Le cinema asiatique est certainement le plus abouti, le plus précis et le plus impressionnant. "Black coal" ne déroge pas à la règle. Le long métrage, mis en scène avec une technique imparable offre une histoire de qualité grace a un scénario bien écrit. "Black coal" n'atteint pas la qualité de ses aînés a cause d'un rythme trop lent, et qui manque d'un souffle horrifique et noir plus prononcé.
Black Coal est un film assez tendu et des plus espiègles de ces dernières années ! On démarre avec une enquête policière haletante dans un premier temps ( 1999 ) pour ensuite arborer un chemin hybride qui tire de plus en plus sur une critique de la société chinoise avec en point d'orgue une fin en apothéose et très énigmatique ... Le travail de mise en scène est vertigineux, un oeuvre plastique perturbante et givré, la caméra prend une place prépondérante dans l'univers de ce Diao Yi'nan et me donne l'envie de poursuivre l'aventure ébouriffante et intuitive qu'il offre.
Dans la grande machine qu'est la vie, les pires histoires peuvent être racontées. Et on n'y comprend que rarement tous les ressorts scénaristiques. L'ambiance est lourde et chaque personne croisée a cet aspect patibulaire intrigant mais surtout inquiétant. La légèreté, que très peu présente, provoque une dépression métaphysique constante. Espérer, dans ce monde à la noirceur universelle, devient impossible. Pas d'échappatoires ni de bouffées d'air. Autant le dire : Liao Fan y est spectaculaire. Sauf que voila : l'atmosphère mortifère délivre une envie de dormir, se rapprochant du somnifère. Un effet indésirable, mais terriblement gênant. Ce long-métrage in abstracto, sans vie ni hymne, dévoile des failles plus soûlantes qu'autre chose, qui se rapproche dangereusement d'un Te Deum chialeur. Bluffant, certes, mais jusqu'à quel point?
Assez proche de films coréens comme "Memories of murder" ou "The chaser", un polar chinois qui se laisse plutôt bien regarder malgré un rythme particulièrement lent. Avec un côté réaliste voire froid loin des codes habituels du genre avec notamment des personnages terriblement humains, bien peu héroïques, tantôt presque antipathiques tantôt très drôles et touchants, on a au final une œuvre solide mais déroutante.
Comment traiter cette oeuvre qui semble si incongrue ? Avec *Black Coal* (Ours d'or à la Berlinale 2014), Diao Yi'nan signe un polar asphyxié par le béton et la violence d'une Chine industrialisée, et nous frigorifie au cœur d'un froid glacial qui ronge les moindres mouvements. Un récit minimal mais labyrinthique, qui entraîne le spectateur vers une contemplation de ce jeu de trahison et de mensonge à travers une vision à la fois obsédée par l'action présente, mais aussi détachée par le froid ambiant qui colonise le film.
L'histoire dans sa surface parait simpliste : une enquête est ouverte en 1999 après la découverte des morceaux de corps d'un mineur, dispersés dans plusieurs raffineries à charbon. Cinq ans plus tard, de nouveaux meurtres aussi sordides sont commis dans la région. Rapidement, les soupçons sont portés sur la femme du mineur. De ce premier jet scénaristique, Diao Yi'nan installe ce jeu dangereux entre cette femme mystérieuse et cet ancien flic qui fût au première loge de l'enquête de 1999. Violence et mensonge vont devenir les maîtres-mots de *Black Coal* et nous entraînerons au sein de cet environnement étendue, moderne et misérable.
Tout comme dans *Le Lac aux oies sauvages*, Diao Yi'nan articule son action au cœur d'une Chine pauvre, bétonnée et industrialisée. Mais particularité de *Black Coal*, les personnages et le spectateur sont comme gelés en harmonie avec cet environnement où neige et verglas empêchent les mouvements et la moindre volonté chaleureuse ou poétique. De cet ambiance, *Black Coal* nous indique clairement que le récit sera froid, violent et surement au cœur d'une errance incongrue qui amènera le spectateur à prendre un certain recul sur l'oeuvre. **Nous contemplons une Chine théâtre de sa propre destruction où aucune lueur d'espoir n'est visible. Il n'y a pas de bon, que des mauvais en proie à la perpétuation d'une sombre tradition torturée !**
Diao Yi'nan est à la fois labyrinthique dans un point de vue globale, efficace dans ses scènes d'actions toutes droit sorties d'une pensée samouraï, et étonnement onirique lorsque ses sombres personnages déambulent dans une chorégraphie gelée où les souvenirs refont calmement surface et où l'avenir se dessine comme dans un rêve. Il faut dire aussi que Yi'nan nous envoûte lorsqu'il peint cette romance impossible entre ces deux êtres à la fois tellement opposés et si proche. Point d'orgue de cette sombre peinture : cette scène de sexe nocturne entre les deux protagonistes au cœur d'une grande roue miteuse, bruyante et gelés par le froid asphyxiant. Diao Yi'nan arrive surement à faire de la poésie dans ce polar tentant pour sa part d’enterrer toutes tentatives un tant soit peu magnifiques. Les êtres s'attirent, se questionnent et se surveillent. Les actions musclés sont comme bloquées dans ce froid qui fait tourner la tête.
Il réside dans *Black Coal* une contemplation incongrue de cette Chine profonde et magnifique dans sa surface, mais ultra-violente dans son fond. Le film se définie aussi par cette froide peinture d'une romance ne pouvant compter que sur les néons d'une ville misérable pour espérer être réchauffée. **Diao Yi'nan provoque indéniablement la tension et la fascination. On se perd en route quelques-fois, mais la neige ambiante revient toujours nous chercher.**
Un vrai film d’ambiance qui, sous couvert d’une enquête policière finalement pas si importante, nous plonge au cœur de la société chinoise actuelle et de la violence qu’elle induit. Parfaitement mis en scène mais parfois un peu brouillon, Black Coal n’en reste pas moins un film très intéressant.
