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CrystalEagle
4 abonnés
89 critiques
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3,5
Publiée le 22 mai 2026
Clouzot revient après quatre ans de mise à l'écart et on sent qu'il a des comptes à régler. Son polar n'en est pas vraiment un, c'est plutôt un triangle où la jalousie tient le rôle de l'amant. Blier est bouleversant en homme médiocre qui aime au-dessus de ses moyens, Delair apporte une énergie folle avec son « tralala » et sa gouaille, et puis il y a Jouvet. Immense, cynique et tendre à la fois, il embarque le film dès qu'il apparaît. Clouzot filme un Paris d'après-guerre où chacun se bat pour sa place, entre arrivisme et débrouille, et son noir et blanc pose une atmosphère poisseuse qui colle à la peau. Il ose des choses rares pour l'époque (l'attirance de Dora pour Jenny, l'enfant métis du flic bourru) amenées avec une finesse et un tact qui forcent le respect. Chaque personnage est creusé bien au-delà de sa fonction, personne n'est tout blanc, personne n'est tout noir, et les dialogues Clouzot-Ferry font mouche à chaque réplique. Le rythme connaît quelques creux et la fin est un peu expédiée, mais l'ensemble tient largement. Le film a traversé les décennies sans faiblir, et ce qu'on en retient, ce n'est pas l'intrigue mais l'humanité de chacun de ses personnages.
Avec Quai des Orfèvres, Henri-Georges Clouzot dépasse le simple polar pour composer une étude humaine traversée par la jalousie, le désir et la culpabilité. La mise en scène, d’une remarquable fluidité, fait circuler la tension entre les personnages avec une précision presque invisible. Clouzot filme le milieu du spectacle et celui de la police comme deux espaces de représentation où chacun joue un rôle pour survivre. Louis Jouvet impose une présence fascinante, mêlant ironie, lassitude et lucidité dans un personnage d’enquêteur profondément humain. Un film noir subtil et dense, où l’intrigue criminelle devient le révélateur des failles intimes.