Je prétends depuis longtemps que Jia Zhang Ke est, avec son compatriote Wang Bing, un des plus grands réalisateurs actuels. Je suis donc ravi qu'il ait enthousiasmé le dernier Festival de Cannes, y gagnant curieusement le Prix du scénario, alors que A touch of sin est avant tout une magnifique leçon de mise en scène.
Ample, étonnant, ambitieux, parfaitement maîtrisé, le film raconte successivement l'histoire de quatre personnages qui ne feront que se croiser : le premier lutte contre la corruption, le second est un criminel qui semble dénué de tout sentiment, la troisième est une jeune femme violentée qui se venge, et enfin le....
Inspiré de faits divers réels survenus dans la Chine d’aujourd’hui, le film suit les instants qui ont précédé le passage à l’acte de quatre meurtriers. Le premier tire à tout va pour dénoncer la corruption dans une mine de charbon ; un immigré « s’amuse » avec son fusil ; une femme craque contre le harcèlement sexuel et le dernier n’en peut plus des petits boulots.
Quatre destins qui basculent dans une violence impitoyable. Quatre « justiciers » aussi brutaux que ce que la société leur inflige. Exode rural massif, précarité du travail, deshumanisation des tâches à la chaîne, environnement méprisé, prédominance de l’argent, montée des mafias, dissolution de la personne dans le collectif mais montée de l’individualisme… Pas simple de passer en un demi-siècle de la dictature maoïste à celle de l’ultralibéralisme !
C’est ce choix, où ce refus, que montre le film de Jia Zhangke. Le désarroi de quatre personnages en quête de repères et qui finalement perdent leur âme. La mise en scène est d’une maîtrise absolue. Avec des plans d’une grande modernité et une caméra virtuose pour saisir ces campagnes délaissées et défigurées, comme ces villes grouillantes mais inhumaines. Il n’empêche, la solitude est partout.
Indéniablement percutant sur le fond, il est compréhensible que la forme puisse rebuter. Soyons clair, si vous êtes allergiques aux œuvres contemplatives distillées sur un rythme lent parsemé de passages où il ne se passe rien, et que d'un coup BAM ! Il y a un pétage de câble matérialisé par un geste choquant ou une effusion d'hémoglobine, il va falloir fuir cette œuvre. Avec « A touch of sin », le réalisateur Jia Zhang Ke peint un portrait au vitriol de cette Chine moderne qui en grandissant à la vitesse de la lumière en a laissé quelques uns sur le bas côté. 4 histoires différentes mais se rejoignant sur l'unité de lieu : les régions périphériques des grandes villes, oubliées du progrès. 4 personnages qui n'attendent plus grand chose de la vie et vont progressivement basculer vers l'irréparable. Tout n'est que crasse, grisaille, corruption, pouvoir du fric et résignation. Relever une touche d'optimisme dans ce film relève de l'exploit, sauf peut-être sur la toute fin imagée. Brillant mais glaçant sur le fond, très particulier et parfois chiant sur la forme, presque un coup de maître en somme, à vous de voir.
A l'instar de "People mountain, People sea", sorti cette année en France, le réalisateur chinois Jiale Zhang-Ke nous montre l'envers du décor de la Chine d'aujourd'hui. Pas sûr que cette accumulation de sordide, de crimes, de grisaille et de brouillard ne finisse pas par faire cliché.Trop, c'est trop. L'ennui ( c'est le cas de le dire...), c'est que la tristesse du sujet et des personnages dégouline peu à peu sur l'image jamais nette, sur le ciel, toujours gris et sale, et finalement sur le spectateur qui a du mal à rester éveillé entre deux coups de feu. Ce qui fait d'autant plus regretter que la science cinématographique du réalisateur (magnifiques plans, déplacements de caméra super-maîtrisés, etc..) soit mise au service d'un sujet (film à sketchs) aussi vain.
J'étais tenté de voir ce film. Je me rend donc, avec entrain à la séance.
La première scène, celle de la mobylette, est géniale. La suite, avec le personnage montrée sur l'affiche m'a semblé un peu lente, puis l'explosion de violence à ravivé mon intérêt. L'humour noir, les belles images... J'étais content. Bon sang la scène de la Maserati...
Après... Et bien c'est le drame. Le film deviens long, une accumulation d'histoires chiantes, toujours au même déroulement, on se fatigue, on tente de se raccrocher, mais non. On glisse, on s'enfonce dans son siège, les sous titres disparaissent, les yeux se ferment...
La toute dernière scène de film m'a parlé, moi, public blasé au regard bovin, complètement amorphe et endormis devant une pièce sans queue ni tête et chiante. Comme si le réalisateur était conscient d’emmerder les spectateurs avec son film. Choc culturel ? Peut être. Cependant, je trouve les réactions presse insupportable, c'est assez évident pour moi qu'ils n'ont regardés que la première histoire et juger le film à partir de ça. J'ai vécu un calvaire dans mon fauteuil. J'aurais du partir, mais je mettais de la bonne volonté.
Un très grand film ! La presse ne se trompe pas tant que ça ! Le premier récit peut dérouter par son évocation trop directe des problèmes du capitalisme en Chine. Mais les trois histoires suivantes sont si puissantes qu'elles hissent le film très haut (et entraînent avec elles les trente premières minutes). Bien des spectateurs pourront être perturbés par l'irrationalité qui envahit régulièrement un récit qui semble si réaliste. Le cinéaste nous immerge dans l'univers que l'on avait découvert avec "Still life" : des paysages dévoilant l'évolution de la Chine actuelle, des êtres égarés dans une société de plus en plus individualiste et injuste, des destins touchant à l'universel, des comédiens totalement inconnus mais en totale maîtrise. Et pour couronner le tout : la fin est superbe... Il y aura des déçus, mais pour certains, ce sera un sommet de l'année 2013.
