Marion Cotillard intrigue dans cette fresque romanesque féministe, Louis Garrel lui donne la réplique de façon tout aussi subtile et éblouissante. Dommage que le rythme imposé par Nicole Garcia soit toujours aussi tranquille et que les deux héros annihilent les seconds rôles au potentiel inexploré.
Il est parfois difficile voire impossible de transmettre l'émotion que l'on ressent à la lecture d'un roman. Nicole Garcia, la réalisatrice que l'on a connue mieux inspirée, malgré des efforts méritoires, reste ici trop sage et nous assène une sorte de téléfilm, rural d'abord puis sentimalo-médical qui oublie le spectateur en chemin. Marion Cotillard, victime usuelle d'un stupide "bashing" montre une fois de plus qu'elle dispose de grandes qualités quand elle est dirigée intelligemment - c'est ici le cas comme chez le récent Dolan - mais elle semble un peu seule au centre d'une intrigue peu cinématographique, la "folie" étant on le sait particulièrement difficile à exprimer à l'écran. Le twist final arrive un peu comme un tour de passe-passe habile et conclut de façon maladroite une histoire qui manque par ailleurs de ressorts dramatiques pour maintenir l'attention du spectateur. La reconstitution des années 50 sent un peu trop l'artifice de décorateur et recèle quelques erreurs de détail qui tempèrent l'extrême rigueur et le classicisme de la réalisation.
Gabrielle souffre d'un mal de pierres, c'est à dire une sorte de souffrance diffuse qui lui cloue le ventre, la plonge dans une mélancolie au monde profonde, et l'empêche d'aimer son mari. Mais la maladie la conduit dans un hospice où elle rencontre celui qui aurait dû ou pu être l'homme de sa vie. "Mal de pierres" est un récit dense, passionnant, tiré d'un petit roman, un film écrit sans doute pour Marion Cotillard qui habite son rôle avec grâce, pudeur et dévotion. Mais demeure un véritable problème dans ce long-métrage, à savoir l'absence d'émotion. Il ne se passe rien de sensitif, même de romanesque, sinon ces échanges de regards vitreux, ces non-dits, cette bienveillance magnifique d'un mari à l'égard de son épouse malade, le désarroi d'un amant abîmé par la guerre, comme si Nicole Garcia était passée à côté de son sujet, l'avait effleuré et ne lui avait pas donné l'épaisseur et le romantisme qu'une telle histoire demandait. "Mal de pierres devient donc une série de mise en abîme d'acteurs, un essai cinématographique sur l'amour malheureux, mais en rien un grand film qui donnerait à voir la désespérance de ses personnages. On regarde cette histoire avec distance, même si Cotillard et Garrel parviennent à sauver ce qui aurait pu constituer un véritable ratage en mal d'inspiration. On saluera une photographie éblouissante, des plans sur la Provence et les bords de mer Méditerranée juste sublimes, des jeux de caméra subjective intéressants, mais hélas cela ne suffit pas à faire de ce film le chef d'œuvre espéré.
Finement écrit, Mal de pierres est sans doute l’un des meilleurs films de Nicole Garcia dont le style se bonifie au cours du temps. Elle se repose entièrement sur l’interprétation d’une Marion Cotillard totalement habitée par son rôle de femme passionnée qui rêve d’un amour absolu que la société de l’époque lui interdit de vivre. Si la première heure et demie se love dans un certain classicisme purement français, la dernière partie et son retournement de situation vraiment inattendu vient bouleverser la donne et mettre un coup de boutoir au cartésianisme généralement collé au cinéma hexagonal. Ce glissement vers un fantastique métaphorique peut apparaître à certains comme incongru, mais je trouve qu’il permet de placer le film dans la mouvance des œuvres littéraires sud-américaines ou encore ibériques que je chéris particulièrement. A noter également l’excellence de la distribution. Bref une œuvre exigeante et romanesque qui mérite mieux que sa réception froide à Cannes.
