Drame historique, écrit et réalisé par Martin Zandvliet, Les Oubliés est un très grand et magnifique film. L'histoire se déroule en 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, où les plages ouest du Danemark sont piégées par plus de deux millions de mines allemandes. Pour désamorcer ces mines enfouies sous le sable, un groupe d'une quinzaine de très jeunes soldats allemands faits prisonniers par les Danois est envoyé sur les plages sous les ordres du sergent Carl Rasmussen chargé de s'en occuper. Si le conflit est terminé, pour eux, la guerre n'est pas finie. Ce scénario, inspiré de faits réels à peine décrits dans les livres d'histoire, s'avère particulièrement prenant et vibrant à visionner pendant toute sa durée d'un peu plus d'une heure et demie. Le ton est donné dès les premières secondes et va s'intensifier au fil des minutes à mesure des mines découvertes. On assiste à un récit traitant d'un sujet méconnu avec une grande humanité malgré la haine et le mépris des vainqueurs à l'encontre des vaincus. Il soulève une question morale primordiale, à savoir si l'on peut faire subir à son adversaire les atrocités qu'il nous à lui-même infligé. Tout cela se traduit via des scènes chocs hautement marquantes, voir carrément traumatisantes lors d'explosions réalistes réduisant en charpie les corps des petits soldats dont c'est véritablement frappant de voir leur si jeune âge. Mais le métrage ne se contente pas seulement de ces images violentes et propose beaucoup plus de fond à travers les rapports de force entretenus par les deux camps. Le ton se veut triste et sans concessions et l'atmosphère emplie d'une pression mortelle. L'ensemble est porté par des protagonistes attachants, interprétés par une distribution d'une grande justesse, à commencer par le sergent incarné par Roland Møller. Il est entouré par les hommes aux visages juvéniles sous sa surveillance joués par Louis Hofmann, Joel Basman, Osker Bökelmann, les jumeaux Emil et Oskar Belton ou encore Leon Seidel pour les faciès les plus mis en avant, même si les autres membres du groupe ne sont pas en reste. Ces deux camps entretiennent des relations de domination qui vont évoluer au fil du temps, créant des sentiments ambivalent à l'égard des allemands à la fois coupables et victimes. Cette empathie ainsi véhiculée nous interroges. Ces échanges soutenus par des dialogues aux paroles froides et autoritaires d'une belle authenticité procurent de nombreuses émotions fortes. Certains passages étant totalement poignants. Ce fond si dur et cruel est pourtant magnifié par la forme. La réalisation du cinéaste danois se veut sobre mais sacrément efficace. Sa mise en scène sert son propos en ne cherchant pas à créer des artifices inutiles. Surtout, elle évolue dans un cadre attirant avec cette côte bordée d'une mer aguicheuse. Mais ces plages sont opposées avec la dangerosité du lieu. Ce panorama est sublimé par une très jolie photographie naturellement lumineuse. Ce visuel ambigu est accompagné par une sublime b.o. signée Sune Martin. Ses compositions aussi douces que mélodieuses sont totalement raccord avec le propos et ont un véritable impact sur les images. De plus, le thème principal revenant à plusieurs reprises confère à l'œuvre une véritable identité musicale qu'on aura envie de réécouter au-delà du générique final. Seul regret, une dernière partie un peu trop vite expédiée, même si celle-ci se s'achève sur une fin à la hauteur du reste de l'intrigue. En conclusion, Les Oubliés est un immense film sur l'après-guerre, un film bouleversant et mémorable devant à tout prix être visionné tant son sujet ne mérite pas de tomber dans les oubliettes de l'histoire.