Le titre original aurait sans doute mieux convenu tant le message est aujourd'hui universel. Jia nous donne des nouvelles de la Chine et sans doute un peu du Monde.
Construit à la façon d’un film à sketchs, ce nouveau fleuron néoréaliste chinois dresse un panorama sans concession de l’Empire du milieu moderne dont la population est en proie à la corruption de son pouvoir et à la déchéance sociale. Mais c’est justement sa construction éclatée, nous faisant suivre plusieurs parcours sans aucun rapport les uns avec les autres, que le propos perd de sa radicalité. Là où un récit structuré aurait pu en décupler l’aspect psychologique et rendre les personnages un minimum attachant, ici le choix narratif fait par Jia Zhang Ke de donner pour unique point commun aux segments son rythmique très lente brutalement interrompue par une montée de violence a toutefois l’avantage de se déplacer, l’un après l’autre, vers un contexte plus urbain, partant des zones minières à la ville, ce qui démontre efficacement que son fatalisme politico-social touche toutes les strates de la population chinoise. Terriblement languissante mais esthétiquement irréprochable, cette charge brutale contre la situation de la Chine y fut justement interdite de sorties en salles, preuve sinéquanone de sa pertinence, mais n'apprend finalement rien de nouveau au public occidental.
Un scénario puissant et subtil, apparemment décousu mais dont la cohérence se déroule sous les yeux du spectateur lentement. Ce film désespéré montre une Chine proche du chaos, totalement déshumanisée. Un grand film courageux.
Je dois avouer que depuis quelques années, j'étais sceptique sur la forme et le style des films de Jia Zhang Ke.... Et bien il a tout bon, voila un film qui propose une lumière étonnante et des vues panoramiques sur la chine tout aussi surprenantes.... Quant à l'univers décrit, la violence vécue socialement, les quatre histoires passent comme une lettre à la poste.... Que ce soit le serial killer dans l'entreprise, le femme violentée, les très jeunes prostitués, la chine se dévoile dans sa crudité et ses mouvances, sa modernité, ses hantises et ses anxiétés.... Caméra maitrisée, dialogues réalistes, le film est une grande vibration orthodoxe pour dénoncer une société chinoise moderne victime des mutations sociales..... Voila un film d'un style flamboyant et qui réconcilie avec un certain cinéma d'auteur dénonciateur et humaniste ....En tout cas moi j'ai retrouvé un bonheur certain devant l'écran.....
De Jia Zhang Ke je n'avais vu, et pas du tout aimé, que Still Life en 2007. Son nouveau film, auréolé d'un prix du scénario à Cannes cette année et d'une bonne rumeur, est une bonne claque à laquelle je ne m'attendais pas. Tiré de quatre faits divers sanglants, A touch of sin est d'une grande force et d'une noirceur totale. Dès la première scène la violence nous...
Meilleur scénario au Festival de Cannes, ce nouveau film de Jia Zhang-Ke est surtout une belle claque cinématographique. Le film ne méritait certainement pas le prix du scénario car à la limite c'est là qu'on peut lui trouver un petit défaut (pas de récit exceptionnel) mais par contre il méritait bien plus que le dernier Coen le prix de la mise en scène. Le film est fascinant à ce niveau là à plusieurs moments. Des images, des plans, des mouvements de caméra assez scotchant accompagnent une vision très sombre de la Chine moderne. Un beau film chiant diront certain.
J'ai bien hésité avant d'y aller tant je craignais le surdosage cumulatif de violence après Cartel,Snowpiercer, Zulu et Rêves d'or bien m'en a pris! c'est pour moi un chef d'oeuvre qui nous fait communiquer avec des mentalités et comportements que nous négligeons trop comme la succession de l'ordre et du chaos ou les épopées consacrées aux bandits meurtriers miroirs d'un inconscient collectif outragé ! Le réalisateur a bien choisi ces faits divers et su tresser les fils de ces parcours à la Altmann qui nous invite à reconsidérer tout ce que nous croyions savoir de la Chine ...Les 4 passages à l'acte sont des itinéraires personnels de rupture de 4 personnalités très différentes , un seul est en contact avec sa volonté de puissance les 3 autres étaient plutôt soumis à l'autorité et c'est leur indignité qui les fait devenir impitoyables avec les autres ou eux même Ce qui m'a plu dans ce film c'est certes le formidable documentaire sur la violente mutation sociale qui touche toutes les provinces mais aussi les références aux arts et thèmes de la culture traditionnelle; l'opéra populaire et les codes esthétiques picturaux ou d'art martiaux Je reverrai ce film avec plaisir sure d'en approfondir la portée Que dire pour vous inciter à le voir et bien "quand le chinois se réveillera la Chine tremblera".
"A touch of Sin", ce sont quatre histoires différentes, celles de travailleurs dans la Chine d'aujourd'hui confrontés à la difficulté de certaines conditions de travail. En effet, à travers ces quatre personnages, Jia Zhangke nous brosse un portrait sans complaisance des conditions de travail en Chine, certaines dures physiquement, d'autres psychologiquement. Pour les personnages, la seule échappatoire à cette vie dure est la violence ou le suicide. Le réalisateur est efficace dans son propos et n'hésite pas à l'étayer avec certaines scènes d'une violence surprenante sans pour autant perdre le fil de son sujet. Ce qui gêne dans l'ensemble c'est que les quatre histoires ne sont pas liées, donnant à l'ensemble un aspect de film à sketchs un peu déséquilibré. Si la première et la troisième histoire sont les plus réussies, le reste est quand même très bon, mis en scène avec talent. Et si l'on déplorera quelques longueurs et quelques déséquilibres, on ne peut pas rester de marbre devant le film et son aspect un peu documentaire.