Film important qui donne à Nicole Garcia une place particulière dans le champ cinématographique. De bons acteurs bien emmenés dans une histoire à qui il manque un peu de consistance. Ainsi, le film apparait un peu long et la musique, belle au demeurant, tente de donner un peu plus de corps à l'ensemble. Mais l'ennui pourrait s’immiscer si les acteurs n'avaient pas un tel talent.
Ce drame, coécrit et réalisé par Nicole Garcia, délivre une tension émotionnelle extrême. Une histoire d'amour, mise en scène par une femme, qui nous montre une femme éperdue par son amour. Sur une très jolie bande musicale et une belle ambiance des années 50, ce film nous offre une merveilleuse affiche : Marion Cotillard sublime un premier rôle difficile ; elle est superbement secondée par Louis Garrel dans le rôle d'André Sauvage et Alex Brendemühl dans celui de José. Nommé à Cannes en 2016, ce film pourrait être déjugé pour sa longueur et son rythme extrêmement lent. Nominé aux Césars 2017, nous lui souhaitons néanmoins bonne chance.
Dans ce film magnifique Nicole Garcia explore la quête de l'Amour absolu, charnel et sans détour ... Marion Cotillard est bouleversante, son époux (dans le film) aussi !
Nicole Garcia est une grande actrice. C’est aussi une grande réalisatrice qui signe avec ce beau « Mal de pierres » son huitième film. Elle choisit d’adapter un roman de Milena Agus que j’avais lu il y a quelques années et dont j’avais gardé un souvenir ému.
Gabrielle est une jeune femme sensuelle dont les rêves d’amour fou éveillent la suspicion de ses parents agriculteurs en Haute-Provence. La croyant folle, ils la marient de force à un homme qu’elle n’aime pas. L’amour fou, elle le découvrira à l’occasion d’une cure et d’une rencontre inoubliable, quitte peut-être à en perdre la raison.
L’action du livre de Milena Agus se déroulait en Sardaigne et portait la marque de cette terre âpre. Nicole Garcia la transpose dans le sud de la France, entre les champs de lavande où Gabrielle grandit et les rivages de la Méditerranée où elle suit José son mari (l’action est censée se dérouler à La Ciotat, mais ce sont les rochers des Deux frères au large de Fabregas qu’on aperçoit à l’horizon). L’action se déroule durant les années 50 reconstituées avec une élégance qui frise l’académisme.
Le film vaut surtout par son actrice principale. J’ai longtemps eu beaucoup de réserves à l’égard de Marion Cotillard. Son premier rôle dans « Taxi » ne m’avait pas convaincu de son potentiel, pas plus que son Oscar pour « La Môme » que j’ai toujours trouvé surcôté. Je m’étais, comme tout le monde, allègrement moqué de ses grimaces dans « The Dark Knight Rises ». Mais force m’est de reconnaître aujourd’hui qu’elle affirme depuis quelques films un talent incontestable sous la direction des plus grands : « De rouille et d’os » de Audiard », « Deux jours et une nuit » des frères Dardenne, « Juste la fin du monde » de Xavier Dolan. A cette liste il convient désormais d’ajouter ce beau film classique.
