hollywood montre ce qu'il y a de pire en lui : un happy-end absolument incompréhensible.
"Ben-Hur" est un divertissement honorable avec quelques bons moments. Ce n'est certainement pas un chef-d'oeuvre, mais ce n'est pas un ratage total non plus. Impossible de gratter la surface du long-métrage, tant les thèmes et la force émotionnelle de l'oeuvre originale sont totalement aseptisés.