Belladonna of Sadness est un film d'animation japonais pour adultes, au style graphique plus qu'épuré (ce sont des plans fixes et sans décor derrière les personnages, pour la majorité, ce qui peut surprendre l’œil habitué aux dessins plus conventionnels), et avec beaucoup (mais alors : beaucoup !) de s*xe. L'histoire est celle de Jeanne, une femme qui doit se marier à Jean (on ne s'est pas foulé pour les noms), mais se fait
enlever par les villageois, battre, et finalement vi*ler. De retour à la maison, toute dépenaillée et traumatisée, elle se fait étrangler par son mari qui lui en veut (le village aurait dû l'embarquer lui, quel gâchis). Au fond du trou, Jeanne voit apparaître une forme phallique qui n'est autre que le Diable en personne, lui proposant de la satisfaire sexuellement (c'est une obsession, dans ce film) et de la rendre puissante pour qu'elle se venge. Voici donc que la Sorcière remplace la gentille et prude Jeanne, prête à mettre ses projets vindicatifs à exécution
. Belladonna of Sadness surprend beaucoup autant par son image simpliste (on n'a pas adhéré à ce style trop "feuille à moitié blanche et statique", mais il en faut pour tous les goûts), que par son histoire à réserver à un public averti. La musique est vraiment très travaillée, les doublages sont bons (la narration aussi), et l'animation pour adultes est assez ponctuelle dans l'immense paysage du "tous publics" pour qu'on la savoure quand elle passe. La fin est particulièrement étonnante, faisant référence à la période de la Peste Noire (le Diable accepte, en échange d'une petite passe avec Jeanne - encore ! -, de
faire courir la maladie sur le village, et seule la Sorcière peut soigner les contaminés en les embrassant
: aimez-vous les uns les autres), critiquant vertement l’Église (qui rejette en bloc le pouvoir de la Reine en
l'assassinant pour mieux diriger le village, et condamne à mort tous les adeptes de la Sorcière qui ne font pourtant que danser et s'envoyer en l'air...
Le film montre clairement où se trouve la mort et la haine, dans cette dichotomie du Bien et du Mal moins manichéenne que prévue), et part carrément dans une hallucination visuelle qu'on "ne recommande pas aux enfants". Le film tombe tout à coup dans une
orgie sexuelle façon tableaux de Bosch
(c'est assez indescriptible, mais imaginez de la zoophilie ultra énervée), ce qui fait cligner des yeux pour savoir si on comprend bien ce qu'il se passe à l'écran (oui, oui, ce n'est pas vous qui rêvez, c'est bien un crocodile qui copule avec cette femme, des poissons ou des oiseaux qui sortent des parties intimes de telles autres femmes, etc...). L’Église rapplique donc pour faire cesser cette Fête à Paulette d'Enfer,
crame Jeanne, dézingue Jean qui essaie de s'interposer, et ne voit pas la sourde Révolution qui court parmi les paysans qui assistent, impuissants, au spectacle...
D'ailleurs, l'image de ce changement de pensée est assez jolie : les paysans prennent peu à peu le visage de dizaines de Jeanne, embrassant pleinement sa philosophie contestataire. Les dernières secondes de ce film d'animation font alors un lien assez tiré par les cheveux avec des gravures de la Révolution Française, mettant au premier plan les femmes qui y ont contribué, mais terminant par un gros plan sur La Liberté guidant le peuple (lors de la Révolution des Trois Glorieuses, pas de la Prise de la Bastille... Mais bon, c'est un film japonais, et on leur accorde que même la plupart des français confondent les origines de ce tableau avec 1789). L'idée est donc là : Belladonna, sous couvert de verser dans des scènes de fesse à répétition, n'oublie pas de taper fort dans les mentalités conservatrices qui le dérangent, en mettant une femme en étendard de la Liberté, de penser, d'agir, et de consentir sexuellement. Règles-volution !