Le livre éponyme de Milena Agus a fortement inspiré la réalisatrice, mais je ne saurais dire si l’adaptation est fidèle à l’écriture de ce premier roman planté dans les paysages de Sardaigne. Je ne l’ai pas lu. Nicole Garcia les transpose dans le Sud-Est de la France en conservant la trame d’une fièvre amoureuse dont Gabrielle ne semble pas pouvoir guérir. Un mal-être au fond du cœur plus profond que son mal de pierres, des calculs rénaux, qu’il lui faut soigner dans un centre de cure où elle va rencontrer un homme qui revient de loin, d’une guerre dont Gabrielle n’a jamais entendu parler. C’est l’embrasement dans sa tête et dans son corps, auprès de cet être taciturne dont le temps est compté. Un amour, meurtri, peut-être, mais débordant d’un corps à corps que Nicole Garcia filme tout autant qu’elle le caresse. Une réalisatrice au sommet de son art qu’elle consacre dans ses scènes italiennes (fêtes et repas de campagne admirables) et des corps à corps sublimes. Sa direction d’acteurs irréprochable porte la marque de Marion Cotillard, en parfaite harmonie avec ce personnage à l’incandescence magnifique. Et Alex Brendemühl, enfin dans la lumière d’un talent jusque-là assez confiné dans son pays. Bel acteur ! Pour en savoir plus
Film bouleversant vu au Festival du Film Francophone de Namur en avant-première, où il aurait mérité un prix d'interprétation pour Marion Cotillard. En effet, celle-ci nous surprend encore par un rôle principal étrange et étonnant où elle excelle de sensualité et de sincérité. Les acteurs masculins qui "tournent" autour d'elle sont aussi performants mais ils ne sont là que pour étoffer plus encore le mystère de cette jeune femme à moitié folle. Cette adaptation par Nicole Garcia d'un roman de Milena Agus nous emmène encore une fois vers des personnalités complexes et passionnées via une réalisation sans faille. Un film de femme assurément ! à voir !
les blessures de l'amour interprétée à la perfection par M C et filmée avec une grace infinie donne à ce film des ailes d'ange blessé. c'est peut être un peu lent mais la poésie des images est telle que le récit nous emporte dans un tourbillon , c'est un très grand film.
Nouveau film de Nicole Garcia deux ans après le déjà très réussi Un beau dimanche. Présenté en compétition officielle à Cannes cette année, celui-ci n’avait pas que de bons échos depuis. Je craignais donc un peu. Craintes qui se sont très vite envolées. D’entrée, la réalisatrice impose une ambiance spéciale. La chaleur de la Provence, des personnages plus ou moins aimables, une héroïne insaisissable. Sur une adaptation d’un célèbre roman italien, la mise en scène est belle, classique mais impeccable. Gabrielle est jeune, lumineuse, sauvage, malade, instable. Coincée dans le carcan de son époque, elle rêve d’un grand amour passionnel. Pour l’incarner, Marion Cotillard a rarement été aussi inspirée. A l’inverse de son personnage timide et introvertie du dernier Dolan. Assurement, elle peut donc tout jouer. Elle nous offre ici l’une des plus belles performances de l’année et de sa carrière. La direction d’acteurs de Garcia fait comme d’habitude le reste : parfaits Alex Brendemühl et Brigitte Roüan, et un très bon Louis garrel. Comme dans un thriller, elle nous tient en haleine jusqu’à la dernière minute, nous offrant même le luxe d’un total retournement de situation dans la dernière partie, pour un dénouement totalement inattendu. Voilà donc l’un des plus beaux portraits de femme que l’on ait vu cette année. Une histoire d’amour (et même deux) aussi belle que déchirante, un amour impossible, qui nous emporte, à la limite très mince de la raison, de la passion et de la folie, nous faisant vivre un très beau moment. Une fois de plus Nicole Garcia nous fait le présent d’un très beau film. Celui-ci m’a autant ému que touché. Une très belle réussite. Forte, intense, magnifique.
Superbe film qui dit une chose étonnante sur les rêves des jeunes filles : parfois, ils les rendent presque folles. Il faut alors les réveiller ! Avec pudeur et avec grâce, Nicole Garcia nous rappelle que le bonheur est possible si on ouvre les yeux sur ce qu'on a au lieu de viser la Lune. Ce film m'a fait un bien fou. Et quel beau portrait que celui du mari.
Somptueux, passionné, bouleversant ! Un film sur la folie amoureuse, sur le désir incandescent qui ravage les corps et les esprits.....on en sort en se disant qu'on a vécu un beau moment de cinéma ! (Et, qu'on aime ou pas, quelle superbe interprétation de Marion Cotillard !)