Black Coal s’ouvre sur un cadavre emballé puis disséminé dans différentes usines à charbon d’une Mandchourie ensoleillée. Au même moment, un couple s’enlace dans une chambre d’hôtel puis se sépare sur le quai d’une gare, l’homme tentant de retenir sa femme qui vient de lui donner les papiers du divorce, dans une dernière étreinte violente. Cet homme, c’est l’inspecteur Zhang qui mène l’enquête sur ces morceaux de corps et la résout lors d’un bain de sang burlesque un peu déstabilisant, en prenant une balle.au passage.
Nous le retrouvons cinq ans plus tard, bouffi et alcoolique dans une Mandchourie enneigée. Tel notre héros, le climat est devenu froid et sombre. Ancien policier, il se retrouve tout de même au cœur d’une nouvelle enquête, qui le renvoie à celle du début du film. Il noue une relation ambiguë avec une jeune femme liée à trois meurtres, trois hommes démembrés.
Une très belle première demi heure qui met en place l'histoire, avec un mélange de violent/loufoque assez plaisant, puis plus rien. Le rythme lent prend le dessus et l'histoire se déroule sans réelle surprise. Même si je ne pensais pas forcément que l'histoire prendrait cette tournure, je me suis vraiment ennuyé pendant le reste du film, jusqu'aux dernières scènes qui laissent perplexes et dont je n'ai toujours pas compris si elles avaient un sens ou non...
C'est un très bel objet cinématographique que ce Black Coal: tranchant, glissant, brillant. Les références aux films noirs d'une Amérique en crise sont sans doute un peu trop appuyées- tout simplement parce que la Chine actuelle se suffit à elle-même lorsqu'il s'agit de sonder les méandres d'une société de transition. L'intrigue est quant à elle un peu complexe, mais on se laisse porter sans voir le temps passer, attrapant au vol des moments de grâce qui flirtent avec le chef-d’œuvre. L'acteur principal est une révélation.
Asie, terre de feu et de glace étant la seule capable de produire ce genre d'œuvre cinématographique. Voulant sonder les profondeurs de l'être humain, cet art est souvent proche de la violence, et Black Coal le confirme sans sourciller. 1999, des morceaux de corps humains sont retrouvés un peu partout en Mandchourie, et l'affaire n'arrive pas à aboutir. 2004, l'histoire recommence...
Glacial tel le trépas, cette ambiance hivernale montre que le cinéma asiatique joue constamment avec les éléments et décors naturels. Le cinéaste fait passer cinq années de manière brillamment poétique, le temps de traverser un tunnel, le temps que la froideur s'empare de notre âme. L'innocence est alors un souvenir égaré qui appartient au passé, tandis que le pardon et les regrets brouillent notre esprit vacillant. Que faire pour oublier ces maux qui nous accablent ? Boire et cesser d'exister.
Fiévreux tel une romance impossible, notre homme est donc un nomade (on ne le voit jamais chez lui) alcoolique et incernable qui déborde de mal-être et de sentiments inavoués. Son histoire avec cette femme mystérieuse est vicieuse mais nous fascine par sa sordidité latente. Son désir refoulé et sa frustration nous font demander quelles sont les motivations de cet homme à l'égard de cette protagoniste. Se sentir vivant tout simplement, malgré les horreurs que la vie pose sur notre chemin.
Orageuses tel un esprit capricieux, certaines scènes mémorables passent à la vitesse d'un éclair. Comme celle de l'arrestation de deux suspects, où le plan-séquence sous-entend qu'un acte affreux va se produire. Ou comme celle de la patinoire, où ces êtres tournant en rond se cherchent dans un lieu rempli d'humains apathiques. Black Coal aurait pu être un chef-d'œuvre s'il n'avait pas souffert de quelques longueurs, volontaires certes, mais qui étirent le récit et lui donnent un ton pesant. Qu'importe, pour contempler ces films crus et dotés d'une aura tragique, il faut diriger son regard vers l'Est, assurément.
Dans le sillage de A touch of sin, Diao Yi Nan vient nous gratifier d'un film noir aux airs de satire sociale, plongé dans une Chine contemporaine poisseuse au possible. Ces réalisateurs ne font pas dans la demi-mesure pour dépeindre les fissures béantes laissées par la Chine maoïste dans le tissu social contemporain. Ici, au centre de l'intrigue, une série de meurtres atypique, un cadavre dispersé aux quatre coins de la Chine, des personnages intrigants...mais surtout des êtres, isolés, dissous dans leur solitude face au monde d'aujourd'hui. La police n'est pas la plus exempte de reproches qui soit, la femme d'apparence dévouée porte des secrets lourds de sens, l'ami de toujours se révèle être l'ennemi d'un soir. Si le réalisateur magnifie son film par une plastique merveilleusement esthétisante, faite de jeux de lumières fascinants (oscillant toujours entre le rouge de la passion et le vert de la morale), il ne parvient cependant pas à maintenir un équilibre entre les aspects policiers et sociaux du film. C'était pourtant la condition première à la réussite du film selon moi; il en résulte des ruptures de rythme fatales à l'attention du spectateur. Oui, on se perd facilement dans les méandres de l'intrigue, à force d'alterner entre les lunettes sociales et les focales policières. Au final, le même sentiment indigeste qu'éprouvé avec A touch of Sin, ainsi que la plupart des films chinois qui m'aient été donné de voir. Coïncidence?