Nightcall est une mise en scène radicale de l’abandon de toute morale : une plongée dans le paroxysme du capitalisme et de la recherche de performance. Le film propose une caricature de la méritocratie : Lou, le personnage principal, part véritablement de rien. Il se forme seul, sur Internet, comme il le précise lui-même, et par cette formation autodidacte, il apprend à s’intégrer dans les codes du capitalisme, à en comprendre le fonctionnement et à l’épouser pleinement. Il va jusqu’à sacrifier ce qui fait son humanité : la morale.
Ce qui frappe, c’est que Lou n’est jamais puni pour ses actes ; au contraire, il en est récompensé. L’absence de morale conduit à l’absence de frein, et donc à une efficacité totale : la performance devient absolue. Les rares moments où une morale collective pourrait s’exprimer sont systématiquement balayés. Par exemple, lorsque l’un des journalistes concurrents meurt dans un accident, l’assistant de Lou lui suggère de ne pas filmer par solidarité professionnelle. Lou refuse, filme la scène et en fait la une. Si Lou avait suivi le conseil de son assistant, il aurait marqué un geste moral mais perdu une opportunité de carrière. Ce choix illustre l’opposition fondamentale entre les deux personnages : l’assistant incarne la morale collective, la solidarité du métier, le respect des pairs et un minimum de compassion ; Lou, lui, incarne la logique pure du marché, où l’événement n’est qu’un contenu dont la valeur augmente avec le degré de choc qu’il provoque.
Au fil du film, Lou perd progressivement toute retenue. D’abord, il déplace les cadavres sur les scènes de crime pour obtenir un meilleur angle de prise de vue. Puis il va jusqu’à provoquer des accidents en piégeant des voitures, afin de créer ses propres faits divers. Enfin, il s’introduit dans les scènes de crime avant la police, filme les victimes et, dans l’ultime transgression, laisse volontairement son assistant mourir au cours d’une fusillade pour capter l’image parfaite (collage analytique).
Nightcall nous confronte ainsi à une question dérangeante : que devient l’homme lorsqu’il épouse la logique du marché ? Lou est la réponse : un être performant, mais déshumanisé.djd